Pedro Canales, pour LeMed24
« Ne te confronte jamais seul à un ennemi plus fort que toi ». Ce principe élémentaire de survie et de stratégie peut s’appliquer de manière négative au président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez. Son affrontement dialectique, jusqu’à présent uniquement verbal, avec le président des États-Unis Donald Trump est tout sauf exemplaire. Sánchez sait qu’il ne peut pas gagner un bras de fer avec Trump, et pourtant il persiste.
Avant de décider d’interdire à l’aviation militaire américaine d’utiliser les bases conjointes hispano-américaines de Rota et Morón comme pont pour la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ; avant d’interdire l’utilisation de l’espace aérien espagnol pour le survol de l’aviation américaine en route vers le Golfe arabo-persique ; avant de s’autoproclamer leader d’un hypothétique front anti-Trump, Pedro Sánchez n’a consulté personne, ni la gauche européenne, ni la gauche espagnole avec laquelle il gouverne, ni même son propre parti.
Il l’a fait seul. Il a chargé comme un taureau ibérique face à une cape et une muleta agitées devant lui. Pedro Sánchez a écrit un Manuel de survie, mais il n’a écrit aucun traité de stratégie ni de relations internationales. Ce n’est pas un idéologue, il ne lutte pas pour des idées ; il est pragmatique.
Alors, qu’est-ce qui l’a poussé à lancer cette offensive pour laquelle il manque de forces propres et de soutiens extérieurs indispensables pour réussir ? Sans aucun doute, sa propre survie.
Lors des trois dernières élections régionales en Espagne, dans les communautés d’Estrémadure, d’Aragon et de Castille-et-León, la droite est sortie victorieuse. Le PSOE, dirigé par Pedro Sánchez, s’est au mieux maintenu, perdant du soutien mais récupérant les voix de groupes situés à sa gauche, qui ont presque disparu.
Lors des prochaines élections régionales prévues en Andalousie, ancien bastion du socialisme espagnol, les prévisions sont encore plus catastrophiques pour le parti du gouvernement central. La droite obtiendra une majorité absolue sans appel, peut-être avec le seul Parti populaire, mais certainement avec son alliance avec le parti extrémiste VOX.
Pedro Sánchez est sorti battu des élections. Mais c’est un combattant, un résistant, déterminé à faire face à la tempête. Depuis plusieurs années déjà, avant même de former son « gouvernement Frankenstein » comme l’avait qualifié Alfredo Pérez Rubalcaba, en raison de l’alliance contre nature entre le PSOE, l’extrême gauche et les indépendantistes basques et catalans ; avant de s’allier avec Podemos de Pablo Iglesias et leurs héritiers de Sumar dirigés par Yolanda Díaz, le président avait préparé sa contre-attaque.
Cependant, les scandales de corruption impliquant ses deux derniers secrétaires à l’organisation et les deux gestionnaires du parti qu’il a lui-même nommés, José Luis Ábalos, Santos Cerdán, Moreno Pavón et Fuentes Pacheco, jugés pour corruption, l’ont contraint à changer de plan.
De plus, la corruption et le trafic d’influence ont également atteint sa famille, son frère David Sánchez et son épouse Begoña Gómez, également traduits en justice.
Dans ces circonstances, son manuel de survie personnel l’a poussé à chercher « un ennemi extérieur », une tactique très fréquente dans les pays où les dirigeants autocratiques tentent de masquer leur corruption, leur incapacité à gouverner et les problèmes de la population.
D’où les attaques contre Donald Trump et l’organisation à Barcelone d’un « conclave mondial de la gauche pour la paix ». Pedro Sánchez recourt à la gauche mondiale comme à une bouée de sauvetage.
Parmi les protagonistes de la conférence de Barcelone figuraient, côté latino-américain, Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil, Claudia Sheinbaum, présidente du Mexique, Gustavo Petro, président de la Colombie et Yamandú Orsi, président de l’Uruguay ; côté africain, le bloc régional était dirigé par le président sud-africain Cyril Ramaphosa, accompagné d’autres représentants de second niveau.
Or, Lula da Silva et Cyril Ramaphosa sont alliés de Xi Jinping, Narendra Modi et Vladimir Poutine au sein des BRICS. Pedro Sánchez, comme les socialistes européens, soutient fermement la guerre contre Poutine en Ukraine. Lula, Ramaphosa, Modi ou Jinping peuvent critiquer le manque de diplomatie du Kremlin, mais ils n’envoient pas d’armes à Volodymyr Zelensky, contrairement à Sánchez.
Les dirigeants des BRICS sont considérés comme les principaux concurrents de l’OTAN sur le plan politico-militaire. Pourtant, Pedro Sánchez invite les BRICS à « défendre la démocratie », tout en affirmant que l’Espagne reste un allié fidèle de l’OTAN.
Les discours sur la paix, le droit international, la démocratie et la liberté ne sont que des slogans destinés à la consommation interne.
Le conclave de Barcelone est vu depuis La Moncloa comme le dernier recours pour « sauver le soldat Sánchez ».



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