Quatre personnes poursuivies, un contrat criminel de 10 000 euros et une opération qui devait être exécutée à Roubaix : l’enquête judiciaire sur la tentative d’assassinat de l’opposant algérien Hichem Aboud connaît une nouvelle étape. L’ancien officier des services de renseignement algériens a été entendu, vendredi 6 novembre 2026, par un juge d’instruction antiterroriste à Paris, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).
Une audition au cœur d’une enquête antiterroriste
L’opposant algérien Hichem Aboud, ancien officier des services secrets et journaliste connu pour ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir d’Alger, a été auditionné vendredi par un magistrat antiterroriste parisien dans le cadre de l’information judiciaire ouverte sur une tentative de meurtre le visant en février 2025 à Roubaix, dans le nord de la France.
L’information, rapportée par l’Agence France-Presse dans une dépêche datée du 6 novembre 2026, a été confirmée par la présence d’une journaliste de l’agence.
Cette audition intervient dans une procédure particulièrement sensible, dont les investigations ont révélé l’existence d’un projet criminel organisé contre l’opposant.
Quatre mis en cause et un contrat de 10 000 euros
Selon les informations judiciaires rapportées par l’AFP, quatre jeunes hommes sont poursuivis dans cette affaire.
Trois d’entre eux sont mis en cause pour tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Le quatrième est poursuivi pour complicité de cette tentative de meurtre et association de malfaiteurs terroriste criminelle.
L’enquête aurait connu un tournant inattendu à l’occasion d’investigations portant sur le braquage d’un musée commis en novembre 2024 près de Lyon.
C’est dans ce cadre que les enquêteurs auraient découvert l’existence d’un contrat criminel visant Hichem Aboud.
L’exploitation de communications sur la messagerie chiffrée Snapchat aurait permis d’identifier une équipe d’exécutants présumés, parmi lesquels un homme chargé d’abattre l’opposant contre une rémunération de 10 000 euros.
En février 2025, cette équipe se serait rendue à Roubaix, munie d’une adresse et d’instructions précises pour tuer sa cible.
L’opération a échoué en raison de l’absence de Hichem Aboud sur les lieux au moment prévu pour son exécution, selon les sources proches du dossier citées par l’AFP.
Hichem Aboud désigne le pouvoir algérien
À l’issue de son audition, Hichem Aboud a réaffirmé sa conviction que cette opération criminelle trouve son origine dans les cercles du pouvoir algérien.
Interrogé par l’AFP, il a déclaré :
« S’il y a quelqu’un qui peut m’indiquer une piste autre que le régime algérien, qu’il vienne me convaincre. »
L’opposant affirme ne connaître aucun autre adversaire susceptible de commanditer une opération de cette nature.
Il souligne également que les personnes mises en cause ne le connaissaient pas personnellement et ignoraient, selon ses déclarations, les véritables motivations de l’opération. Ces accusations mettent directement en cause le régime algérien.
L’identification des éventuels commanditaires constitue ainsi l’une des questions essentielles de cette affaire.
Une précédente tentative d’assassinat en Belgique
L’affaire de Roubaix ne constitue pas le seul dossier judiciaire concernant des menaces contre Hichem Aboud.
L’opposant avait déjà déposé une plainte avec constitution de partie civile pour tentative d’assassinat à Liège, en Belgique, en 2021.
Lors de son audition du 6 novembre, le magistrat antiterroriste lui aurait confirmé être également chargé de ce dossier, selon les déclarations de Hichem Aboud rapportées par l’AFP.
Cette information ouvre la perspective d’un examen judiciaire de plusieurs faits dénoncés par l’opposant, survenus dans des pays européens différents.
Un opposant de longue date au régime algérien
Ancien officier des services de renseignement algériens, Hichem Aboud s’est installé en France dans les années 1990.
Journaliste et auteur d’ouvrages critiques sur le fonctionnement du pouvoir algérien, il a effectué un retour dans son pays en 2011, dans un contexte d’ouverture politique relative.
Il y a créé deux journaux, dont les activités ont été suspendues en 2013.
Confronté à des menaces de poursuites judiciaires, il est ensuite retourné en France, où il poursuit ses activités journalistiques et ses prises de position publiques contre le régime algérien.
Une affaire dans un climat de tensions entre Paris et Alger
Cette procédure judiciaire intervient dans un contexte de relations particulièrement sensibles entre la France et l’Algérie.
L’AFP rappelle notamment l’affaire de l’opposant algérien Amir Boukhors, connu sous le pseudonyme d’Amir DZ, enlevé en région parisienne le 29 avril 2024 avant d’être relâché le 1er mai.
L’agence évoque également le dossier du journaliste sportif français Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie depuis juin 2025 après une condamnation pour « apologie du terrorisme ».
Ces affaires alimentent les tensions diplomatiques entre les deux pays et soulèvent, chacune dans son contexte judiciaire propre, des interrogations sur les relations entre pouvoir politique, sécurité et libertés fondamentales.
La question centrale : qui a commandité l’opération ?
Au-delà de l’identification des exécutants présumés, l’enquête sur la tentative d’assassinat de Hichem Aboud soulève désormais une question déterminante : qui a donné l’ordre de tuer l’opposant et qui devait financer cette opération ?
L’existence d’un contrat criminel, le recours à une équipe d’exécutants présumés et la préparation d’un déplacement jusqu’au domicile supposé de la cible constituent des éléments particulièrement graves rapportés par les sources judiciaires citées par l’AFP.
Pour Hichem Aboud, la piste du pouvoir algérien ne fait aucun doute.
Il appartient désormais à la justice française de déterminer les responsabilités pénales, de remonter l’éventuelle chaîne de commandement et d’établir l’identité des commanditaires.
L’affaire dépasse ainsi le seul projet d’assassinat d’un opposant : elle pose la question de la sécurité des dissidents politiques établis sur le territoire européen et de la capacité des institutions judiciaires à identifier les responsables d’opérations criminelles potentiellement organisées au-delà des frontières.
Source principale : Agence France-Presse (AFP), dépêche du vendredi 6 novembre 2026, 15 h 06, intitulée « L’opposant algérien Hichem Aboud, victime d’une tentative de meurtre, auditionné à Paris ».
LEMED24 NEWS – Rédaction



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