Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko arrive lundi à Rabat dans le cadre d’une visite officielle qui se déroule dans un contexte diplomatique et politique délicat, après que les incidents violents ayant marqué la finale de la Coupe d’Afrique des Nations ont ravivé des tensions sans précédent entre supporters marocains et sénégalais.

Cette visite s’inscrit dans le cadre de la quinzième session de la Commission mixte de partenariat entre le Maroc et le Sénégal, un mécanisme de coopération censé renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays dans les domaines politique, économique et institutionnel. Toutefois, cette réunion se tient cette fois sous l’ombre d’une crise provoquée par les scènes de chaos observées au stade de Rabat lors de la finale remportée par le Sénégal face au Maroc.

La rencontre, qui devait être un simple rendez-vous sportif, a dégénéré lorsque près d’un millier de supporters sénégalais ont tenté d’envahir la pelouse avant la fin du temps réglementaire, provoquant l’interruption du match pendant une quinzaine de minutes. Les forces de sécurité ont eu de grandes difficultés à rétablir l’ordre, dans des images largement diffusées et qui ont profondément choqué l’opinion publique marocaine.

La situation s’est encore aggravée lorsque les joueurs et le sélectionneur sénégalais ont quitté le terrain pour protester contre un penalty accordé au Maroc dans les dernières secondes du temps additionnel, avant de revenir pour disputer les prolongations, finalement remportées par le Sénégal. Ces images ont déclenché une vague de polémiques et d’attaques croisées sur les réseaux sociaux.

Sur le plan judiciaire, les autorités marocaines ont décidé de poursuivre 18 supporters sénégalais pour leur implication présumée dans les violences et les troubles à l’ordre public. Leur procès doit se poursuivre le 29 janvier, ajoutant une dimension juridique sensible à une crise déjà chargée émotionnellement.

Dans ce climat tendu, Rabat cherche à contenir l’escalade. Le roi Mohammed VI a affirmé que les liens de fraternité africaine sont plus forts que les campagnes de dénigrement et les tentatives de division, appelant à ne pas céder à la haine. De son côté, Ousmane Sonko a appelé ses concitoyens au calme, rappelant que ce qui s’est passé doit rester strictement dans le cadre sportif.

Cette crise a également une dimension sociale, puisque les Sénégalais représentent la première communauté étrangère au Maroc, avec plus de 18 pour cent des quelque 150 000 étrangers recensés en 2024. Toute détérioration des relations pourrait avoir des répercussions directes sur cette communauté.

La visite de Sonko intervient donc à un moment critique. Elle constitue un test pour la capacité des deux pays à dépasser une crise née du football et à préserver une relation bilatérale fondée sur des décennies de coopération et de solidarité africaine.

La rédaction / LEMED24