Le débat sur l’activation de l’instrument européen de lutte contre la coercition économique est revenu au premier plan, dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec de grandes puissances internationales, notamment les États-Unis et la Chine. Cet outil, adopté par l’Union européenne en 2023, est présenté comme l’une de ses armes commerciales les plus puissantes, mais il n’a encore jamais été utilisé malgré les appels répétés à son activation.
L’instrument a été conçu pour faire face à tout État tiers qui utiliserait le commerce ou l’investissement comme moyen de pression politique contre l’Union ou l’un de ses 27 États membres. Selon les textes européens, il y a coercition économique lorsqu’un pays non membre applique ou menace d’appliquer des mesures affectant le commerce ou les investissements dans le but d’influencer des choix souverains légitimes de l’Union européenne ou de ses États membres.
Concrètement, cet outil permet à l’Union d’adopter des contre-mesures étendues, allant de la restriction des importations en provenance du pays concerné à la limitation de l’accès de ses entreprises aux marchés publics européens, voire à l’interdiction de certains investissements. C’est pour cette raison que plusieurs responsables et analystes l’ont comparé à une « bazooka » ou à une véritable « arme nucléaire économique ».
Les récentes tensions avec Washington ont ravivé ce débat, après les menaces du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane supplémentaires à huit pays européens si ceux-ci ne facilitaient pas pleinement la vente du Groenland aux États-Unis. Ces déclarations ont provoqué de vives réactions au sein des institutions européennes et renforcé les appels en faveur d’une réponse ferme.
Dans ce contexte, Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, a appelé à l’activation de l’instrument anti-coercition, estimant que les États-Unis « font un mauvais calcul » et que cet outil constitue « l’arme nucléaire économique » de l’Union européenne.
Ce n’est pas la première fois que l’hypothèse de son utilisation est évoquée. Elle avait déjà été avancée lors du différend entre la Lituanie et la Chine, lorsque Vilnius avait accusé Pékin d’avoir bloqué ses exportations en réaction à l’ouverture d’une représentation diplomatique taïwanaise. Elle a également été mentionnée au printemps 2025 en réponse à des droits de douane américains, sans toutefois être activée en raison des divisions entre les États membres.
Le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, avait pourtant affirmé lors de l’adoption de l’instrument en juin 2023 qu’il permettrait à l’Union de défendre ses droits et ses intérêts légitimes avec davantage d’assurance. Mais pour de nombreux observateurs, tant que cet outil reste inutilisé, sa crédibilité et sa capacité de dissuasion demeurent limitées.
Face à l’intensification de l’utilisation du commerce comme levier politique, l’Union européenne se trouve aujourd’hui à un tournant décisif, entre le passage à l’action ou l’acceptation d’une pression économique durable exercée par les grandes puissances.
La rédaction / LEMED24



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