La rédaction 06/10/2026

Le mouvement contre le manque d’enseignants, les classes surchargées et la dégradation des établissements entre dans sa troisième semaine. Un adolescent de 15 ans a perdu une main lundi à Lens, dans des circonstances faisant désormais l’objet d’une enquête. Avec plus de 5 000 interpellations, la contestation scolaire est devenue une crise politique et sécuritaire majeure.

La France aborde la journée nationale de mobilisation lycéenne du mardi 6 octobre dans un climat particulièrement tendu. Entre 400 et 500 lycées sur les quelque 3 700 que compte le pays étaient déjà fermés ou partiellement bloqués lundi, selon les chiffres communiqués par les autorités.

Le mouvement, apparu en septembre dans des établissements de la région parisienne, s’est progressivement étendu au reste du pays. Les élèves dénoncent les absences d’enseignants non remplacées, la surcharge des classes, l’état de certains bâtiments et les inégalités entre les établissements.

Des affrontements se sont néanmoins multipliés à Paris, Lille, Toulouse et dans plusieurs autres villes. Une vingtaine de lycées ont été incendiés ou saccagés et 78 membres du personnel éducatif ont été blessés, selon le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray.

Un adolescent grièvement mutilé à Lens

L’incident le plus grave s’est produit lundi devant le lycée Auguste-Béhal de Lens. Un élève de 15 ans a perdu une main et une partie de l’avant-bras pendant des affrontements avec les forces de l’ordre.

Selon La Voix du Nord, le jeune homme aurait ramassé une grenade de dispersion policière avant son explosion. Le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a confirmé la blessure, mais s’est refusé à préciser les circonstances exactes. Une enquête a été ouverte.

Environ 200 à 250 manifestants étaient rassemblés devant l’établissement. Le préfet a déclaré que des projectiles avaient été lancés en direction des policiers avant leur intervention.

L’affaire ravive le débat sur les armes utilisées lors des opérations de maintien de l’ordre. Un autre lycéen de 16 ans a perdu la vision d’un œil à Tours, vraisemblablement après un tir de lanceur de balle de défense. D’autres enquêtes portent sur des blessures attribuées à des grenades ou à des projectiles policiers.

Les organisations de défense des droits dénoncent un usage disproportionné de la force contre des mineurs. Les autorités répondent que les manifestations ont parfois été infiltrées par des groupes violents et que des policiers ont également été blessés.

Plus de 5 000 interpellations

Le ministère de la Justice fait état de 5 060 interpellations depuis le début du mouvement, dont 87 % concernent des mineurs. Plus de 1 800 personnes sont poursuivies, parmi lesquelles 1 483 mineurs, tandis que 790 procédures ont été classées.

Le ministre de l’Éducation a recensé au moins 190 élèves blessés. Le gouvernement affirme vouloir rétablir rapidement les cours tout en ouvrant une plateforme destinée à recueillir les doléances des lycéens. Des plans d’action particuliers doivent également être élaborés pour les établissements les plus en difficulté.

L’exécutif prépare parallèlement une réponse plus répressive. Un texte annoncé pour le 27 octobre doit permettre de faire supporter aux auteurs de dégradations, ou éventuellement à leurs parents, une partie du coût des dommages.

Un conflit éducatif devenu politique

Le gouvernement et le Rassemblement national accusent certains élus de La France insoumise d’attiser les mobilisations. LFI rejette ces accusations et reproche à l’exécutif de transformer une contestation scolaire en problème d’ordre public.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé la présence de militants syndicaux aux manifestations afin de protéger les lycéens. Les syndicats considèrent que les violences ne doivent pas occulter les causes initiales du mouvement : manque de moyens, bâtiments dégradés et sentiment d’abandon dans certains quartiers.

La crise place ainsi l’exécutif devant une double exigence. Il doit empêcher les violences et protéger les établissements sans ignorer les revendications d’une jeunesse qui estime ne plus être entendue. Après la mutilation du lycéen de Lens et des milliers d’interpellations, la réponse policière sera désormais examinée avec autant d’attention que la politique éducative elle-même.