Sept années se sont écoulées depuis le déclenchement du Hirak du 22 février 2019, ce moment charnière où des millions d’Algériens sont descendus dans la rue pour scander un slogan devenu symbole d’une rupture espérée : « Yetnahaw gaâ », qu’ils partent tous. Ce cri collectif traduisait un rejet profond d’un système de gouvernance accusé d’avoir confisqué la volonté populaire et vidé les institutions de leur légitimité.
La mobilisation avait éclaté après l’annonce de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, malgré son état de santé dégradé et son absence prolongée de la scène publique. Ce qui paraissait au départ comme un refus d’un mandat supplémentaire s’est rapidement transformé en une contestation globale de l’architecture du pouvoir. Sous la pression massive de la rue, Bouteflika démissionne le 2 avril 2019. Beaucoup y ont vu l’aube d’une transition démocratique réelle.
Pourtant, les années suivantes ont montré que le changement est resté largement superficiel. Des figures ont quitté le devant de la scène, un nouveau discours officiel a émergé sous l’étiquette de « l’Algérie nouvelle », mais les mécanismes profonds du pouvoir sont restés inchangés. La gestion sécuritaire de l’espace public n’a pas reculé, bien au contraire, selon de nombreuses voix critiques.
Des organisations de défense des droits humains et des acteurs politiques soulignent que le climat des libertés n’a pas connu l’ouverture promise. Des militants, journalistes et citoyens ont fait l’objet de poursuites judiciaires en raison de leurs opinions ou de leurs activités pacifiques. La question des détenus d’opinion demeure au cœur des préoccupations, alimentant le débat sur la liberté d’expression et l’indépendance de la justice.
Au lieu de capitaliser sur l’élan populaire pour lancer un véritable processus constituant fondé sur la souveraineté du peuple, les autorités ont privilégié des démarches unilatérales. Élections et révisions constitutionnelles se sont déroulées dans un contexte marqué par une forte défiance et une participation contestée, limitant leur capacité à produire un consensus national solide.
Sur le plan économique, le contraste est frappant. L’Algérie dispose d’importantes ressources énergétiques et affiche des budgets conséquents, mais le pouvoir d’achat des citoyens continue de s’éroder. La hausse des prix, le chômage des jeunes et l’attrait croissant de l’émigration traduisent un malaise social persistant. Beaucoup s’interrogent sur la capacité des politiques publiques à transformer la richesse nationale en amélioration tangible des conditions de vie.
Les secteurs de l’éducation et de la santé illustrent également ces contradictions. Les réformes scolaires successives manquent de stabilité et de vision stratégique claire. Dans le domaine sanitaire, le recours de nombreux patients aux soins à l’étranger met en lumière les insuffisances structurelles du système, en décalage avec les discours officiels sur la modernisation.
Sur le plan diplomatique, les tensions avec certains partenaires régionaux et internationaux ont alimenté l’image d’un pays confronté à des défis relationnels croissants. Par ailleurs, la place prépondérante de l’institution militaire dans les équilibres décisionnels continue de susciter des interrogations sur la nature du système politique et la réalité de la séparation des pouvoirs.
À l’occasion du septième anniversaire du Hirak, plusieurs organisations rappellent que les revendications démocratiques exprimées en 2019 restent vivaces. Malgré les restrictions et les pressions, l’aspiration à un État de droit, fondé sur la souveraineté populaire, la transparence et la reddition des comptes, demeure ancrée dans une partie significative de la société.
Sept ans après, le constat est amer pour nombre d’Algériens : le slogan « Yetnahaw gaâ » n’a pas produit la rupture systémique attendue. Le décor a changé, mais l’ossature du pouvoir est restée en place. Le Hirak représentait une occasion historique de refonder la relation entre l’État et les citoyens. Cette occasion n’a pas été pleinement exploitée.
Cependant, la mémoire du 22 février reste vivante. Les dynamiques sociales qu’il a révélées n’ont pas disparu. La question qui se pose désormais est de savoir combien de temps un système peut ignorer une aspiration collective à la participation réelle, à la justice et à la dignité, sans ouvrir la voie à de nouvelles secousses politiques.


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