Par Taieb Dekkar*
Pourquoi l’Algérie s’empresse-t-elle de lancer le gazoduc Nigéria-Algérie via le Niger ? Quels sont réellement ses intérêts ?
Le Royaume du Maroc, lui, avance sur le gazoduc Nigéria-Maroc qui traversera 13 pays africains. Et ce n’est pas un hasard. Le Maroc n’est pas producteur de gaz. Il cherche donc à sécuriser son approvisionnement depuis le Nigéria. Mais sa stratégie va au-delà : elle vise à desservir en cours de route 13 pays africains, dont la majorité n’a pas de ressources gazières, avant de connecter l’Europe.
Le Maroc choisit donc d’aller chercher son gaz à plus de 5 200 km, en écartant l’alternative de proximité que lui offrait le gazoduc Maghreb-Europe traversant son territoire.
Pourquoi ?
Parce que l’Algérie ne respecte pas ses engagements économiques internationaux, même avec un pays européen comme l’Espagne. Elle l’a prouvé en octobre 2021 en coupant unilatéralement les livraisons de gaz à Madrid via ce même gazoduc, pour des raisons purement politiques.
Le Maroc a préféré miser sur un partenaire fiable plutôt que sur un voisin qui menaçait de « plonger notre pays dans l’obscurité ».
Le projet Maroc-Nigéria est structurant à plus d’un titre. Sur 6 000 km le long de l’Atlantique, il alimentera 13 pays africains, dont le Maroc, puis l’Europe. Capacité prévue : 30 milliards de m³ par an, dont 15 pour l’Europe.
C’est un projet de développement : il fournira du gaz à des pays non producteurs, accélérera leur électrification et stimulera leur industrie. Il cible 400 millions d’Africains et donnera une forte impulsion au nord-ouest du continent. Il s’inscrit aussi pleinement dans la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed 6 pour une coopération Sud-Sud concrète, puisque les premiers bénéficiaires seront une dizaine de pays africains.
À l’inverse, le projet algérien est un projet exclusivement commercial, tourné uniquement vers l’Europe. Et il cumule les handicaps.
Premier obstacle : son tracé traverse un immense désert sahélien aujourd’hui sous contrôle de groupes terroristes qui frappent le Nigéria, le Niger et le Mali. Un risque sécuritaire majeur pour une infrastructure de cette envergure.
Deuxième obstacle : l’instabilité politique en Algérie. L’expérience a montré qu’Alger n’hésite pas à politiser l’énergie. Après avoir suspendu le gaz à l’Espagne via le gazoduc transmaghrébin, rien ne garantit qu’elle ne fera pas de même demain avec le gaz nigérian, si Lagos prend une position diplomatique qui lui déplaît.
Pire : l’Algérie pourrait imposer un « visa » algérien sur les exportations nigérianes transitant par son sol, comme elle l’a fait avec le Maroc et l’Espagne. Ou utiliser le gazoduc comme levier de chantage politique sur des dossiers internationaux.
Au final, l’Europe et le Nigéria ont le choix entre deux logiques. Un projet fiable, intégré et tourné vers le développement de l’Afrique. Ou un projet commercial fragile, exposé à l’insécurité du Sahel et à l’imprévisibilité d’un fournisseur qui a déjà coupé le robinet pour des raisons politiques.
*journaliste et écrivain



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