Par Anouar Malek

Je ne suis pas de ceux qui suivent aveuglément les décisions sans preuves, ni de ceux qui adoptent des convictions simplement parce que des masques tombent ou que des slogans sont brandis. Je suis défenseur des droits humains, journaliste et écrivain. J’ai enquêté sur de nombreuses affaires et appris qu’une accusation est une chose, une preuve en est une autre.

Je connais également le régime algérien mieux que beaucoup d’autres, et j’ai pu constater ses mensonges à d’innombrables reprises. Je ne peux donc pas applaudir la décision de rompre les relations avec le Maroc ou les Émirats simplement parce que les généraux algériens l’ont prise. Je n’appartiens pas au troupeau au point de tenir pour certaines des accusations dont je ne possède pas les preuves, ni de modifier mes convictions au gré des querelles et des alliances du pouvoir.

Je ne défends ni Rabat ni Abou Dhabi au détriment de l’Algérie, contrairement à ce que prétendent les mouches électroniques des casernes et les comptes fictifs auxquels je ne saurais répondre. Je ne suis pas de ceux qui s’engagent dans des polémiques stériles, même avec les pseudo-intellectuels qui affichent leur véritable identité et leur photographie. Que dire alors des comptes anonymes ? Beaucoup sont administrés ou alimentés par des réseaux liés aux milices iraniennes et à leurs relais. Ils me sont hostiles en raison de mes positions contre le régime des mollahs, et pour aucune autre raison.

Je le dis clairement : aimer l’Algérie ne signifie pas croire aveuglément tout ce que le pouvoir affirme en son nom. La patrie dépasse le régime, l’État survit aux gouvernants, et l’intérêt national ne se protège pas par des slogans, mais par des faits et des preuves.

Pour aller à l’essentiel :

Vous avez annoncé une information ; nous avons le devoir de la vérifier. Apportez donc les preuves établissant que les Émirats ont porté atteinte à la sécurité nationale et à la stabilité de l’Algérie. Alors, si nous ne leur faisons pas barrage, nous serons effectivement des traîtres et des agents à la solde des Al Nahyane, comme vous le prétendez !

Mais tant que ces preuves ne sont pas présentées, ne nous demandez pas de remplacer l’enquête par les applaudissements, la raison par les slogans et les preuves par les déclarations d’analystes sur les plateaux de télévision. Affirmer qu’un État étranger a porté atteinte à la sécurité nationale algérienne constitue une accusation d’une extrême gravité. Quiconque formule une accusation de cette ampleur doit présenter à l’opinion publique les faits et les éléments qui l’étayent.

Il est également inutile de confondre le dossier algérien avec d’autres dossiers, comme ceux du Yémen, du Soudan, de la Somalie ou d’ailleurs. L’Algérie a elle-même les mains sales sur de nombreux terrains. Si les Émirats sont accusés de porter atteinte à l’intégrité territoriale des États, l’Algérie en a fait autant avec le Maroc, par exemple : elle a financé le Polisario, qui entretient des relations avec les Gardiens de la révolution. Les choses sont même allées jusqu’à amorcer un projet de création d’un autre mouvement séparatiste dans le Rif marocain.

Dès lors, une question devient légitime : si nous faisons de « l’ingérence dans les affaires des États » un critère de jugement, nous devons l’appliquer à tous. L’ingérence ne saurait être un crime lorsqu’elle est le fait de notre adversaire et devenir un « soutien au droit des peuples » lorsque nous la pratiquons nous-mêmes.

Quant à la normalisation, si Tebboune est hostile à Ben Zayed en raison de sa normalisation avec Israël, pourquoi ce deux poids, deux mesures ?

L’Algérie entretient des relations étroites avec des pays ayant normalisé leurs relations avec Israël, et même avec des États qui coordonnent avec lui leurs activités sécuritaires et militaires. Des généraux algériens ont souvent siégé dans les enceintes de l’OTAN à proximité de généraux israéliens. Si la normalisation est à l’origine du différend, le critère doit être unique et clair. Mais lorsqu’elle devient une accusation contre les Émirats, tout en n’empêchant pas la coopération avec d’autres pays entretenant des relations complètes avec Israël, nous sommes en droit de nous interroger sur les véritables raisons du conflit.

J’ajoute une question plus importante encore : pourquoi l’État algérien ne présente-t-il pas à l’opinion publique un dossier officiel et clair expliquant les raisons de décisions d’une telle ampleur ? Pourquoi laisse-t-on les accusations filtrer à travers les émissions de télévision, les analystes et les tribunes médiatiques, alors que la décision elle-même touche aux intérêts des Algériens, aux relations de leur État et à son avenir diplomatique et économique ?

La politique étrangère n’appartient ni au président ni aux généraux. L’Algérie n’est pas une caserne où l’on exige du peuple qu’il exécute d’abord les ordres avant d’en rechercher les raisons.

Enfin, je tiens à dire ceci :

Je ne me dresserai pas contre mon pays tant qu’il me restera un souffle de vie. Mais je veux les preuves des actes provocateurs ou hostiles imputés au Maroc ou aux Émirats. Car si je vous crois aujourd’hui sans preuve, vous recommencerez demain avec un autre pays arabe, puis après-demain avec un autre État. Nous nous retrouverons ainsi à sauter d’un bourbier sordide à un autre, plus sordide encore, tant que le régime militaire algérien répondra à ses crises intérieures par les théories du complot et les conflits extérieurs.

L’expérience nous a appris à ne donner à aucun pouvoir un chèque en blanc au nom du patriotisme. Être patriote ne consiste pas à croire le pouvoir lorsqu’il me dit : « Voici ton ennemi. » Être patriote, c’est lui demander : « Quelle est ta preuve ? Qu’a-t-il fait ? Où sont les faits ? Et quel intérêt l’Algérie et les Algériens trouvent-ils dans la décision que vous avez prise ? »

Apportez vos preuves si vous êtes sincères. À défaut, nous ne soutiendrons aucun camp contre un autre. Nous ne ferons pas de notre opposition au régime une raison de nous ranger aux côtés des adversaires de l’Algérie, pas plus que nous ne ferons de notre amour pour l’Algérie un prétexte pour applaudir tout ce que fait le régime.

Nous continuerons à rechercher la vérité, à juger les positions à l’aune des preuves et non des slogans, et à défendre le droit où qu’il se trouve, conformément à l’engagement que nous avons pris devant Dieu. Avec Sa permission, nous ne nous en écarterons pas.