Le sionisme est de nouveau désigné sans détour : une tribune signée par plus de cent anciens diplomates français et britanniques vient rompre le silence feutré des chancelleries.
Plus de cent anciens ambassadeurs français et britanniques viennent de signer une tribune dans Le Monde. Leur constat est d’une clarté rare pour des gens formés à la langue de bois des chancelleries : « La Palestine s’efface sous nos yeux. »
Ils décrivent les deux millions de Gazaouis « parqués sur 30 % d’un territoire dévasté, affamés, privés de médicaments et de logement ». Ils qualifient ce qui se passe en Cisjordanie et à Jérusalem-Est de « nettoyage ethnique » mené par les colons « avec la connivence de l’armée et de la police israéliennes ». Ils rappellent que la reconnaissance de l’État de Palestine par Paris et Londres en 2025 ne peut rester un geste symbolique vide. Ils exigent la suspension des accords commerciaux et de la coopération militaire avec l’entité sioniste, ainsi que le respect des décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale.
Ces diplomates — Yves Aubin de la Messuzière, Bernard Bajolet, Denis Bauchard, Frédéric Desagneaux côté français ; Sir Jeremy Greenstock, Sir Emyr Jones Parry, Sir Vincent Fean côté britannique — ont passé leur carrière à défendre les intérêts de leurs États. Aujourd’hui, à la retraite, ils osent enfin dire tout haut ce que des millions de Palestiniens et de défenseurs de la justice clament depuis des décennies : le projet sioniste est en train d’achever ce qu’il a commencé en 1948. L’effacement. Le remplacement. La destruction méthodique d’un peuple sur sa terre.
Ils dénoncent dans la seule phrase qui compte : « rien ne justifie la politique systématique de destruction de Gaza et de sa population ». C’est la moindre des choses. Car le 7 octobre n’a pas créé le sionisme. Il l’a seulement révélé dans sa vérité brute : un projet colonial de peuplement qui, depuis plus de soixante-quinze ans, ne tolère l’existence des Palestiniens que dans la mesure où ils acceptent de disparaître.
À La Nation, nous n’avons jamais eu besoin d’attendre les repentirs tardifs de diplomates occidentaux pour nommer le mal. Le sionisme n’est pas une « politique » discutable. C’est une idéologie de conquête, de racisme ethnique et de domination. Un cancer qui s’est installé au cœur du Moyen-Orient et qui métastase dans les consciences occidentales grâce à la complicité des médias, des parlements et des gouvernements. Ce cancer a un nom : le projet d’un État exclusif bâti sur l’expulsion, la colonisation et, aujourd’hui, le génocide à ciel ouvert.
Gaza n’est plus un territoire. C’est un camp de concentration à ciel ouvert, transformé en laboratoire d’anéantissement. Les destructions d’hôpitaux, d’écoles, d’universités, de mosquées, de cimetières, d’archives et de maisons ne sont pas des « dommages collatéraux ». Elles sont le programme. Effacer les vivants, effacer les morts, effacer la mémoire, effacer jusqu’à la possibilité même d’un retour. En Cisjordanie, le même processus se poursuit à un rythme accéléré : villages bédouins rasés, maisons dynamitées, oliviers arrachés, colons armés qui agissent sous la protection de l’armée. Ce n’est plus de l’occupation. C’est de l’annexion pure et simple, de l’épuration ethnique en cours.
Le sionisme, projet colonial à combattre
Les diplomates demandent à la France et au Royaume-Uni de suspendre les accords commerciaux et la coopération militaire. C’est le minimum. Mais c’est encore trop peu. Le sionisme ne se réforme pas. Il ne se « freine » pas. Il se combat. La reconnaissance de la Palestine en 2025 n’avait de sens que si elle s’accompagnait de mesures de rupture réelle : embargo total sur les armes, sanctions économiques massives, poursuites systématiques des criminels de guerre israéliens, soutien actif à la résistance légitime du peuple palestinien sous toutes ses formes.
Les signataires appellent aussi les Palestiniens à « démocratiser » leur État et à réunifier Gaza et la Cisjordanie. Belle leçon de morale donnée par ceux qui ont laissé prospérer l’occupation pendant des décennies. La démocratie palestinienne n’a jamais été le problème. Le problème, c’est l’occupant sioniste qui refuse toute souveraineté palestinienne réelle et qui utilise le chaos qu’il a lui-même créé pour justifier la poursuite de son crime.
Cette tribune arrive dans un contexte où même les capitales européennes les plus proches d’Israël commencent à sentir le vent tourner. L’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont récemment demandé l’arrêt de l’expansion coloniale. Trop tard, trop faible, trop hypocrite. Pendant que ces gouvernements parlent, les bulldozers avancent, les bombes tombent, les enfants meurent de faim et de balles.
À La Nation, nous ne pratiquons pas l’équilibre des larmes. Il n’y a pas d’équivalence entre l’oppresseur et l’opprimé, entre le colon et le colonisé, entre le projet sioniste de remplacement et la résistance d’un peuple qui refuse de disparaître. Le sionisme est le cancer de l’humanité contemporaine dans cette région. Un cancer colonial, raciste, messianique dans ses franges les plus extrêmes, et soutenu par les puissances occidentales qui se drapent dans le droit international tout en le piétinant.
Les anciens diplomates ont enfin ouvert les yeux. Ou plutôt, ils ont enfin osé écrire ce qu’ils savaient depuis longtemps. Leur appel est bienvenu, mais il ne doit pas rester un texte de plus dans les archives. Il doit devenir le point de départ d’une rupture nette. La France et le Royaume-Uni, membres permanents du Conseil de sécurité, ont les moyens de faire pression. S’ils ne le font pas, ils restent complices.
La Palestine ne s’efface pas « sous nos yeux » par accident. Elle s’efface parce qu’un projet idéologique l’a décidé. Ce projet a un nom : le sionisme. Et tant qu’il ne sera pas nommé, combattu et vaincu en tant que tel, l’effacement continuera.
Nous, à La Nation, n’avons jamais détourné le regard. Nous continuerons à dire la vérité sans concession : le peuple palestinien a droit à sa terre, à sa liberté, à sa dignité. Le sionisme n’a droit qu’à l’échec historique qu’il mérite.
La Palestine vivra. Le sionisme, lui, finira par être rangé parmi les grandes abjections coloniales du XXe et du XXIe siècle.
Par Khaled Boulaziz sur Lanation.net



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