Par Hichem ABOUD
Dans son édition du 3 septembre, le journal espagnol The Objective, sous la plume du journaliste Jorge Mestre, affirme que les pressions exercées par Alger « dépasseraient désormais le cadre judiciaire ».
Selon les informations recueillies par le journal, ces pressions se manifesteraient sur trois fronts :
- une augmentation organisée des départs de migrants depuis les côtes algériennes ;
- la présence récente de fonctionnaires algériens à Barcelone, Tarragone et Madrid ;
- la surveillance de membres de la famille d’Ayoub Aïssiou par des véhicules portant des plaques consulaires.
The Objective présente ainsi cette affaire comme un véritable bras de fer politique entre Alger et Madrid, survenu dans le sillage de la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet. Le journal évoque notamment une possible instrumentalisation des flux migratoires comme moyen de pression sur l’Espagne. Ces éléments demeurent toutefois des informations attribuées aux sources consultées par le média espagnol.
De son côté, La Gaceta, dans son édition du même jour, a repris les révélations de The Objective, notamment celles concernant les déplacements de fonctionnaires algériens en Espagne, la surveillance présumée de membres de la famille d’Aïssiou et le recours supposé à la pression migratoire pour obtenir son extradition.
Radio Libertad a également consacré, le 3 septembre, une émission à cette affaire sous le titre « Argelia también aprieta» (L’Algérie serre elle aussi la vis) L’émission reprend principalement la thèse des pressions politiques et diplomatiques algériennes développée par The Objective.
À Alger, l’optimisme affiché durant les premiers jours de l’affaire semble désormais s’estomper. Le ballet de responsables sécuritaires et diplomatiques, que nous avions signalé dans notre précédent article, ne paraît pas avoir produit les résultats escomptés. Les autorités catalanes ne semblent guère disposées à faciliter la tâche à Alger.
La situation est, en effet, très différente de celle qui avait conduit à l’extradition rapide des deux anciens sous-officiers Mohamed Abdallah et Mohamed Benhalima. Considérés comme des déserteurs de l’armée algérienne, ceux-ci n’avaient bénéficié ni d’une mobilisation politique significative ni du soutien de réseaux associatifs influents.
Ayoub Aïssiou, malgré la discrétion dont il a fait preuve depuis son arrestation, est parvenu à susciter des réactions dans différents milieux, notamment au sein de la presse ibérique. Contrairement à ce qu’affirmait une dépêche de l’agence officielle Algérie Presse Service — reprise par de nombreux titres publics et privés —, ce n’est pas la presse française qui a mené campagne en sa faveur. L’essentiel de la couverture médiatique et des prises de position provient, jusqu’à présent, de médias espagnols.
L’affaire pourrait connaître son dénouement dans les prochains jours, à compter de ce lundi. Ayoub Aïssiou et ses proches espèrent naturellement une décision favorable. Si la justice espagnole venait à rejeter la demande d’extradition formulée par Alger, cette décision constituerait un nouveau revers pour le régime algérien.
Un revers qu’Alger entend manifestement éviter en préparant une visite d’Abdelmadjid Tebboune à Madrid, selon les informations publiées ce vendredi par Africa Intelligence. Cette initiative diplomatique pourrait toutefois intervenir trop tard. La juridiction appelée à statuer sur l’extradition d’Ayoub Aïssiou est indépendante aussi bien du pouvoir politique espagnol que de l’administration madrilène. Rappelons également que le régime algérien pâtit d’une image particulièrement dégradée en Catalogne depuis l’enlèvement, en octobre 2024, à Barcelone, d’un journaliste algérien opposant. Une opération dénoncée comme un acte terroriste imputable aux services algériens.



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