Par Hichem ABOUD

Le 25 juillet, la police espagnole a interpellé l’opposant algérien Ayoub Aïssiou à l’aéroport d’El Prat, à Barcelone, en exécution d’un mandat d’arrêt international émis depuis quelques années par les autorités algériennes.

Cette arrestation soulève cependant de nombreuses interrogations. Installé en France depuis plus de cinq ans, titulaire d’un titre de séjour français, Ayoub Aïssiou effectuait régulièrement des déplacements en Espagne. Or, malgré une présence parfaitement connue des autorités françaises et espagnoles, il n’avait jamais été inquiété, ni dans ces deux pays, ni ailleurs en Europe.

Les ennuis d’Ayoub Aïssiou ont commencé avec l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune. Son soutien affiché à Azzedine Mihoubi, principal rival de Tebboune lors de l’élection présidentielle de 2019, lui a coûté la fermeture arbitraire de sa chaîne de télévision (Algeria One), sans qu’aucune justification officielle ne soit jamais avancée.

Contraint de s’exiler en France, il affirme avoir été la cible d’une surveillance constante des services de renseignement algériens. En Algérie, les poursuites judiciaires se sont ensuite multipliées : condamnations pour des faits parfois dérisoires, notamment de simples publications sur Facebook, avant que ne soient montés, selon ses proches, des dossiers judiciaires aux accusations de plus en plus invraisemblables.

Après une période d’accalmie, les pressions ont repris de plus belle. Il a fait l’objet de menaces de mort et échappé à une tentative d’enlèvement et d’assassinat au lendemain de l’élection présidentielle de septembre 2024. Son principal tort est d’avoir soutenu la candidature de Saïda Neghza, adversaire de Tebboune. Celle-ci sera finalement condamnée à quatre ans de prison, tout comme deux autres candidats (Abdelhakim Hamadi et Belkacem Sahli) qui avaient refusé de jouer le rôle de simples figurants dans un scrutin dont, selon de nombreux observateurs, l’issue était déterminée à l’avance.

Les autorités algériennes lui reprochent également sa proximité avec plusieurs opposants qualifiés de « terroristes » par le pouvoir, alors qu’il s’agit, de journalistes, d’intellectuels et de militants politiques.

Dans ce contexte, l’arrestation d’Ayoub Aïssiou à Barcelone apparaît, aux yeux de ses proches et de nombreux observateurs, comme une affaire éminemment politique. Les accusations de « falsification de documents » avancées par les autorités algériennes sont perçues comme le prétexte juridique permettant de poursuivre un opposant en exil, plutôt que comme le reflet d’une affaire de droit commun.De nombreux observateurs établissent un parallèle entre la récente visite à Alger de Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, et l’arrestation d’Ayoub Aïssiou quelques jours plus tard. Cette succession d’événements nourrit les interrogations et alimente les spéculations sur l’existence d’une éventuelle contrepartie politique dans le cadre du rapprochement entre Madrid et Alger.

Il convient également de rappeler que l’Espagne s’est déjà illustrée par deux extraditions qui ont profondément marqué l’opinion publique algérienne : celles des anciens militaires Mohamed Abdallah et Mohamed Benhalima, tous deux remis aux autorités algériennes malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

À l’inverse, les autorités algériennes semblent faire preuve d’une étonnante discrétion concernant deux anciens hauts responsables militaires ayant quitté le pays et faisant pourtant l’objet de mandats d’arrêt internationaux.

Il s’agit, d’une part, du général-major Habib Chentouf, ancien commandant de la 1ʳᵉ Région militaire de Blida, l’une des plus stratégiques du pays, installé en Espagne depuis 2019. D’autre part, du général-major Ghali Belksir, ancien commandant de la Gendarmerie nationale, qui vit en France, où il disposerait d’un important patrimoine immobilier.

Bien que des mandats d’arrêt internationaux aient été émis contre ces deux anciens hauts gradés, Alger n’a jamais semblé demander avec la même insistance leur exécution ni leur extradition.

Cette différence de traitement alimente les interrogations sur les véritables motivations des autorités algériennes. Aux yeux de nombreux observateurs, elle renforce l’impression que l’affaire Ayoub Aïssiou relève davantage d’une logique politique que d’une procédure pénale ordinaire. Si tel était le cas, l’Espagne prendrait le risque de voir sa justice accusée d’avoir servi, même involontairement, des objectifs étrangers à la seule application du droit.