Il aura suffi de dérégler des installations frigorifiques pour rappeler une vérité que les grands discours oublient : un pays peut être déstabilisé jusque dans ses rayons alimentaires. Ce 2 novembre, des incidents touchant les systèmes de réfrigération de supermarchés ont été signalés notamment en Suède, en Belgique, au Luxembourg et en Estonie, certains étant présentés comme des cyberattaques. Des denrées ont dû être retirées ou jetées. L’étendue exacte des événements et leurs liens restent à établir : parler d’une attaque unique contre toute l’Europe serait prématuré.
Pour l’Algérie, cette actualité devrait provoquer autre chose qu’un haussement d’épaules devant les malheurs européens. Elle pose une question très concrète, qui tient réellement les commandes lorsque nos équipements sont connectés ?
La sécurité nationale évoque spontanément les frontières, les casernes, les avions et les radars. Pourtant, une chambre froide, une station de pompage ou un dispositif de commande électrique peuvent également devenir des points de vulnérabilité. Un adversaire n’a pas toujours besoin de franchir une frontière par cotre, une connexion mal protégée peut lui ouvrir un passage.
Voilà qui devrait rafraîchir notre conception de la puissance, avant que quelqu’un ne réchauffe nos congélateurs.
La sécurité énergétique mérite la même réflexion. Posséder des ressources ne suffit pas à garantir la continuité d’un service. Il faut aussi maîtriser les équipements qui permettent de produire, de transformer et de distribuer l’énergie. À quoi servirait de célébrer notre indépendance énergétique si une commande compromise pouvait perturber une installation essentielle ? Le drapeau peut flotter très haut mais il ne remplace pas un dispositif de secours.
Cette réflexion vaut aussi pour nos forêts. Lorsqu’un incendie menace un village, la sécurité nationale prend le visage d’une famille à évacuer, d’une route à maintenir ouverte et d’une réserve d’eau accessible. Elle se mesure au délai d’intervention, aux moyens disponibles et à la coordination des secours. Le feu, lui, n’attend pas que les administrations se mettent d’accord sur le service compétent.
Rechercher une éventuelle origine criminelle est nécessaire. Mais l’enquête sur les causes ne dispense jamais de répondre aux questions sur la prévention. Les pistes étaient-elles praticables ? Les alertes ont-elles circulé ? Les habitants connaissaient-ils les consignes ? Même lorsqu’un incendiaire existe, il ne doit pas devenir l’explication commode de toutes les défaillances. Un suspect ne remplace ni un camion de pompiers ni un plan d’évacuation.
Et puisque nous parlons de sécurité, venons-en aux ressortissants marocains arrêtés à Oran. Soixante et un, selon le communiqué de la DGSN du 11 octobre, relayé par l’APS. Les autorités les soupçonnent d’avoir préparé des actes de sabotage. Voilà ce qui a été annoncé ; la responsabilité individuelle de chacun doit être établie par la justice.
Soixante et un, donc. Avant de laisser le chiffre voyager entre 62 et 63 au gré des conversations, autant lui demander ses papiers. La précision devrait être la première mesure de sécurité de tout commentaire public.
المهم، هم اضحك و هم إبكي.



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