Par Hichem ABOUD, le 07/09/2026
Selon le journal Diari de Tarragona, l’ordonnance du 4 septembre ne se contente pas d’accorder la liberté provisoire : le juge estime qu’Aïssiou n’aurait jamais dû être placé en détention. L’ordonnance annule ainsi les décisions des 28 juillet et 21 août, qui avaient respectivement ordonné puis maintenu son incarcération.
Il reste néanmoins soumis à plusieurs mesures de contrôle : retrait du passeport, interdiction de quitter l’Espagne et obligation de se présenter devant la justice toutes les deux semaines. Surtout, le Diari confirme que la procédure d’extradition n’est pas close : l’Audiencia Nacional doit encore statuer sur la demande algérienne.
Cette décision revêt donc une portée juridique plus importante qu’une simple remise en liberté sous contrôle judiciaire, puisque le magistrat remet en cause le bien-fondé même de l’incarcération provisoire.
La veille de cette remise en liberté, The Objective avait publié, le 3 septembre, une longue enquête décrivant l’affaire Aïssiou comme devenue un « pulso diplomático y migratorio » entre Alger et Madrid. L’article évoque notamment des accusations de la défense visant des fonctionnaires algériens présents en Espagne, une possible surveillance de membres de la famille, ainsi qu’une éventuelle instrumentalisation de la question migratoire à des fins de pression. Il convient toutefois de distinguer ces affirmations de faits judiciairement établis, plusieurs d’entre elles émanant de l’avocat César Aguirre et de la défense.
Algérie : une situation bien plus surprenante
Aucun grand média algérien n’a évoqué la décision du 4 septembre, ni surtout la conclusion du juge selon laquelle Aïssiou n’aurait pas dû être incarcéré. Il est vrai qu’il est difficile, pour une presse sous influence, de reconnaître un camouflet infligé à un pouvoir déjà largement dénoncé, tant en Algérie qu’à l’étranger.
En revanche, El Djazaïr El Djadida, un journal électronique qui se présente comme la « voix de son maître », a publié hier, le 6 septembre, un nouvel article intitulé « Le complot émirati s’étend au dossier Ayoub Aïssiou » (« التآمر الإماراتي يمتد إلى ملف أيوب عيسيو »). L’article poursuit ainsi la campagne politique centrée sur les soutiens internationaux présumés d’Aïssiou, plutôt que de traiter la nouvelle décision judiciaire espagnole. Par cette approche pour le moins maladroite, ce média peu connu ne fait qu’enliser ses protecteurs dans la politisation d’une affaire qu’ils cherchent pourtant à présenter comme relevant du droit commun.
La presse algérienne avait auparavant largement relayé les accusations portées contre Aïssiou. L’APS lui avait notamment consacré un article évoquant de prétendus liens avec des milieux israéliens et le « Makhzen » marocain. De son côté, Ultra Algérie, autre média confidentiel, s’interrogeait encore le 30 août sur une possible crise franco-algérienne liée à cette affaire. Signe que ce média peine encore à cerner le dossier et à identifier clairement les parties concernées.
Une presse espagnole objective face à une presse algérienne aux ordres
On observe donc actuellement une asymétrie médiatique assez marquée : tandis que la presse espagnole commence à publier le contenu précis de l’ordonnance du 4 septembre, la presse algérienne reste essentiellement focalisée sur les soutiens français, israéliens, marocains, ou désormais émiratis, supposément apportés à Aïssiou.
La phrase du Diari de Tarragona, selon laquelle le juge estime qu’Aïssiou n’aurait pas dû être emprisonné, mérite d’être suivie de près. Elle ne constitue pas seulement un mea-culpa de la justice espagnole : elle laisse également entrevoir que cette liberté provisoire pourrait bien déboucher, très prochainement, sur un classement pur et simple du dossier. Ayoub Aïssiou, qui a toujours privilégié la discrétion, pourrait alors retrouver son anonymat et quitter les feux de l’actualité sous lesquels il se trouve exposé, malgré lui, depuis le 25 juillet dernier.



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