Depuis le 16 septembre 2026, le Maroc a durci ses conditions d’accès aux ressortissants algériens en instaurant une interdiction d’entrée pour tous ceux qui ne disposent pas d’une carte de séjour marocaine valide. Cette mesure, communiquée discrètement aux compagnies aériennes sans annonce officielle, marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations entre Rabat et Alger.
Une directive transmise en silence aux transporteurs
La directive a été adressée directement par la police des frontières marocaine aux compagnies aériennes desservant l’Algérie, contournant tout communiqué public des autorités du royaume. Les transporteurs ont reçu l’instruction de filtrer systématiquement les passagers algériens avant l’embarquement, sous peine de sanctions financières en cas de refoulement à l’arrivée au Maroc.
Air France figure parmi les compagnies ayant reçu ces consignes. Selon les informations disponibles, la compagnie a activé son système de gestion des passagers ALTEA, développé par Amadeus, pour identifier automatiquement les voyageurs de nationalité algérienne. Le personnel au sol a été briefé pour vérifier la présence d’une carte de séjour marocaine valide avant toute délivrance de carte d’embarquement.
La compagnie française a explicitement précisé à ses équipes que cette exigence était « dictée par les autorités frontalières marocaines » et non le fruit d’une décision commerciale interne. Les Algériens ne disposant pas d’un titre de séjour valide se voient désormais refuser l’accès à bord, indépendamment de leur destination finale au Maroc.
Un durcissement inscrit dans une escalade croissante
Cette nouvelle restriction administratif ne surgit pas isolément. Le contexte d’escalade remonte à la Coupe d’Afrique des nations 2025, organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, au cours de laquelle Rabat avait déjà multiplié les mesures restrictives visant les Algériens, incluant des poursuites judiciaires contre des binationaux franco-algériens. La tension s’est accentuée après les événements de Ceuta, fin juillet 2026, à la suite d’une vague migratoire qui a conduit le Maroc à renforcer ses contrôles envers les ressortissants algériens et tunisiens à l’aéroport de Casablanca.
Le contexte politique bilatéral rend ce durcissement particulièrement significatif. Depuis 2021, aucune liaison aérienne directe ne relie les deux pays : Alger a fermé son espace aérien aux compagnies marocaines en réaction à la dégradation des relations diplomatiques. Les Algériens désireux de se rendre au Maroc doivent donc transiter par un pays tiers, la France et la Tunisie étant les correspondances les plus couramment utilisées. Cette nouvelle interdiction complique davantage un trajet déjà semé d’embûches pour les voyageurs non-résidents.
La frontière terrestre entre les deux pays reste fermée depuis 2021, année qui a également vu Alger rompre ses relations diplomatiques avec Rabat. Le contentieux autour du Sahara occidental constitue le cœur du différend de longue date, mais les récents développements CAN 2025, crise de Ceuta et cette interdiction d’entrée aux non-résidents révèlent une dégradation qui s’étend désormais clairement à la mobilité ordinaire des civils.
Le silence des capitales et l’inquiétude de la diaspora
À ce jour, ni Alger ni Rabat n’ont publié de communiqué officiel confirmant ou commentant cette interdiction. Ce silence gouvernemental interroge d’autant plus que la mesure a des conséquences immédiates et concrètes pour des milliers de voyageurs : familles séparées par la fermeture de la frontière terrestre, binationaux ayant des attaches professionnelles ou personnelles au Maroc, voyageurs d’affaires ou simples touristes.
Plusieurs médias algériens, dont Just Info DZ et Observalgérie, font état d’une inquiétude croissante au sein de la diaspora algérienne, particulièrement parmi ceux résidant en France et habitués à transiter par le Maroc pour des raisons familiales ou professionnelles. Sans carte de séjour marocaine, ces voyageurs se trouvent de facto exclus du territoire, même pour un transit ou une escale.
Cette situation rappelle l’arrêt de l’acheminement du gaz algérien vers le Maroc, décidé par Alger en 2021 en réaction à la dégradation des relations. Cinq années plus tard, l’escalade ne se limite plus aux enjeux énergétiques ou diplomatiques : elle touche directement la liberté de circulation des citoyens ordinaires, dans un contexte où aucune médiation régionale ou internationale ne semble mobilisée pour désamorcer la crise.
Une politique durable plutôt qu’une mesure ponctuelle ?
Les observateurs redoutent que cette nouvelle restriction ne soit qu’une mesure temporaire liée à un pic de tension, mais bien une politique structurelle s’ajoutant à la longue liste des ruptures entre les deux capitales : frontières terrestres fermées, espace aérien fermé, ambassadeurs rappelés, et désormais une discrimination migratoire explicite fondée sur la nationalité.
Cette interdiction incarne l’ampleur croissante de la fracture maghrébine. Au-delà des considérations diplomatiques et géopolitiques, elle pénalise directement les citoyens ordinaires et illustre comment les contentieux d’État peuvent redessiner concrètement les possibilités de mobilité des individus, transformant les frontières nationales en obstacles infranchissables pour des populations autrefois plus libres de circuler.
La rédaction



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