Par Hichem ABOUD

À New York, Ahmed Attaf représente une nouvelle fois Abdelmadjid Tebboune à l’Assemblée générale des Nations unies. Si rien n’oblige le président algérien à faire le déplacement, ses absences répétées aux grands sommets interrogent la place qu’il entend occuper personnellement sur la scène internationale.

New York, le 23 septembre 2026. Les dirigeants du monde se retrouvent cette semaine au siège des Nations unies. Ils viennent défendre leurs positions à la tribune de l’Assemblée générale, mais aussi multiplier les rencontres en marge des séances officielles. Abdelmadjid Tebboune, lui, n’a pas fait le voyage. Pour la 81e session, c’est le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, qui conduit la délégation algérienne, chargé de cette mission par le président de la République.

La décision est parfaitement régulière. Les États n’ont aucune obligation d’envoyer leur chef à New York, et Attaf peut défendre les positions algériennes avec toute l’autorité de sa fonction. Mais l’Assemblée générale est aussi un rendez-vous politique singulier. Un discours présidentiel y expose les priorités d’un pays devant le monde ; les journées qui l’entourent permettent des échanges directs, parfois improvisés, entre dirigeants. La diplomatie s’y joue autant dans les couloirs qu’à la tribune.

Tebboune connaît la portée de ce rendez-vous. Le 19 septembre 2023, il s’était personnellement exprimé devant l’Assemblée générale, quelques mois avant l’entrée de l’Algérie au Conseil de sécurité pour la période 2024-2025. Trois ans plus tard, alors qu’Alger continue d’afficher de grandes ambitions diplomatiques, le président laisse de nouveau à son ministre le soin d’incarner cette présence à New York.

Une absence qui s’ajoute aux autres

Le choix n’est pas isolé. Au sommet arabe de Bagdad, en mai 2025, Ahmed Attaf avait déjà représenté le chef de l’État et prononcé son discours en son nom. D’autres réunions internationales ont été confiées à des membres du gouvernement. À chaque fois, l’Algérie était présente. Mais son président, lui, ne l’était pas.

Une absence peut relever d’un calcul. Tous les sommets ne présentent pas le même intérêt, et un chef d’État peut choisir les rencontres où sa participation lui paraît décisive. Il serait hasardeux de prêter à Tebboune un motif que la présidence n’a pas rendu public. La question porte plutôt sur l’effet cumulé de ces décisions : à force de déléguer les grands rendez-vous multilatéraux, quelle image le pouvoir algérien donne-t-il de son engagement au sommet ?

Ahmed Attaf n’est pas en cause. Un ministre des Affaires étrangères est précisément chargé de négocier, de porter les positions de son pays et d’entretenir les relations avec ses partenaires. Mais la rencontre entre deux ministres ne possède pas toujours le même poids politique qu’un échange entre deux chefs d’État. La différence compte surtout lorsque des crises exigent d’ouvrir un dialogue, de dissiper un malentendu ou de prendre un engagement au plus haut niveau.

Alger veut être entendue sur les conflits régionaux, la cause palestinienne et l’évolution de l’ordre international. Elle dispose pour cela d’un appareil diplomatique expérimenté. Encore faut-il que ses ambitions trouvent, lorsque l’occasion se présente, une incarnation présidentielle. À New York, l’Algérie a bien une délégation et une voix. L’absence répétée de son premier représentant laisse pourtant une question ouverte : jusqu’où peut-on vouloir peser parmi les dirigeants du monde sans venir régulièrement à leur rencontre ?