Par Hichem ABOUD
27/01/2026
L’audience accordée par Abdelmadjid Tebboune à Ségolène Royal, cet après-midi, relève moins de la diplomatie que de la mise en scène. Dépourvue depuis longtemps de toute responsabilité officielle au sein de l’État français, l’ancienne ministre socialiste n’occupe plus aujourd’hui qu’une fonction honorifique à la tête de l’association France–Algérie, une structure marginale, quasiment invisible, et restée muette depuis que les relations algéro-françaises se sont durablement enlisées dans une crise politique profonde.
Et pourtant, cette visite a été traitée comme un événement majeur. Une réception solennelle au palais présidentiel, un entretien en tête-à-tête, suivi d’une réunion élargie réunissant le directeur de cabinet de la présidence, la ministre de la Culture et le conseiller diplomatique du chef de l’État — tout cela pour accueillir une responsable associative venue seule, sans mandat, sans pouvoir de décision, sans relais réel dans les sphères dirigeantes françaises.
Ce décalage grotesque révèle une réalité gênante : le pouvoir algérien semble en quête désespérée d’un canal de communication avec la France, après avoir été marginalisé, ignoré, voire délibérément tenu à distance depuis près de deux ans. Incapable d’établir un dialogue institutionnel au plus haut niveau, il se rabat sur des figures du passé politique français, comme s’il suffisait d’une photo et d’un communiqué pour donner l’illusion d’un dialogue retrouvé.
La Présidence de la République a tenté de donner un vernis diplomatique à cette séquence en évoquant de vagues « discussions économiques et politiques » destinées à « définir les contours » d’une coopération bilatérale dans les domaines de l’investissement, de l’énergie, du développement durable, de l’éducation et de la culture. Une liste fourre-tout, récitée mécaniquement, sans le moindre contenu concret, sans engagement précis, sans calendrier, sans interlocuteur légitime côté français.
La question s’impose alors avec brutalité : de qui se moque-t-on ? Comment peut-on sérieusement prétendre tracer les contours d’une coopération stratégique avec une personnalité qui ne représente ni le gouvernement français, ni ses institutions, ni ses centres de décision ? À moins de considérer que la diplomatie se résume désormais à des sourires, des formules creuses et des communiqués creux.
Le problème n’est pas la personne reçue. Il est dans la mise en scène outrancière, dans la survalorisation médiatique, dans cette volonté maladive de faire passer un épisode mineur pour un acte de souveraineté. Car un État réellement souverain ne cherche pas à impressionner par le décor ; il impose le respect par la cohérence de sa politique extérieure, par la clarté de ses choix et par la solidité de ses interlocuteurs.
En exposant ainsi sa fébrilité diplomatique, le pouvoir algérien ne renforce ni son image ni sa position. Il dévoile, au contraire, une faiblesse structurelle : l’absence d’une stratégie claire, l’isolement international croissant et l’incapacité à assumer une relation mature, équilibrée et institutionnelle avec l’ancienne puissance coloniale.
La souveraineté ne se proclame pas à coups de communiqués. Elle se pratique. Et ce jour-là, au palais présidentiel, c’est surtout le vide politique qui a été mis en scène.



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