Par Pedro Canales, pour LeMed24
Les résultats électoraux, encore provisoires, communiqués par le ministère marocain de l’Intérieur dans la nuit de jeudi 24 septembre, témoignent d’un échec cuisant du gouvernement sortant et, plus généralement, de la classe politique.
Il y a déjà un an, le roi Mohammed VI avait demandé, dans un discours public, au gouvernement tripartite composé du Rassemblement national des indépendants (RNI), du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) et du Parti de l’Istiqlal, de déployer tous les efforts nécessaires afin que les élections législatives prévues le 23 septembre entrent dans l’histoire du Maroc comme les élections les plus participatives, les plus transparentes et celles qui répondent le mieux aux aspirations du peuple marocain, notamment de sa jeunesse et des femmes.
Mais il n’en a rien été.
Le gouvernement dirigé par le libéral Aziz Akhannouch, avec tout son appareil bureaucratique et administratif et disposant de moyens logistiques et financiers considérables, s’est révélé incapable de faire parvenir ces orientations royales à la population marocaine.
Le résultat est un échec majeur de la participation populaire à un scrutin présenté comme stratégique.
Selon les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur, sur les 15,8 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales, moins de cinq millions de citoyens se sont rendus aux urnes, soit seulement 32 %.
Autrement dit, près de 11 millions de citoyens inscrits ont boycotté les urnes.
Une partie de ces 15,8 millions de personnes inscrites comprend les plus de 5 millions de Marocains établis à l’étranger : 1,7 million en France, 920 000 en Espagne, 550 000 en Belgique et autant aux Pays-Bas, 340 000 en Italie, le reste étant réparti entre les États-Unis, l’Allemagne et le Canada.
Dans les faits, la bureaucratie gouvernementale les a privés de la possibilité d’exercer leur droit constitutionnel de vote.
Durant toute cette période, le gouvernement n’a adopté aucune loi permettant le vote par correspondance et aucune urne n’a été installée dans les consulats marocains à l’étranger. Les Marocains établis hors du pays ne pouvaient donc voter qu’en se déplaçant personnellement au Maroc ou en donnant procuration à un autre Marocain qui devait, lui, se présenter physiquement aux urnes.
Ni le gouvernement ni les partis politiques n’ont manifesté d’intérêt pour faciliter le vote des Marocains résidant à l’étranger.
Ces chiffres restent toutefois incomplets, car aux 11 millions de citoyens qui ne se sont pas rendus aux bureaux de vote, il faut ajouter environ 10 millions de citoyens qui n’ont pas souhaité s’inscrire sur les listes électorales.
Ce qui signifie que la participation réelle à ces élections se situerait autour de 20 %, sans même tenir compte des éventuels bulletins blancs ou nuls.
L’appareil administratif de l’État, dont le fonctionnement dépend du gouvernement et non du Palais royal, disposait de tous les moyens logistiques nécessaires pour aider les citoyens à se rendre dans les bureaux de vote, notamment les plus de 3 millions de personnes handicapées en âge de s’inscrire et de voter.
À cette mission d’assistance publique à la population pour se rendre aux urnes, il convient d’ajouter le rôle des partis politiques en lice, qui disposent de leurs propres moyens pour faciliter la participation électorale.
Compte tenu de l’importance de ces élections, censées faire émerger « le gouvernement du Maroc 2030 », avec tous ses projets de développement et de modernisation du pays, ainsi que de l’immense tâche consistant à participer, aux côtés du Portugal et de l’Espagne, à l’organisation de la Coupe du monde de football 2030, force est de constater, selon l’auteur, l’échec de ce scrutin.
Indépendamment du prochain chef du gouvernement que nommera le roi, la rupture entre la classe dirigeante et le peuple marocain semble désormais consommée.



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