La crise des libertés politiques et civiles en Algérie ne cesse de s’aggraver, alors que dix-huit détenus d’opinion issus des cadres de l’ex Front islamique du salut demeurent en détention provisoire depuis le 12 octobre 2023. Leur arrestation est intervenue après la publication, le 30 septembre 2023, d’un communiqué politique appelant à la levée des restrictions imposées à l’activité politique et médiatique, au lancement d’un dialogue national inclusif et à la libération des détenus politiques et des prisonniers du Hirak. Bien que ce texte soit pacifique et vise à ouvrir l’espace public, il a été suivi d’une opération sécuritaire ayant conduit à l’interpellation de dix-huit cadres ayant contribué à son élaboration ou soutenu sa diffusion.

Après près de vingt et un mois de détention provisoire, la Cour criminelle de première instance de Dar El Beïda à Alger a rendu, le 26 juin 2025, des verdicts sévères allant de deux à quatre ans de prison ferme. Des peines de quatre ans ont été prononcées contre Ben Hadjar Sid Ali, Ezzawi Ahmed, Rahmani Mahfoud, Guerfa Badr Eddine, Youcef Boubras et Torkmane Nasreddine.

Des peines de trois ans de prison ferme ont été infligées à Saadi Mabrouk, Mekki Si Belhoul, Hachmaoui Ben Yamina, Kanoun Kamal, Khenchali Merzoug, Boutchiche Kaddour, Berhal Chems Eddine, Chahid Mohamed, Ben Aïssa Mohamed, Deraa Mokhtar et Mouloud Hamzi. Le détenu Belkacem Khencha a été condamné à deux ans de prison ferme.

Ces condamnations s’appuient sur plusieurs accusations à caractère politique, dont l’atteinte à l’unité nationale, l’exploitation des blessures de la tragédie nationale de manière à nuire à la sécurité de l’État et la diffusion de publications considérées comme menaçantes pour l’ordre public. Bien que la cour ait abandonné l’accusation prévue par l’article 87 bis relative à la création d’une organisation visant à mener une activité interdite, cette dernière étant la charge principale au début de l’affaire, les autres accusations ont suffi pour maintenir les poursuites et prononcer les peines.

En novembre 2024, la plupart des détenus avaient entamé une grève de la faim illimitée pour protester contre la prolongation de leur détention sans procès. Leur état de santé s’en était gravement détérioré, d’autant plus que la majorité d’entre eux sont âgés et souffrent de maladies chroniques, ce qui rend leur situation encore plus alarmante.

Cette affaire reflète un recul généralisé des libertés en Algérie, où l’expression pacifique d’opinions politiques ou l’appel à des réformes est traité comme une menace à neutraliser plutôt que comme une contribution au débat national. Elle met en lumière la réduction constante de l’espace politique et le recours croissant à des accusations politiques pour restreindre la pluralité et empêcher toute dynamique de dialogue. Ce climat ne fait qu’accroître les tensions dans une société déjà marquée par l’étroitesse du champ public.

Dans ce contexte, l’organisation Shuaâ pour les droits humains lance une vaste campagne intitulée Libérez les voix de la liberté, prévue du 5 au 10 décembre 2025, à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’homme. Cette initiative vise à exiger la libération immédiate de tous les détenus d’opinion en Algérie et à attirer l’attention sur les violations persistantes des droits humains dans le pays, au moment où les autorités intensifient leur répression contre les militants, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques.

L’organisation rappelle qu’un nombre croissant de personnes en Algérie sont poursuivies et condamnées uniquement pour leur engagement pacifique ou leurs opinions légitimes. Plus de 230 détenus d’opinion se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux, en violation flagrante de leurs droits fondamentaux et des engagements internationaux de l’Algérie.

La tragédie ne se limite pas aux détenus eux-mêmes, car leurs familles supportent des souffrances psychologiques, sociales et économiques considérables. Leur quotidien est marqué par l’angoisse, l’incertitude et la peur permanente quant au sort de leurs proches. Cette réalité révèle l’impact humain profond de la détention arbitraire et l’étendue de l’injustice vécue.

La campagne Libérez les voix de la liberté vise également à dénoncer les pratiques systématiques de criminalisation de l’expression pacifique et l’usage des lois pour museler les voix indépendantes. Elle cherche à sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale aux risques liés à cette dérive et à renforcer la protection des militants, des journalistes et des défenseurs des droits humains contre les poursuites arbitraires. Elle rappelle que la liberté d’opinion et d’expression est un droit fondamental garanti par la Constitution et par les normes internationales, et qu’aucune autorité ne peut légitimement la restreindre ou la criminaliser.

Les journées du 5 au 10 décembre seront une nouvelle clameur pour la reconquête de l’espace des libertés et une affirmation que les droits s’obtiennent par la détermination. Elles porteront le message clair que toutes les tentatives de réduire au silence les voix réclamant la liberté finiront par échouer, quelles que soient les entraves.

L’organisation Shuaâ appelle l’ensemble des militants, des organisations, des médias et toutes les personnes attachées aux droits et aux libertés à rejoindre cette campagne, à soutenir ses actions et à contribuer à diffuser son message afin qu’aucune voix libre ne demeure derrière les barreaux.

Liberté pour les détenus d’opinion.
Libérez les voix de la liberté.