Le Parti authenticité et modernité arrive en tête des élections législatives du 23 septembre, devant ses deux partenaires de la majorité sortante. Mais la chute de la participation et le retour du Parti de la justice et du développement donnent à ce résultat une portée plus complexe qu’une simple alternance à la tête du gouvernement.

Le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête des législatives marocaines avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, selon les résultats provisoires annoncés jeudi 24 septembre par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Il devance le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui obtient 66 sièges, et l’Istiqlal, qui en remporte 65. Ces trois formations gouvernaient ensemble depuis 2021, sous la direction d’Aziz Akhannouch, issu du RNI.

Le premier enseignement du scrutin est donc un déplacement du rapport de force au sein même de la majorité sortante. Le PAM prend la première place, tandis que le RNI perd la position qui lui avait permis de diriger le gouvernement pendant cinq ans. Les trois anciens alliés totalisent toutefois 228 sièges, soit davantage que la majorité absolue de 198 sièges. Ce calcul ne préjuge ni de leur volonté de reconduire leur alliance ni de la composition du prochain exécutif.

L’autre résultat marquant est le retour du Parti de la justice et du développement (PJD). Réduit à 13 députés en 2021, le parti islamiste en obtient 54 cette fois-ci. Sa progression traduit sa capacité à retrouver une place dans le jeu parlementaire après la lourde défaite qui avait mis fin à ses années à la tête du gouvernement. Elle ne suffit cependant pas à lui donner les moyens de former seul une majorité.

Une victoire sur fond de désaffection

Le chiffre le plus préoccupant pour l’ensemble des partis est celui de la participation : 38,08 %, selon les résultats provisoires publiés par le portail officiel marocain, contre un peu plus de 50 % lors des législatives de 2021. Cette baisse rappelle qu’une victoire en sièges ne résout pas, à elle seule, la question de la confiance des électeurs.

La campagne avait pourtant placé les préoccupations sociales au premier plan : emploi, pouvoir d’achat, école, santé et inégalités entre territoires. Ces questions touchent particulièrement les jeunes, dont une partie demeure éloignée des urnes comme du marché du travail. Les mobilisations de la jeunesse en 2025 avaient déjà rendu visible l’écart entre les investissements et la croissance affichés par le pays, d’un côté, et l’expérience quotidienne de nombreux Marocains, de l’autre.

La crise migratoire survenue à Ceuta en juillet a également pesé sur le climat politique. Elle a mis en lumière les difficultés d’une jeunesse qui, faute de perspectives, cherche parfois son avenir hors du pays. Mais cet épisode n’a pas débouché sur un débat électoral à la mesure des questions qu’il soulève : l’emploi, les disparités régionales et la place des jeunes dans les décisions publiques.

Le gouvernement sortant devait aussi répondre aux critiques sur la qualité des services publics et sur la lenteur de certaines réponses apportées aux populations touchées par le séisme de 2023. Les partis ont multiplié les engagements. Pour les électeurs, la question est désormais de savoir comment ces promesses seront financées, appliquées et évaluées au cours des cinq prochaines années.

La prochaine majorité face à l’épreuve des résultats

En vertu de la Constitution marocaine, le chef du gouvernement est nommé au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le PAM dispose ainsi de la première initiative politique, mais devra réunir une coalition et s’accorder avec ses partenaires sur un programme. Les résultats demeurent provisoires à ce stade.

Le scrutin du 23 septembre a désigné un vainqueur et modifié l’équilibre entre les partis. Il a aussi exprimé, par la faible participation, une attente que les négociations entre formations politiques ne pourront écarter. La prochaine majorité sera jugée sur sa capacité à rendre les soins, l’éducation et l’emploi plus accessibles, et à montrer aux citoyens que leur vote peut changer leur vie.