La visite de Ségolène Royal à Alger n’a pas seulement suscité des réactions en Algérie. En France aussi, elle a provoqué une série de commentaires critiques, révélateurs des profondes divisions qui traversent l’approche française du dossier algérien. L’une des prises de position les plus remarquées est celle de Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, qui s’est exprimé publiquement pour mettre en cause la légitimité et la pertinence de cette démarche.

Selon lui, Ségolène Royal « ne connaît pas très bien les dossiers » et donne l’impression de se comporter comme une porte-parole officieuse du gouvernement français, alors qu’elle ne représente qu’elle-même. Une critique sévère, qui vise autant le fond de ses déclarations que la forme de son initiative.

Sur la question des archives, Xavier Driencourt rappelle que, contrairement à ce qui a été suggéré, une grande partie d’entre elles a déjà été restituée à l’Algérie, à l’exception des archives dites de souveraineté, que la France ne souhaite ni ne compte rendre. Cette précision souligne l’un des points de blocage majeurs du dossier mémoriel, souvent présenté de manière simplifiée dans le débat public.

Concernant les biens de l’émir Abdelkader, évoqués par Ségolène Royal lors de sa visite, l’ancien ambassadeur apporte un éclairage juridique rarement rappelé. Ces biens sont aujourd’hui conservés à Chantilly, dans la propriété du duc d’Aumale, et leur restitution impliquerait de remettre en cause un testament légalement établi. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un simple geste politique, mais d’un contentieux patrimonial et juridique complexe, largement hors de portée d’une initiative individuelle.

Le dossier des essais nucléaires français en Algérie constitue un autre point de friction. Ségolène Royal a plaidé pour une indemnisation de l’Algérie, une position que Xavier Driencourt juge pour le moins discutable. Il rappelle que ces essais ont été réalisés entre 1960 et 1967 avec l’accord des autorités algériennes de l’époque, un fait que lui aurait personnellement rappelé Abdelmadjid Tebboune. Il souligne également l’existence d’une commission d’indemnisation créée en 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, chargée d’examiner les cas de maladies liées aux essais et d’indemniser les victimes reconnues.

À travers ces rappels, Xavier Driencourt exprime une inquiétude plus large : celle d’une diplomatie brouillée, où des initiatives individuelles, même animées de bonnes intentions, risquent d’ajouter de la confusion à une relation déjà extrêmement dégradée. Pour lui, la visite de Ségolène Royal entretient une ambiguïté dangereuse, en laissant croire à une position officielle de la France là où il n’y a, en réalité, qu’une démarche personnelle.

Une controverse qui confirme le malaise diplomatique Cette réaction illustre parfaitement le malaise actuel de la relation algéro-française. La visite de Ségolène Royal agit comme un révélateur : elle met à nu l’absence de ligne politique claire côté français, la persistance de divergences profondes sur les dossiers mémoriels, et l’impossibilité, à ce stade, de sortir de la crise par des initiatives symboliques ou parallèles.

Loin de constituer un pont entre Alger et Paris, cette polémique supplémentaire confirme que la relation est entrée dans une phase de diplomatie fragmentée, où chaque geste est interprété, contesté et instrumentalisé. Tant qu’un choix politique assumé ne sera pas opéré au plus haut niveau de l’État, ces visites officieuses, aussi médiatisées soient-elles, resteront des signaux faibles dans une relation structurellement bloquée.

La rédaction / LEMED24