Mathias Pogba a été condamné pour son implication dans les pressions exercées contre son frère Paul. Mais l’affaire qui a éclaté au grand jour en 2022 conserve encore une importante zone d’ombre : les deux hommes armés qui ont directement menacé le footballeur n’ont jamais été identifiés.

Tout commence par une nuit de mars 2022 et une somme vertigineuse : 13 millions d’euros.

Le 19 mars, Paul Pogba se retrouve dans un appartement à Montévrain, en Seine-et-Marne. Il y est conduit par des proches. La situation bascule lorsqu’apparaissent deux hommes cagoulés et armés.

Ils réclament au champion du monde la somme de 13 millions d’euros.

Selon les éléments de l’enquête, cette somme est présentée comme une dette correspondant à une prétendue protection dont le joueur aurait bénéficié pendant plusieurs années.

Paul Pogba est alors menacé et retenu pendant plusieurs heures.

Il ne versera jamais les 13 millions d’euros.

Mais l’affaire, elle, ne fait que commencer.

Les deux hommes armés restent un mystère

C’est l’un des principaux points d’interrogation du dossier.

Les deux individus qui ont directement menacé Paul Pogba cette nuit-là n’ont jamais été identifiés dans le cadre du procès organisé à Paris.

La justice a pourtant pu établir la responsabilité pénale de plusieurs protagonistes dans la tentative d’extorsion et les pressions exercées contre le joueur.

Mais ceux qui auraient été directement au contact de Paul Pogba lors de sa séquestration restent inconnus.

Qui les a envoyés ?

Qui leur a demandé de réclamer précisément 13 millions d’euros ?

Pourquoi ce montant ?

Et surtout, qui se trouvait réellement derrière cette opération ?

Le procès n’a pas permis d’apporter publiquement une réponse définitive à toutes ces questions.

Des proches au cœur de l’enquête

Après la séquestration, les enquêteurs s’intéressent à plusieurs amis et proches de Paul Pogba.

Au total, six personnes sont finalement renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le dossier fait apparaître d’anciennes relations d’amitié, mais aussi des liens financiers qui se seraient progressivement dégradés.

Les prévenus présentent toutefois une version différente de celle défendue par l’accusation.

Certains affirment avoir eux-mêmes été menacés par les deux hommes armés. Ils contestent ainsi avoir organisé l’opération ou en avoir été les véritables instigateurs.

La justice ne retiendra pas cette explication.

L’enquête révèle également que les pressions auraient continué après la nuit de Montévrain.

Mathias Pogba : impliqué dans l’affaire, mais absent de la séquestration

Cette précision est essentielle, car elle s’est souvent retrouvée noyée dans le bruit médiatique entourant l’affaire.

Mathias Pogba n’était pas présent au moment où son frère a été séquestré.

Il n’a donc pas été condamné pour avoir participé physiquement à cette scène.

Son implication concerne les événements qui ont suivi.

L’accusation lui reprochait d’avoir participé aux pressions destinées à obtenir de l’argent de Paul Pogba.

Mathias Pogba a toujours contesté cette interprétation.

Selon sa version, il aurait lui-même été manipulé par les autres protagonistes. Il affirme également avoir cru, au moins dans un premier temps, que certains de ses proches étaient eux-mêmes victimes des deux hommes armés.

Au cours de la procédure, il dira avoir été « la marionnette de tous ».

Le tribunal n’a cependant pas retenu cette version.

Puis viennent les vidéos

À l’été 2022, l’affaire prend une nouvelle dimension.

Mathias Pogba décide de s’adresser directement au public.

Dans plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux, il promet de faire des révélations concernant son frère Paul.

Il évoque notamment l’histoire d’un marabout et affirme que Paul Pogba aurait voulu faire jeter un sort à Kylian Mbappé.

À partir de ce moment, le conflit familial prend une dimension internationale.

Le nom de Mbappé apparaît dans une affaire qui, quelques mois auparavant, concernait principalement une histoire d’argent, de menaces et d’extorsion.

Paul Pogba reconnaîtra avoir consulté un marabout, mais contestera avoir voulu faire du mal à son coéquipier de l’équipe de France.

Pour les enquêteurs et le parquet, les déclarations publiques de Mathias Pogba ne sont toutefois pas sans rapport avec le reste du dossier.

Elles sont considérées comme faisant partie des éléments d’une campagne de pression exercée contre Paul.

La défense de Mathias conteste cette interprétation.

Les 13 millions d’euros n’ont jamais été versés

Le montant de 13 millions d’euros a largement contribué à l’ampleur médiatique de l’affaire.

Mais un élément doit être rappelé : Paul Pogba n’a jamais versé cette somme.

Des sommes d’argent et des objets de valeur ont néanmoins été remis à certains protagonistes au cours des événements.

L’ordonnance de renvoi faisait état d’environ 250 000 euros, sous forme d’argent liquide et d’objets de valeur.

D’autres montants apparaissent également dans les différentes déclarations recueillies au cours de la procédure.

Mais une question centrale demeure :

Pourquoi avoir réclamé précisément 13 millions d’euros ?

S’agissait-il d’un montant calculé à l’avance ?

D’une somme volontairement exorbitante destinée à impressionner la victime ?

Ou d’une dette que certains protagonistes estimaient réellement devoir être payée ?

Le dossier judiciaire apporte des éléments sur les pressions exercées et les responsabilités retenues par la justice.

Mais les motivations exactes à l’origine de cette somme n’ont pas toutes été définitivement éclaircies publiquement.

Le procès : des responsabilités différentes

Le procès des six prévenus s’est ouvert à Paris en novembre 2024.

Le parquet soutient l’idée d’une opération organisée afin de faire pression sur Paul Pogba et de lui soutirer de l’argent.

Pour Mathias Pogba, le parquet requiert trois ans de prison, dont un an ferme.

La défense continue de soutenir qu’il n’a pas participé volontairement à une entreprise d’extorsion.

Le 19 décembre 2024, le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement.

Mathias Pogba est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu’à une amende de 20 000 euros.

La partie ferme de sa peine est aménagée sous bracelet électronique.

Les autres protagonistes reçoivent des peines plus lourdes, allant jusqu’à huit ans de prison.

La justice établit ainsi une distinction entre les rôles attribués aux différents prévenus.

Mathias Pogba n’est pas présenté comme le cerveau de l’opération.

Il n’est pas non plus considéré comme l’un des deux hommes qui ont directement séquestré son frère.

Sa condamnation porte sur son implication dans les pressions et la tentative d’extorsion retenues par le tribunal.

Pas de procès en appel

Après le jugement, la possibilité d’un procès en appel reste ouverte pendant plusieurs mois.

Finalement, les personnes condamnées renoncent à cette voie de recours.

Il n’y aura donc pas de nouveau procès permettant de reprendre publiquement l’ensemble des débats devant une cour d’appel.

La décision rendue en première instance demeure ainsi la principale référence judiciaire de l’affaire.

Une affaire qui laisse encore des questions

Au-delà du conflit spectaculaire entre les deux frères, l’affaire Pogba laisse derrière elle une question centrale :

Qui se trouvait réellement derrière l’opération de Montévrain ?

La justice a condamné plusieurs personnes pour leur rôle dans les faits qui leur étaient reprochés.

Mais les deux hommes armés qui ont directement menacé Paul Pogba n’ont pas été identifiés dans le cadre de ce procès.

C’est l’une des principales zones d’ombre qui subsistent dans le dossier.

Car identifier ceux qui ont exercé les pressions autour de la victime ne permet pas nécessairement de répondre à une autre question :

Qui a envoyé les hommes armés ?

L’affaire Pogba aura ainsi été à la fois une affaire d’argent, une affaire familiale et une affaire judiciaire.

Elle aura surtout montré comment un conflit qui aurait pu rester limité au cercle privé d’une famille a pu, en quelques mois, devenir une affaire mondiale mêlant football, réseaux sociaux, menaces, argent et justice.

Et derrière le bruit médiatique, une question demeure :

Qui étaient réellement les deux hommes cagoulés de Montévrain ?