Face à ce qu’ils qualifient de dérives graves et répétées, les avocats tunisiens sortent de leur réserve. Le Conseil de l’Ordre national des avocats de Tunisie a annoncé l’organisation d’une manifestation de protestation le 13 février, devant le Palais de Justice de Tunis, afin d’alerter sur les atteintes persistantes portées aux droits de la défense et à l’indépendance de la profession.

Selon le Conseil, les entraves auxquelles sont confrontés les avocats dans l’exercice quotidien de leur mission se multiplient : pressions, obstacles administratifs, restrictions d’accès aux dossiers ou aux justiciables, climat d’intimidation. Autant de pratiques qui fragilisent non seulement l’indépendance des avocats, mais aussi les fondements mêmes du procès équitable. Or, rappelle l’Ordre, le droit de la défense n’est ni un privilège corporatiste ni une concession de l’autorité, mais un principe constitutionnel et universel, au cœur de toute justice digne de ce nom.

Les avocats soulignent que porter atteinte à leurs droits revient, en réalité, à porter atteinte aux droits des citoyens. La défense ne protège pas seulement l’accusé ; elle garantit l’équilibre du procès, la transparence de la procédure et la protection contre l’arbitraire. Affaiblir l’avocat, c’est affaiblir le justiciable et ouvrir la voie à une justice déséquilibrée, soumise à la pression du pouvoir.

Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique plus large de vigilance et de résistance pacifique. Le Conseil de l’Ordre affirme que cette action se veut calme, responsable et respectueuse de la loi, mais ferme dans ses revendications. Elle vise à sensibiliser à la fois les autorités et l’opinion publique nationale et internationale sur la gravité de la situation et sur l’urgence de garantir des conditions d’exercice libres, sûres et équitables pour la profession.

En appelant à ce rassemblement, le barreau tunisien réaffirme sa détermination à assumer pleinement son rôle historique : celui de rempart contre l’injustice, de gardien des libertés et de pilier essentiel de l’État de droit. Dans un contexte de tensions institutionnelles, les avocats rappellent que sans défense indépendante, il ne peut y avoir ni justice crédible, ni citoyenneté protégée, ni État de droit véritable.