Grâce à leurs ressources solaires et éoliennes, l’Espagne et le Portugal attirent une vague d’investissements dans les centres de données. Mais la croissance du secteur numérique révèle déjà les limites des réseaux électriques et accélère le recours aux batteries, aux centrales hybrides et aux nouvelles infrastructures de transport d’électricité.
La péninsule Ibérique, nouveau pôle européen des centres de données
La péninsule Ibérique s’impose progressivement comme l’un des grands pôles européens de stockage et de traitement des données.
D’après les projections de Rystad Energy, publiées le 6 octobre, l’Espagne et le Portugal pourraient concentrer 11,5 % de la capacité européenne des centres de données en 2030, contre 5,8 % en 2025.
L’Espagne devrait ainsi quadrupler sa capacité pour atteindre 3,9 gigawatts à la fin de la décennie. Elle enregistrerait ainsi la deuxième plus forte progression européenne en volume, derrière le Royaume-Uni.
Le Portugal pourrait, de son côté, dépasser un gigawatt de capacité, ce qui lui donnerait le rythme de croissance le plus rapide du continent.
Les énergies renouvelables attirent les investisseurs
Les deux pays bénéficient de plusieurs atouts : une électricité renouvelable abondante, des terrains disponibles et une position géographique favorable aux câbles internationaux.
En 2025, les énergies renouvelables ont représenté 56 % de la production électrique espagnole et plus de 80 % de celle du Portugal.
En Espagne, les projets se concentrent notamment autour de Madrid, mais aussi en Aragon et en Navarre.
Microsoft prévoit notamment d’investir 5,3 milliards d’euros dans trois centres de données en Aragon. Cette région du nord-est du pays pourrait recevoir, tous opérateurs confondus, plus de 60 milliards d’euros d’investissements numériques au cours de la prochaine décennie.
Au Portugal, Lisbonne et Porto dominent encore le marché. Mais le projet le plus spectaculaire reste le campus de Sines, dont la capacité prévue atteint 1,2 gigawatt.
Installé sur le site d’une ancienne centrale à charbon, le complexe doit être achevé en 2030 et utiliser de l’eau de mer pour son refroidissement.
Son premier module, opérationnel depuis 2025, dispose déjà de 37 mégawatts de capacité informatique.
Un besoin permanent face à une production variable
Le principal défi réside dans le caractère continu des besoins des centres de données. Ces infrastructures doivent fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, alors que la production solaire et éolienne varie en fonction des heures et des conditions météorologiques.
Ce décalage pousse les énergéticiens à combiner plusieurs technologies afin de garantir une alimentation plus stable.
Endesa prévoit ainsi 1,9 gigawatt de nouvelles capacités renouvelables d’ici 2028, avec une forte composante éolienne et des batteries.
Iberdrola et EDP misent également sur le stockage, l’hydroélectricité et les installations hybrides afin de fournir une énergie plus régulière.
De son côté, le groupe immobilier Merlin Properties a conclu avec Solaria un contrat de long terme portant sur 426 mégawatts d’énergie solaire, complétés par 600 mégawattheures de capacités de stockage.
Ce type d’accord combinant production renouvelable et batteries pourrait devenir une référence pour les opérateurs souhaitant sécuriser leur approvisionnement énergétique tout en limitant leur empreinte carbone.
Le réseau électrique devient le principal goulot d’étranglement
L’électricité disponible sur le papier ne peut alimenter un centre de données que si le réseau est capable de l’acheminer.
Or, environ 70 % des nœuds du réseau espagnol de transport ne disposeraient plus de capacité libre. Les zones de Madrid, d’Aragon et de Navarre figurent parmi les plus sollicitées.
Face à cette situation, le gouvernement espagnol a autorisé 17 milliards d’euros d’investissements dans le réseau électrique d’ici 2030, soit environ 30 % de plus que prévu initialement.
La construction de nouvelles lignes et de postes électriques prendra néanmoins plusieurs années, notamment en raison des délais nécessaires pour obtenir les autorisations et des difficultés d’approvisionnement en grands transformateurs.
La question de l’eau et du refroidissement
À ces contraintes s’ajoutent les températures élevées et la rareté de l’eau, deux facteurs susceptibles d’augmenter le coût du refroidissement des centres de données.
L’expansion annoncée devra donc faire l’objet d’un arbitrage entre le développement du secteur numérique, les besoins énergétiques des autres industries et la préservation des ressources locales.
Un avantage énergétique à transformer en avantage numérique
L’Espagne et le Portugal disposent d’un avantage énergétique réel, notamment grâce à leur important potentiel solaire et éolien.
Mais leur transformation en véritable carrefour numérique européen dépendra moins du nombre d’annonces d’investissement que de leur capacité à construire, dans les délais, les réseaux électriques, les capacités de stockage et les infrastructures nécessaires à cette nouvelle industrie.
Le défi sera donc de transformer l’abondance d’énergie renouvelable en une alimentation électrique suffisamment fiable et continue pour répondre aux besoins croissants des centres de données.



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