Mis en vente après le décès de Lalla Latifa, mère du roi Mohammed VI, ce bien centenaire d’une superficie de 1 325 m² aurait été acquis par un particulier français pour un montant compris entre 17 et 18 millions d’euros.
Une page du patrimoine immobilier de la famille royale marocaine vient de se tourner à Neuilly-sur-Seine. Un majestueux hôtel particulier construit en 1925, autrefois détenu par Lalla Latifa, mère du roi Mohammed VI, a été vendu à un acquéreur français au terme d’une opération entourée de la plus grande discrétion.
Située boulevard Maurice-Barrès, l’une des artères les plus prestigieuses de l’Ouest parisien, la demeure se trouve dans un environnement particulièrement recherché, à proximité du bois de Boulogne et de la Fondation Louis Vuitton. Elle est également voisine de la résidence de l’ambassadrice du Maroc en France et de l’ambassade de Jordanie.
Présentée initialement au prix de 20 millions d’euros, la propriété aurait finalement été cédée pour une somme comprise entre 17 et 18 millions d’euros. Le montant officiel de la transaction n’a toutefois pas été divulgué, les différentes parties étant tenues à une stricte confidentialité.
Un acquéreur français sur un marché dominé par les grandes fortunes étrangères
L’identité du nouveau propriétaire n’a pas été révélée. Le réseau immobilier Engel & Völkers, chargé de la commercialisation du bien, évoque simplement un « particulier français ».
Cette acquisition constitue une relative surprise dans un secteur où les propriétés de cette importance sont fréquemment achetées par de grandes fortunes internationales, voire directement échangées entre familles royales. Les acquéreurs français peinent généralement à rivaliser avec les moyens financiers déployés par certaines clientèles étrangères pour les demeures les plus prestigieuses de Paris et de sa proche banlieue.
La directrice de l’agence Engel & Völkers Hauts-de-Seine, Sandra Sabah, souligne d’ailleurs le caractère exceptionnel de cette vente. Selon elle, une demeure familiale de cette dimension, disposant à la fois d’un jardin, d’une vue dégagée et d’une adresse aussi recherchée, n’apparaît sur le marché neuilléen qu’une fois tous les dix ans environ.
Malgré son prix considérable, le montant de la transaction correspondrait à près de 13 000 euros le mètre carré, un niveau inférieur à celui atteint récemment par certains biens situés dans le même secteur. Cette différence pourrait notamment s’expliquer par l’importance des travaux de rénovation qui devront être entrepris.
Une demeure de 1 325 m² avec piscine, hammam et toit-terrasse
Édifié il y a un siècle, l’hôtel particulier développe une superficie habitable de 1 325 m², répartie sur quatre niveaux principaux. Il est implanté sur un terrain de 569 m² comprenant un jardin paysager de 245 m², protégé des regards extérieurs.
La demeure compte seize pièces principales et neuf chambres. Son organisation intérieure s’articule autour d’une cour d’honneur et d’un imposant escalier en fer forgé. Le rez-de-jardin et le premier étage sont consacrés aux espaces de réception, tandis que les niveaux supérieurs abritent les appartements privés.
Huit suites disposent chacune de leur salle de bains et de leur dressing. Le dernier étage, bordé par un balcon filant, est réservé à une vaste suite principale.
L’un des principaux attraits de la propriété réside dans son toit-terrasse de 105 m². Celui-ci offre une vue panoramique à 360 degrés sur le bois de Boulogne, la Fondation Louis Vuitton, la nature environnante et les toits de Paris. L’absence de vis-à-vis aurait joué un rôle déterminant dans la décision de l’acquéreur.
Les deux niveaux aménagés en sous-sol comprennent également les équipements attendus dans une résidence de ce standing : une grande piscine, un hammam, une salle de sport ainsi qu’un espace destiné aux réceptions et aux soirées privées.
En dépit de ses dimensions, la bâtisse bénéficie d’un diagnostic de performance énergétique classé D. Ses dépenses annuelles d’énergie seraient estimées entre 7 700 et 10 500 euros.
Un vaste chantier de rénovation en perspective
Le nouveau propriétaire devra néanmoins engager d’importants travaux de rénovation. Un choix qui peut paraître inhabituel à une époque où une grande partie de la clientèle fortunée privilégie les résidences immédiatement habitables.
Pour les professionnels de l’immobilier de luxe, les critères sont toutefois différents lorsqu’il s’agit de demeures aussi rares. Dans l’Ouest parisien, les acheteurs de très grandes surfaces placent l’adresse, la situation géographique, le volume et la qualité de l’environnement avant l’état intérieur du bâtiment. Ils acceptent donc plus volontiers de financer un chantier complet afin d’aménager la résidence selon leurs préférences.
La réorganisation du patrimoine de Lalla Latifa
Cette vente intervient après le décès, en juin 2024, de Lalla Latifa Amahzoun, mère de Mohammed VI. Le souverain marocain et ses frères et sœurs ont depuis entrepris de réorganiser le patrimoine immobilier familial.
La demeure du boulevard Maurice-Barrès était détenue par l’intermédiaire d’une société civile immobilière. Elle ne constituait pas la seule propriété possédée par Lalla Latifa à Neuilly-sur-Seine. Un deuxième hôtel particulier, construit en 1880 et situé non loin des quais de Seine, a également fait partie de son patrimoine.
De dimensions plus modestes, ce second bien est lui aussi détenu par une SCI. Lalla Latifa en aurait assuré la propriété entre 2008 et 2022. Depuis cette date, sa gestion est confiée à Abdelkader Boukhriss, présenté comme conseiller en gestion des affaires à Casablanca.
Il reste à déterminer si cette autre résidence sera, à son tour, proposée à la vente dans le cadre de la réorganisation des actifs immobiliers de la famille.
Les sœurs de Mohammed VI demeurent, quant à elles, particulièrement actives sur le marché parisien du très haut de gamme. Elles ont réalisé plusieurs acquisitions importantes, notamment dans les très recherchés 7ᵉ et 16ᵉ arrondissements, tout en procédant ponctuellement à des reventes rapides.
La cession de la propriété de Neuilly illustre ainsi les mouvements actuellement opérés au sein d’un patrimoine considérable, longtemps géré dans la plus grande discrétion. La transaction restera surtout remarquable par le profil de son acquéreur : dans cet univers habituellement réservé aux fortunes internationales et aux familles royales, c’est cette fois un particulier français qui a décroché l’une des demeures les plus exceptionnelles de l’Ouest parisien.
Par Hichem ABOUD








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