CHRONIQUE. Le pouvoir algérien compte peser dans le débat électoral français, affirme Xavier Driencourt. Le diplomate s’interroge sur la compatibilité des différents candidats français avec les intérêts algériens.

Par Xavier DRIENCOURT

Il fut un temps où l’Algérie se targuait d’intervenir dans le débat politique français : Alger soutenait alors Mitterrand face à un Giscard d’Estaing que le régime n’appréciait pas, malgré les différends qu’il avait avec le dirigeant socialiste ; puis, Jacques Chirac fut le choix du cœur pour le régime, car Bouteflika et lui s’appréciaient. Nicolas Sarkozy enfin, ministre de l’Intérieur, était bien vu à Alger. Évidemment François Hollande, plein de repentance, fut l’élu d’autant plus apprécié que c’est à Alger qu’il déclara devenir un « président normal ». Enfin, l’élu véritablement adoubé par Alger fut bien sûr Emmanuel Macron, dont la fameuse phrase sur la colonisation, crime contre l’humanité, fut appréciée.
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Les hommes politiques français n’hésitaient pas à faire le « voyage à Alger » pour parler à travers les Algériens d’Algérie aux électeurs binationaux de France : Alain Juppé, Ségolène Royal, François Hollande, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Claude Gaudin et bien sûr Emmanuel Macron venaient faire des conférences qui tenaient lieu de meetings. Ils venaient chercher des voix, parfois des appuis, certains venaient peut-être chercher des fonds.
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Il fut un temps où l’Algérie se targuait d’intervenir dans le débat politique français :
Alger soutenait alors Mitterrand face à un Giscard d’Estaing que le régime n’appréciait pas, malgré les différends qu’il avait avec le dirigeant socialiste ; puis, Jacques Chirac fut le choix du cœur pour le régime, car Bouteflika et lui s’appréciaient. Nicolas Sarkozy enfin, ministre de l’Intérieur, était bien vu à Alger. Évidemment François Hollande, plein de repentance, fut l’élu d’autant plus apprécié que c’est à Alger qu’il déclara devenir un « président normal ». Enfin, l’élu véritablement adoubé par Alger fut bien sûr Emmanuel Macron, dont la fameuse phrase sur la colonisation, crime contre l’humanité, fut appréciée.

Les hommes politiques français n’hésitaient pas à faire le « voyage à Alger » pour parler à travers les Algériens d’Algérie aux électeurs binationaux de France : Alain Juppé, Ségolène Royal, François Hollande, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Claude Gaudin et bien sûr Emmanuel Macron venaient faire des conférences qui tenaient lieu de meetings. Ils venaient chercher des voix, parfois des appuis, certains venaient peut-être chercher des fonds.

Aujourd’hui, malgré les turbulences franco-algériennes, quel candidat le régime d’Alger va-t-il soutenir, soit directement, soit plus discrètement ? Au-delà de ce point, comment Alger compte peser dans le débat électoral français ? Le régime peut avoir plusieurs fers au feu dans le débat politique français, l’essentiel étant de peser dans ce dernier.

Premier choix, le plus évident ou le plus naturel, Jean-Luc Mélenchon, à cause de son engagement pour la cause palestinienne, cause chérie par les militaires d’Alger et surtout en raison du soutien plus ou moins fort, plus ou moins spontané de la communauté algérienne, musulmane ou islamiste. Mais globalement, l’Algérie, m’avait-on dit à Alger, « n’aime pas la gauche » : trop militante, trop criarde, trop imprévisible, trop marquée aussi par le souvenir de François Mitterrand. François Mitterrand, ce ministre de l’Intérieur, puis garde des Sceaux dans les gouvernements Mendès-France et Guy Mollet et qui avait envoyé 132 Algériens à la guillotine. François Mitterrand enfin, devenu président de la République, qui condamnait l’arrêt du processus électoral en 1991 et hésitait à fournir des armes aux militaires d’Alger dans leur lutte contre les islamistes. Mais cette gauche nouvelle, elle plaît davantage aux hiérarques d’Alger. Sauf que, né au Maroc, la position de Mélenchon sur le Sahara occidental n’est pas claire et qu’un soutien affiché aux thèses algériennes est loin d’être acquis. Mais à l’évidence, un soutien à Jean-Luc Mélenchon paraît possible. On peut être certain que face à la « demande » de LFI, il y aura bien une « offre » algérienne. La visite du recteur de la mosquée de Paris au maire LFI de Roubaix, soi-disant pour parler de religion, est un témoignage de cette « offre » algérienne.

Villepin, c’est du « Mélenchon propre » en quelque sorte
On dit également que les récentes vibrations à gauche de Dominique de Villepin, ses déclarations en faveur de l’accord franco-algérien de 1968 et son soutien à la cause palestinienne pourraient jouer en faveur du candidat « islamo-gaulliste ». Villepin, c’est du « Mélenchon propre » en quelque sorte.

Mobiliser sa communauté
Ailleurs, c’est la grande inconnue pour le régime d’Alger. À droite ou dans ce qu’on appelle le « bloc central », il y a bien plusieurs hypothèses. Édouard Philippe a été Premier ministre, il avait reçu Tebboune à Matignon en août 2017. Un candidat « macrono-juppeiste ». Pourquoi pas ? Mais on a bien noté à Alger que l’ancien Premier ministre s’est prononcé à deux reprises en faveur de l’abrogation de l’accord franco-algérien de 1968. Même chose pour Gabriel Attal qui pourtant, dans la lignée d’Emmanuel Macron, s’est émancipé et a également appelé à dénoncer l’accord de 1968. Quant à Bruno Retailleau, c’est le diable pour Alger, la pire des hypothèses. Il reste Gérald Darmanin, reçu à plusieurs reprises à Alger et par le président. On le connaît, on sait son équation familiale avec l’Algérie, il va peut-être régler des dossiers sensibles, biens mal acquis et extradition d’opposants ou d’oligarques du régime Bouteflika. Et puis, il est le seul à s’être prononcé contre l’abrogation de l’accord franco-algérien de 1968. Pourquoi pas celui qui peut être vu comme le moins pire des candidats ?

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Mais au-delà de ces péripéties, le modèle d’Alger, c’est la Turquie de Erdogan, qui sait mobiliser sa communauté turque. L’essentiel est que l’Algérie garde un moyen de pression sur la France, directement ou indirectement. Directement, par ses vingt consulats qui mobiliseront tout à fait officiellement les communautés algériennes, par le recteur de la Mosquée de Paris qui ne manquera pas d’intervenir de manière plus insidieuse dans le débat politique français et de recommander le « bon choix » aux musulmans français ; indirectement par l’instrumentalisation de la communauté algérienne en France. Il y a également les « mouches électroniques » comme on les appelle à Alger : ce dernier a développé depuis plusieurs années, sur le modèle russe, une industrie de trolls gérés par les militaires algériens.

Il y a encore du temps avant de se décider, mais Alger va encore examiner les différentes offres et saura se décider en temps opportun.