Par: Abdellah Anqir

Ce qui se déroule au Venezuela ne peut être réduit à une crise interne isolée ni à une simple difficulté économique passagère. Il s’agit d’un processus de ciblage méthodique, conduit selon une logique de domination que le monde a déjà connue à travers des expériences antérieures, où le droit international est remplacé par le rapport de force, et où la souveraineté des États est vidée de sa substance pour être ramenée à la valeur de leurs ressources exploitables.

Sous des slogans tout faits sur la démocratie et les droits de l’homme, des sanctions étouffantes ont été imposées au Venezuela, frappant la société au cœur même de son fonctionnement. Des secteurs vitaux tels que la santé, l’énergie et les services essentiels ont été paralysés, avec des conséquences directes sur la vie quotidienne des citoyens. Contrairement au discours dominant, ces sanctions n’ont pas seulement visé le pouvoir politique, mais ont profondément affecté la population, provoquant une hausse de la pauvreté, une dégradation du pouvoir d’achat et une détérioration générale des conditions de vie. Pourtant, la victime est sommée d’assumer seule la responsabilité de la crise, tandis que l’impact du blocus est soigneusement effacé du récit médiatique occidental.

Le Venezuela, qui détient les plus grandes réserves de pétrole au monde, ainsi que des ressources minières stratégiques indispensables à l’économie de demain, est devenu une cible ouverte dans un contexte international instable, où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques à tout prix. Le pétrole n’est plus seulement une richesse économique, mais un levier politique et un instrument de pression géopolitique. Les déclarations qui traitent le pétrole vénézuélien comme un dossier administrable depuis l’extérieur révèlent la nature réelle du problème: une mentalité néocoloniale qui considère certains États comme de simples réservoirs de ressources, et non comme des nations souveraines disposant du droit de décider de leur avenir.

La situation rappelle clairement le précédent irakien, mais avec des méthodes plus « douces » en apparence et plus destructrices dans leurs effets. L’intervention militaire directe n’est plus l’option privilégiée. Elle est remplacée par un ensemble de mécanismes combinant sanctions économiques, campagnes de diabolisation médiatique, pressions diplomatiques continues et menace permanente de recours à la force. Il s’agit d’une nouvelle forme de guerre froide, menée par des moyens économiques et informationnels, dont les conséquences humaines sont tout aussi lourdes que celles des conflits armés classiques.

Le plus préoccupant reste le silence européen, ou son alignement implicite sur ces politiques, qui confère une légitimité tacite à cette stratégie et relègue le droit international au second plan. Les principes de souveraineté sont invoqués lorsqu’ils servent certains intérêts, puis ignorés dès qu’ils entrent en contradiction avec des calculs de puissance et de contrôle des ressources.

Le Venezuela d’aujourd’hui n’est donc pas une exception, mais un avertissement clair adressé à tous les États qui envisagent de préserver leur indépendance politique et la maîtrise de leurs richesses nationales. Dans un monde où la politique est menée selon une logique de butin, la véritable question n’est plus de savoir qui est en faute, mais plutôt: qui sera le prochain?