Des millions de jeunes Bangladais s’apprêtent à se rendre aux urnes lors d’élections législatives considérées comme un tournant majeur dans l’histoire politique du pays. Il s’agit du premier scrutin depuis la chute de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina à l’été 2024. Cette échéance dépasse le simple cadre d’une compétition partisane et apparaît comme un test pour une nouvelle phase où toute une génération cherche à rétablir sa confiance dans le processus démocratique après des années de désengagement et de scepticisme.
Les données officielles indiquent que les citoyens âgés de 18 à 37 ans représentent environ 44 pour cent des 129 millions d’électeurs, donnant à la jeunesse un poids électoral inédit. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais voté durant les quinze années de pouvoir de Hasina, en raison d’un sentiment largement partagé que les élections manquaient de véritable concurrence, ainsi que de craintes liées aux pressions politiques et à l’exclusion de l’opposition.

La commission électorale prévoit cette fois une participation élevée, portée par un enthousiasme notable parmi les jeunes qui voient dans le vote une occasion réelle de provoquer un changement. Plusieurs nouveaux électeurs expliquent qu’ils considéraient auparavant leur voix comme inutile, alors qu’ils perçoivent désormais le scrutin comme un moyen direct d’exprimer leurs aspirations politiques et sociales.
Les bouleversements politiques ont contraint les partis à revoir leurs stratégies, avec un accent marqué sur l’espace numérique. Les campagnes s’appuient désormais largement sur des plateformes comme Facebook et TikTok pour toucher un public jeune très connecté. Cette évolution montre que la bataille électorale se joue aussi en ligne, là où se façonnent opinions et positions.

Par ailleurs, la Ligue Awami, ancien parti au pouvoir, est absente du scrutin après son interdiction, tandis que des formations autrefois marginalisées, comme le Parti nationaliste bangladais et une coalition dirigée par la Jamaat-e-Islami, participent à la compétition. Cette ouverture relative renforce chez de nombreux jeunes l’impression d’un paysage politique plus pluraliste.
Les protestations qui ont préparé ce changement sont parties des universités en 2024, lorsque des étudiants ont contesté le système de quotas dans la fonction publique, estimant qu’il limitait leurs perspectives d’emploi. Plus d’un an après, l’économie demeure fragile et les diplômés continuent de rencontrer des difficultés sur le marché du travail, plaçant les enjeux sociaux au cœur des préoccupations électorales.

Le scrutin actuel voit également l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux candidats, dont beaucoup de jeunes, ce qui alimente l’idée d’un renouvellement des élites politiques. Cette présence massive traduit une volonté de bâtir une culture politique plus participative et respectueuse de la diversité.
De nombreux jeunes électeurs espèrent que ces élections aboutiront à un gouvernement qui considère l’opposition comme un partenaire démocratique plutôt qu’un ennemi à écarter. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de changer des visages, mais d’installer des règles politiques plus ouvertes et transparentes, permettant à une nouvelle génération de jouer un rôle central dans l’avenir du Bangladesh.