Longtemps considérée comme une nation sérieuse, jalouse de sa souveraineté et respectueuse de celle des autres, l’Algérie est en train de basculer vers une posture impérialiste abjecte, peut-être pire que celle des Occidentaux et de son allié russe.

En effet, pour avoir essuyé des revers diplomatiques majeurs face à son éternel rival au Maghreb, le Maroc, notamment lorsque des puissances comme les États-Unis ou la France reconnaissent officiellement la souveraineté du Royaume chérifien sur le Sahara occidental, dont elle est le principal soutien du Polisario qui en revendique la souveraineté et l’indépendance, l’Algérie jette désormais tout son dévolu sur ses voisins, les pauvres États du Sahel.

Ce faisant, l’Algérie espère d’abord se faire une virginité politique et diplomatique, ensuite entreprendre une expansion économique en lorgnant sur les ressources de leur sous-sol dans la perspective de l’épuisement des siennes, et enfin jouer à la confrontation par pays interposés avec les Émirats arabes unis, avec lesquels elle vient de rompre ses relations diplomatiques. Cerise sur le gâteau, elle permet à son allié russe, pourvoyeur de mercenaires au Sahel, de s’y installer durablement en lui servant de moyen de pression, voire de chantage.

Pour cela, le pays de Tebboune, une dictature militaire drapée du manteau de la démocratie, pense avoir trouvé dans les régimes en difficulté des juntes du Sahel, à la recherche de parrains, les proies idéales pour assouvir son hégémonie longtemps contenue. Elle soutient désormais ouvertement les régimes militaires dont elle exploite la vulnérabilité en se présentant comme leur protecteur, sous le régime juridique d’un protectorat dont les bénéficiaires vont devoir payer très cher l’amère facture de la compromission. Il suffit de voir comment l’Algérie traite les ressortissants d’Afrique noire presents sur son sol pour comprendre qu’elle n’est pas un enfant de cœur.

C’est le cas de la pauvre junte du Niger qui, en proie à des difficultés sécuritaire, économique et diplomatique sans précédent, s’est jetée pieds et poings liés dans la gueule du loup algérien qui n’en demandait pas tant.

En effet, la junte a d’abord bradé le site pétrolier de Kafra (Djado) à la société algérienne, la SONATRACH, qui en a désormais le monopole exclusif sur tout le processus pendant la phase de recherche, alors qu’avant, les Chinois intervenaient dans la chaîne, notamment pour le forage des puits, ce qui garantissait plus de transparence.

Ensuite, à court d’argent, la junte a contracté auprès de l’Algérie un prêt de 600 millions de dollars à un taux d’intérêt record de 11 %, remboursable sur le brut nigérien dont la commercialisation est assurée par la SONATRACH société algérienne. Cette dernière prélève 4 dollars sur chaque baril de brut dans la part qui revient à l’État nigérien, contre 1 dollar pour la SONIDEP qui est pourtant censée la sous-traiter.

Non satisfaite de toutes ces compromissions vis-à-vis d’Alger, la junte nigérienne franchit cette fois-ci le Rubicon en autorisant le déploiement d’une unité de l’armée algérienne non pas dans la zone des trois frontières, épicentre du terrorisme, pour combattre le JNIM ou l’EIGS, mais dans le désert du Sahara à Madama, à la lisière des frontières du Niger avec la Libye et le Tchad. Ce déploiement se situe non loin des bourbiers libyen, tchadien et soudanais où s’affrontent par procuration des intérêts géostratégiques du Moyen-Orient, de l’Occident et de la Russie.

Qu’est-ce que le Niger gagne à s’inviter dans cette aventure avec l’Algérie, alors qu’il risque de perdre gros quand on sait que cette dernière n’est pas un partenaire fiable ? Elle peut changer de position du jour au lendemain, au gré de ses intérêts propres ou de ceux de son allié russe.
Cette dépendance totale vis-à-vis d’un pays voisin qui peut activer à tout moment sa capacité de nuisance est une issue dangereuse pour le Niger. Cela suppose que le Niger est désormais totalement soumis aux desiderata de l’Algérie. Le Niger est tombé dans le piège de la condescendance algérienne, aussi méprisante qu’humiliante, et il lui sera difficile de s’y soustraire de sitôt. À la moindre tentative d’émancipation de sa part, son puissant voisin du Nord, désormais nouvel impérialiste, peut brandir la menace de représailles, y compris en armant des forces centrifuges nigériennes comme elle en a l’habitude. Elle peut même aller jusqu’à bloquer l’exploitation du site pétrolier de Kafra (Djado) qui longe sa frontière. Intitule alors de dire que le Niger doit dorénavant se comporter en bête et discipliné vis à vis de l’Algérie, sinon, il connaît ce qui l’attend pour avoir bradé sa souveraineté.

Ainsi donc, après les forces militaires italiennes et celles des mercenaires de la sulfureuse Wagner déjà présentes sur place et qui ont été utilisées pour massacrer des dizaines de soldats mutins nigériens, la junte de Tiani autorise la venue des militaires algériens. Ce déploiement n’intervient pas pour combattre le terrorisme, comme c’était le cas des forces étrangères présentes au Niger avant le coup d’État, mais pour sauver son régime impopulaire qui ne cesse de prendre l’eau de toutes parts en échange de la garantie des intérêts étrangers.

Cependant, il y a au moins une satisfaction pour les démocrates nigériens qui n’ont eu cesse de dénoncer le coup de trahison du pays par le couplle Issoufou/ Tiani du 26 juillet 2023 : au moins, le narratif de la « souveraineté retrouvée », galvaudé pour justifier la prise en otage du président Bazoum, est désormais tombé à l’eau. Tiani a fait pire que son mentor et parrain Issoufou, dont il a attaqué le bilan pour s’en prendre à l’innocent Bazoum.

Le poète argentin Jorge Luis Borges a dit : « Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie. » Malheureusement, c’est ce à quoi nous a conduits la dictature de Tiani qui gouverne par la peur. Mai, la peur peut aussi changer de camp.

Par Moumouni Ibrahima Dagano