Par Pedro Canales
L’intervention commandée par Donald Trump au Venezuela, obéit principalement à trois objectifs. Deux liés à la géopolitique et la stratégie, et le troisième comme message d’avertissement aux tiers.
L’objectif stratégique, qui du point de vue des intérêts générales des Etats Unis est le plus important, est claire : Washington n’acceptera pas une nouvelle crise des missiles à Cuba II, c’est-à-dire la présence des puissances hostiles, voir la Russie et la Chine, s’installer militairement en territoire américain, allant de l’Alaska au Cap Horn.
Jusqu’à présent les Etats Unis ont réussi à empêcher l’expansion militaire et stratégique en Amérique aussi bien de la Russie que de la Chine. La présence dans certains pays d’équipes de coopération militaire, des formateurs, des experts d’intelligence ruses ou chinois, est pour le moment minime et sous control.
Seule à Cuba et Nicaragua, les navires de guerre russes ont des facilités pour rentrer au quai et organiser des exercices conjoints. Pour l’année 2026 il était prévu d’élargir et entrer en vigueur des élargissements des Accords stratégique avec ces deux pays de la part de la Russie.
En revanche, c’était au Venezuela où les Etats Unis ont voulu stopper le renforcement russe et chinois, pour empêcher que Caracas devienne une base militaire hostile à la dominance de Washington sur le continent.
En novembre de 2025, il est entré en vigueur un nouveau Traité d’Association de Sécurité et Défense entre la Russie et le Venezuela. Un sous-marin et d’autres navires de guerre russes ont été envoyés par Moscou pour escorter le pétrolier Marinera qui vient de changer de pavillon, en mettant celui de la Russie pour évader les sanctions décidées par les Etats Unis et échapper au blocus imposé par les Gardes Côtes américaines. La Russie essaye ainsi de protéger au moins 17 navires de la flotte fantôme vénézuélienne qui transporte illégalement le pétrole. Dans les années précédentes des bateaux de guerre russes sont rentrés au port de La Guaira, pour montrer leur appui au régime de Nicolas Maduro ; et il y a un mois et demi, ont participé aux manœuvres militaires conjointes avec la marine vénézuélienne. En plus, la Russie a dépêché une équipe spéciale de sécurité pour protéger les dignitaires du régime, qui, visiblement, a échouée à empêcher l’enlèvement de Nicolas Maduro et son épouse par les Commandos Delta Force, et leur envoi à New York pour comparaitre devant un tribunal de Manhattan.
Les stratèges du Pentagone et de la CIA craignaient que Maduro aille plus loin que Fidel Castro en 1962, et finisse par accepter que des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et lanceurs de missiles de croisière (SSGN) accostent à Punto Fijo, Puerto Cabello o La Guaira.
La Maison Blanche ne pouvait pas le permettre, et l’Operation Absolute Resolve a été lancée pour décapiter le régime chaviste, tout en laissant en place ses structures après avoir négocié avec le Commandement militaire vénézuélien. Selon Marco Rusio, le vrai cerveau de l’Opération, le régime à Caracas est maintenant en mesure d’accepter le gel des accords stratégiques avec Moscou et Pekin.
Quant à l’objectif géopolitique de l’intervention militaire des Etats Unis au Venezuela, c’était de récupérer le contrôle du marché pétrolier, extraction, raffinement, vente et transport. Trump veut élargir aux autres compagnies pétrolières américaines leur présence au Venezuela. Chevron n’a jamais quitté le pays, et Exxon et Conoco y pourront retourner. Le nouveau régime présidé par Delcy Rodriguez devra payer les dettes de Caracas à Exxon évaluées à un milliard de dollars, et à Conoco pour 12 milliards $, et celles-ci pourront réinvestir dans le secteur et s’installer à nouveau à l’Orinoco vénézuélien.
Le duo Marco Rubio / Donald Trump croit pouvoir contrôler ainsi le marché pétrolier, tout en maintenant les approvisionnements contractés avec les clients étrangers, principalement la Chine, qui absorbe le 80% du pétrole vénézuélien. Cependant, les Etats Unis n’accepteront pas que les Chinois payent en yuans, en se plaçant ainsi en dehors du système dollar. Les échanges commerciaux entre le Venezuela et la Chine ont atteint en 2025 plus de 17 milliards de dollars, et, probablement, le tandem Rubio/Trump permettra aussi la continuité, tout en étant les Etats Unis ceux qui auront la clef et la capacité de décisions à prendre.
Un autre chapitre de cet objectif géopolitique de contrôler le marché pétrolier, c’est le chapitre financier, le paiement des dettes et prêts engagés par le Venezuela auprès de la Chine et la Russie. Des prêts qui ont atteint des sommes faramineuses. Seule avec Moscou, Caracas avait une dette de plus de 15 milliards de dollars en 2023 qui payaient en grande partie avec du pétrole. De ce fait le géant russe Rosneft a pu récupérer une partie de ses investissements.
Même son de cloche avec la Chine, où la dette vénézuélienne avec la Banque de Développement de la Chine, se situe autour de 18 milliards de dollars, payable en pétrole. Tout de même, des analystes des finances estiment qu’avec la chute de Nicolas Maduro il y a le risque pour Pekin de ne pouvoir pas récupérer ces actifs car les emprunts octroyés par la Chine étaient compromis par l’envoie future du pétrole, et pas par des garanties souveraines traditionnelles.
Quant au message d’avertissement au tiers, c’est clair. Donald Trump s’adresse aux présidents, mandataires, généraux et autres dignitaires du monde, principalement de l’Amérique Latine, Cuba, Nicaragua, Colombie, Brésil et d’atres ; ainsi qu’aux régimes essentiellement militaires en Afrique ou en Asie, tels l’Algérie, le Nigeria, l’Afrique du Sud ou les pays du Sahel qui contestent la politique migratoire des Etats Unis.
Donald Trump a fait une démonstration de force, et les Ortega, Petro, Lula, Tebboun, Tinubu, Ramaphosa, Diaz Canel, Massoudou, et même Erdogan, peuvent se sentir visés. Il est notoire à cet effet, le silence de Tebboun, la prudence d’Erdogan et la sortie intempestive de Ramaphosa, dénonçant l’atteinte à la souveraineté nationale de Venezuela et la violation de la Charte des Nations Unies ; trois façons différentes de se sentir concernés n’écartant pas le danger d’être les prochains.



Comments
0No comments yet.