Tizi Ouzou. Du 1er mai au 30 novembre 2026, l’accès aux forêts et aux pistes forestières de la wilaya de Tizi Ouzou est officiellement interdit.
Par Hichem ABOUD
Décidée par les autorités locales dans le cadre de « la prévention des incendies », la mesure suscite incompréhension et critiques chez de nombreux habitants et acteurs associatifs.
Sur le papier, la décision se veut pragmatique. Les incendies meurtriers de l’été 2021, qui avaient causé la mort de plus de 130 personnes et ravagé des dizaines de milliers d’hectares de forêts, restent dans toutes les mémoires. Dans ce contexte, la protection des massifs forestiers apparaît comme une priorité incontestable.
Mais sur le terrain, l’interdiction généralisée interroge. En s’appuyant sur plusieurs arrêtés du wali, la Conservation des forêts a proscrit randonnées, promenades et bivouacs dans l’ensemble des zones forestières concernées. Une décision jugée excessive par certains observateurs, qui dénoncent une réponse uniforme à un problème complexe.
Une mesure jugée disproportionnée
Pour de nombreux habitants de Kabylie, la montagne ne se résume pas à un espace naturel à protéger : elle constitue un élément central du mode de vie local. Activités sportives, sorties familiales ou initiatives écologiques structurent depuis des années une relation étroite entre les citoyens et leur environnement.
Dans ce contexte, priver la population d’accès à ces espaces pendant sept mois est perçu comme une sanction collective. « On comprend la nécessité de prévenir les incendies, mais pourquoi interdire à tout le monde ? », s’interrogent plusieurs membres d’associations locales.
Le choix de l’interdiction
Au-delà de la question environnementale, la décision relance le débat sur les méthodes de gestion administrative. Face aux difficultés de surveillance et de prévention, les autorités ont privilégié une solution radicale : restreindre l’accès.
Certains y voient le symptôme d’un mode de gouvernance fondé sur l’interdiction plutôt que sur la responsabilisation. Plutôt que de renforcer les dispositifs de contrôle ciblé, de sensibilisation ou de sanction des comportements à risque, l’administration a opté pour une fermeture quasi totale des espaces concernés.
Une défiance envers les initiatives citoyennes ? Cette approche alimente également un sentiment de méfiance à l’égard des initiatives locales. Associations sportives, groupes de randonneurs et collectifs écologistes, pourtant actifs dans la préservation de l’environnement, se retrouvent de facto assimilés à des facteurs de risque.
Pour certains analystes, cette situation illustre une tension plus large entre encadrement administratif et engagement citoyen. À force de restrictions, la liberté de circuler dans les espaces naturels apparaît de plus en plus conditionnée à des décisions administratives.
Alors que la saison estivale approche, la mesure continue de diviser. Entre impératif de sécurité et aspiration à préserver un lien vital avec la montagne, le débat reste ouvert en Kabylie.



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