Dans un paysage médiatique algérien déformé, dominé par les chaînes du pouvoir et les porte-voix de la propagande, ainsi que par une opposition factice tout aussi complice, émerge un discours journalistique rare qui met le doigt directement sur la plaie: le mensonge comme colonne vertébrale du système de pouvoir en Algérie. Il ne s’agit pas d’un mensonge accidentel, mais d’une politique délibérée, d’un mode de gouvernance et d’un instrument de chantage, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Depuis des années, le régime algérien vit de la tromperie de l’opinion publique, s’appuyant sur un réseau de relais médiatiques et de figures fonctionnelles qui ne gouvernent pas et ne décident pas, mais qui sont utilisées puis jetées. Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf n’est pas un décideur, mais un simple outil au sein d’un système de type mafieux, tout comme certaines figures médiatiques et politiques présentées comme indépendantes ou neutres, alors qu’elles servent en réalité les centres de pouvoir.
L’un des traits majeurs de ce régime est l’effacement total de la frontière entre le mensonge politique et la manipulation médiatique. Le mensonge n’est plus une faute, mais une compétence exigée. Le problème pour ce système, c’est que le mensonge a toujours les jambes courtes, et que les contre-vérités finissent par être exposées dès qu’elles sont confrontées aux faits, que ce soit devant la presse internationale ou face à l’opinion publique.
Au cœur de ce tableau, l’affaire du général Mounir Zaïdi s’impose comme un exemple frappant. Sa nomination à la tête de la sécurité intérieure s’est faite dans un silence total, malgré la gravité des informations entourant son parcours et ses relations. Aucune image, aucun débat, aucune interrogation. Un blackout complet, tandis que les services de renseignement sont utilisés pour régler des comptes avec les journalistes et les opposants, au lieu d’assurer la sécurité nationale.
Sur le plan économique, le constat est encore plus sombre. Une politique de faillite menée par une clique a frappé ce qui restait des exportations algériennes et détruit les rares entreprises capables de générer des devises. Le groupe Cevital, pilier de l’industrie privée algérienne, a été volontairement asphyxié. Aujourd’hui, l’entreprise Brandt, détenue par des capitaux algériens, est poussée vers la faillite en France comme en Algérie, dans ce qui constitue un crime économique caractérisé.
Le paradoxe choquant est que les médias français et algériens traitent Brandt comme s’il s’agissait d’une entreprise exclusivement française, en occultant délibérément le fait qu’elle appartient à un investisseur algérien. Sa faillite ne signifie pas seulement la disparition d’une société, mais la perte de milliers d’emplois et un coup sévère porté à la crédibilité de l’investissement algérien à l’étranger.
Plus grave encore, le régime ne se contente plus du mensonge, il pratique désormais le chantage ouvert. La menace adressée à la France de réclamer des indemnisations pour la période coloniale n’est pas motivée par la mémoire ou la justice historique, mais utilisée comme une carte de pression conditionnée à la complaisance sur le dossier du MAK et à la remise de journalistes et d’opposants. Un comportement qui relève du chantage politique pur et simple.
Pendant que le pouvoir algérien permet à des responsables étrangers, des ambassadeurs et des acteurs internationaux de circuler librement dans le pays, de rencontrer des walis, des hommes d’affaires et d’intervenir de fait dans les affaires internes sans la moindre réaction officielle, des pays pourtant plus fragiles économiquement, comme la Tunisie, imposent des lignes rouges claires à toute ingérence étrangère, au nom d’une souveraineté minimale.
L’Algérie est aujourd’hui dirigée comme un régime fragile, craintif de l’intérieur comme de l’extérieur, cherchant la protection des grandes puissances plutôt que celle de son propre peuple. Un régime qui redoute la vérité, combat la presse libre et investit dans le mensonge et le chantage au lieu de la réforme et de la souveraineté.
Au milieu de ce chaos, la voix du journalisme libre demeure dérangeante parce qu’elle révèle ce que le pouvoir cherche à cacher. La question reste entière: combien de temps un système fondé sur le mensonge peut-il résister à l’accumulation des faits?
Il ne s’agit pas d’une opinion isolée, mais d’un diagnostic d’une réalité politique, économique et sécuritaire dont le peuple algérien paie seul le prix, pendant que la clique au pouvoir poursuit sa fuite en avant, jusqu’à nouvel ordre.



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