La ville autonome espagnole de Ceuta traverse l’une des plus importantes vagues de migration irrégulière de ces dernières années. Depuis plusieurs jours, des centaines de migrants continuent de tenter de rejoindre l’enclave à la nage depuis les côtes marocaines, plongeant les autorités espagnoles dans une crise humanitaire, sécuritaire et logistique de plus en plus préoccupante.

Selon plusieurs médias espagnols, près de 1 500 migrants sont parvenus à entrer à Ceuta ou ont tenté d’y accéder ces derniers jours, un chiffre qui dépasse le nombre total d’arrivées enregistrées entre janvier et juillet 2025. Cette hausse spectaculaire ravive le souvenir de la crise migratoire de mai 2021.

Les capacités d’accueil dépassées

Le Centre de séjour temporaire pour immigrés (CETI) fonctionne désormais largement au-delà de sa capacité officielle de 512 places. Plus de 400 personnes attendent toujours de pouvoir y être admises, tandis que des dizaines de migrants passent la nuit à proximité du centre, faute de places disponibles.

Malgré le transfert de plusieurs dizaines de migrants vers d’autres régions d’Espagne afin de désengorger les structures d’accueil, les arrivées quotidiennes continuent d’alimenter la saturation des installations.

Les traversées se poursuivent

Pour le troisième jour consécutif, de nouveaux groupes de migrants ont atteint les côtes de Ceuta à la nage. Les équipes de sauvetage maritime, la Guardia Civil espagnole et la Marine royale marocaine poursuivent leurs opérations de secours et d’interception tout au long du littoral.

À leur arrivée, les migrants sont conduits au poste-frontière de Tarajal afin d’être identifiés et enregistrés. Toutefois, plusieurs d’entre eux ont quitté les lieux avant la fin des formalités administratives, obligeant les forces de sécurité à lancer d’importantes opérations de recherche dans différents quartiers de la ville.

Des migrants ont notamment été repérés dans les secteurs de Tarajal, Almadraba, Recinto et Juan XXIII, tandis que certains se sont rendus directement dans les commissariats de police ou au CETI.

Le Maroc renforce son dispositif

Du côté marocain, les autorités ont considérablement renforcé les mesures de sécurité à Fnideq et sur les zones côtières voisines. Les patrouilles ont été multipliées, plusieurs accès à la mer ont été fermés et de nombreuses tentatives de départ ont été empêchées.

Malgré ces dispositifs, des groupes de candidats à la migration, parmi lesquels des mineurs et des familles, continuent de se rassembler près du littoral dans l’espoir de franchir la frontière maritime.

Les conditions météorologiques, notamment un épais brouillard, ont également compliqué les opérations de surveillance sans pour autant mettre fin aux tentatives de traversée.

« Une urgence humanitaire et sociale absolue »

Face à cette situation, le président du gouvernement de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a qualifié la crise d’« urgence humanitaire et sociale absolue », estimant que la ville ne dispose plus des moyens nécessaires pour faire face à l’afflux de migrants.

Il a appelé le gouvernement espagnol à intervenir rapidement en renforçant les moyens humains, sécuritaires et logistiques, tout en accélérant les transferts de migrants vers d’autres régions du pays.

Les autorités espagnoles ont également annoncé la découverte du corps d’un jeune migrant au large de Ceuta, rappelant les risques mortels auxquels s’exposent les personnes tentant de rejoindre l’enclave par la mer.

Une décision de justice au cœur du débat

Parallèlement à la crise sur le terrain, un débat juridique s’est installé en Espagne autour d’une récente décision de la Cour suprême espagnole.

Cette décision, rendue à la suite du recours d’un migrant algérien intercepté en mer en 2024, établit que les refoulements immédiats ne peuvent être appliqués aux migrants interceptés en mer avant leur arrivée sur le territoire, cette procédure étant réservée aux personnes qui franchissent les barrières physiques de la frontière terrestre.

Bien qu’aucune preuve ne permette d’établir un lien direct entre cette décision judiciaire et l’augmentation des traversées, plusieurs responsables politiques estiment qu’elle pourrait avoir encouragé davantage de candidats à tenter la traversée à la nage.

Juan Jesús Vivas a ainsi demandé au gouvernement espagnol de modifier la loi sur les étrangers afin de rétablir la possibilité de renvoyer immédiatement les migrants arrivant par voie maritime.

Selon plusieurs observateurs, la situation actuelle résulte d’une combinaison de facteurs : les nouvelles interprétations juridiques, les conditions météorologiques qui ont réduit la visibilité en mer, ainsi que la diffusion sur les réseaux sociaux de nombreuses vidéos expliquant les itinéraires permettant de rejoindre Ceuta. Toutefois, plusieurs sources espagnoles estiment que cette crise ne présente pas les mêmes caractéristiques que celle de 2021, qui était étroitement liée aux tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid.