L’opinion publique algérienne a été surprise ces derniers jours par la diffusion, sur la chaîne de télévision publique algérienne et dans la presse officielle, d’un communiqué de la Gendarmerie nationale annonçant l’arrestation d’une personne qui avait pourtant été auparavant présentée par ces mêmes médias comme un « acteur politique » et un « président de parti ». Il est apparu par la suite que l’intéressé est soupçonné d’affaires graves liées à l’escroquerie et à l’usurpation de la qualité d’institution publique.

Le communiqué de la Gendarmerie nationale, fondé sur l’article 26 du Code de procédure pénale et émis sur instruction du procureur de la République près le tribunal de Chéraga, fait état de l’arrestation de Mohamed Fouad Ben Ghnissa, connu médiatiquement sous les initiales « B.M.F ». Il est suspecté d’escroquerie à l’encontre du public, d’exploitation abusive de sa prétendue qualité de président d’une structure appelée « Forum Sada Echabab », ainsi que de la délivrance de certificats matériellement faux et de fausses autorisations en vue de la création d’établissements d’accueil de la petite enfance.

Un appel officiel aux victimes après sa promotion médiatique

Le plus troublant dans cette affaire est que le même individu avait bénéficié, auparavant, d’une large couverture de la télévision publique algérienne, qui le présentait comme « président du parti Courant de la Paix », une formation inconnue du grand public et absente du paysage politique réel, n’ayant émergé que grâce aux médias du pouvoir. Cela soulève de sérieuses interrogations sur les conditions de son apparition soudaine à l’antenne et sur les cercles qui ont œuvré à sa mise en avant.

Dans son communiqué, la Gendarmerie nationale a appelé toute personne ou institution s’estimant victime de cet individu à se rapprocher du parquet ou des services de recherche et d’investigation afin de déposer plainte ou de témoigner. Une démarche qui illustre le contraste saisissant entre le discours officiel et la réalité des pratiques du régime.

Rencontres douteuses et couverture officielle suspecte

Avant sa chute judiciaire, Mohamed Fouad Ben Ghnissa est apparu lors de rencontres présentées comme officielles, notamment avec Abdelkader Taleb Omar, présenté comme ambassadeur de l’entité se réclamant de la « République sahraouie » auprès de l’Algérie. Cette rencontre, axée sur des allégations d’« atteintes aux droits de l’homme au Sahara », a été couverte par la télévision publique algérienne, ce qui confirme que sa visibilité médiatique n’était en rien fortuite mais s’inscrivait dans une logique encadrée par les cercles décisionnels.

Ce paradoxe apparaît d’autant plus flagrant lorsqu’on le compare à la situation interne en Algérie, marquée par des violations systématiques des droits humains, l’existence de centaines de détenus d’opinion et de milliers de citoyens frappés d’interdictions de voyager par de simples décisions administratives, sans décision judiciaire, alors que les médias publics sont mobilisés pour relayer des discours servant l’agenda du pouvoir.

Le régime et le recours aux façades artificielles

L’affaire Mohamed Fouad Ben Ghnissa met une nouvelle fois en lumière la dépendance du régime algérien à des façades fabriquées et à des figures sans légitimité réelle, propulsées sur le devant de la scène médiatique pour remplir des rôles politiques précis, avant d’être abandonnées une fois les masques tombés. Plus grave encore, ces personnages sont présentés à l’opinion publique comme des « élites politiques », alors qu’ils ne sont, en réalité, que des instruments conjoncturels au service de la propagande officielle.

Ce scandale coïncide avec des évolutions internationales notables, notamment le dépôt d’un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies affirmant que le règlement du différend autour du Sahara doit s’inscrire dans le cadre de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Face à cette initiative, le régime algérien a choisi l’abstention, révélant son malaise et son absence de courage politique.

Le portrait d’un régime en crise

Les faits exposés ne relèvent pas d’une simple erreur médiatique. Ils constituent un nouvel indice de la crise politique et morale profonde que traverse le système algérien. Tandis que des opposants réels sont frappés de lourdes peines, des individus douteux et des escrocs sont promus tant qu’ils servent le récit officiel, avant de finir poursuivis par la justice.

Une situation difficilement imaginable ailleurs, où les institutions de l’État et les médias publics se transforment en instruments de mise en scène et de manipulation. Cette affaire illustre, une fois de plus, la nature d’un régime fondé sur la contradiction et l’improvisation, et la faillite des choix sur lesquels il prétend bâtir sa légitimité.

La rédaction / LEMED24

Regardez la vidéo :
l’intervention du journaliste Hicham Abboud sur ce sujet.