Le trésor du F.L.N…. il était à tout le monde et à personne. Moi je l’ai pris là où il était… et je l’ai mis là où il devait servir.
François Genoud, le banquier suisse du FLN– Lausanne, 1991
C’est la phrase qui fait sauter soixante-trois ans de mensonge d’État algérien.
Entre 1954 et 1962, huit ans de guerre, un million et demi de morts, des cotisations arrachées de force aux ouvriers algériens de Renault-Billancourt jusqu’aux dockers de Marseille. Chaque mois, 500 francs prélevés sur des salaires de misère. Tout finit en Suisse. Entre 250 et 300 millions de francs suisses de l’époque. Entre 1,8 et 2,2 milliards d’euros actuels.
Ce trésor n’a pas été volé par la France. Il n’a pas été saisi par la CIA. Il a été partagé de l’intérieur. Entre un banquier suisse et les futurs maîtres de l’Algérie indépendante. Une partie a servi à défendre Adolf Eichmann, à armer Carlos, à payer les villas de Lausanne d’un homme qui n’a jamais renié la croix gammée… et même l’exil doré de certains héros qu’on pleure encore.
Voici les faits. Bruts. Avec les noms, les comptes, les chiffres. Tout est dans Le Banquier noir de Karl Laske (Seuil, 1996), tout est documenté par des archives bancaires suisses ouvertes après le suicide de Genoud en 1996. Et tout est toujours classé secret défense à Alger en 2025.
Le trésor : les chiffres officiels qu’on refuse de voir


Le film du crime en cinq actes
Acte I – La confiance aveugle (1958-1962) François Genoud, financier du IIIe Reich depuis 1932, ami du mufti de Jérusalem, se présente au GPRA comme « l’ami de la cause arabe ». Il crée la Banque Commerciale Arabe SA à Genève. Le FLN y dépose tout. Personne ne vérifie. On est en guerre.
Acte II – Le pillage immédiat (1962-1965) Indépendance. Genoud prête l’argent du FLN à des sociétés qu’il contrôle. Jamais remboursé. Il se verse 10 à 15 % d’« honoraires ». 2,5 millions partent immédiatement défendre Eichmann à Jérusalem; avec l’argent des fellaghas.
Acte III – Les frères ennemis (1965) Coup d’État de Boumediene. Genoud félicite le nouveau maître par téléphone dès le 19 juin au matin. Il propose ses services. Boumediene accepte : il a besoin de récupérer les fonds. Genoud devient l’homme qui connaît tous les coffres. Et qui garde les clés.
Acte IV – Le terrorisme financé par la Révolution (1968-1975) 18 millions détournés vers le FPLP et Carlos. Détournement d’El Al 1968. Attentat de Lod 1972. Opérations de Carlos en Europe. Tout payé avec l’argent des cotisations forcées des ouvriers algériens de France.
On a récupéré les miettes et on a fermé les yeux sur le reste. C’était ça ou reconnaître que la Révolution avait été vendue le jour même de l’indépendance. — Un ministre de Boumediene, off the record
Acte V – L’étouffement (1968-1970) Faillite de la BCA. Passif : 32 millions FS. L’Algérie porte plainte à Genève en 1969. Et retire sa plainte en 1970. Parce que l’enquête allait révéler que tous les chefs historiques avaient touché : Ben Bella, Khider, Boussouf, Francis… et même Hocine Aït Ahmed. 1,2 million de francs suisses via des prête-noms. Officiellement « pour le FFS ». En réalité, pour survivre en Suisse. Il l’a admis à demi-mot dans ses Mémoires : « Les fonds étaient nécessaires pour la continuité du combat. »
On savait que Genoud nous volait. Mais on ne pouvait pas le dire sans avouer qu’on s’était fait avoir comme des enfants. — Un ancien officier du MALG,
2005-2025 : le secret toujours vivant Les archives algériennes sur cette période sont toujours classées « secret défense ». Aucun président n’a eu le courage de les ouvrir. Ni Bouteflika. Ni Tebboune.
Parce que derrière François Genoud, il y a les noms sacrés : Ben Bella. Khider. Boussouf. Francis. Et même Hocine Aït Ahmed, pleuré comme un saint en 2015. Lui aussi a touché. Pas le plus. Mais il a touché.
L’Algérie traîne ce cadavre depuis soixante-trois ans. Un cadavre qui pue l’argent sale, la trahison, et le silence. Un cadavre qui a financé la défense d’Eichmann, les attentats de Carlos, les villas suisses des héros qu’on pleure encore.
François Genoud est mort riche en 1996. Suicide assisté à Pully. Il avait 81 ans. Il est parti avec son sourire. Et avec la phrase qui hante encore les couloirs d’El Mouradia : « Il était à tout le monde et à personne ». L’Algérie, elle, n’a toujours pas fait son deuil. Elle n’a toujours pas récupéré son trésor. Elle n’a toujours pas regardé en face ceux qui l’ont vendu.
Et tant que les archives resteront fermées, tant que les noms seront protégés, tant que la phrase de Genoud résonnera, la Révolution algérienne restera une promesse volée.
Khaled Boulaziz (in lanation.net)



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