Par : Abderrahmane Fares
Le média algérien La Nouvelle République (LNR) a publié un article d’une cruauté inouïe, contenant une liste de quarante noms: ministres français, intellectuels, écrivains, historiens, artistes. Chacun désigné par des insultes fécales et animalières : « Makak » (singe), « excréments », « Finkelk-crottes ». Chacun condamné sur trois générations. Culpabilité héréditaire. Crime : avoir soutenu l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné à Alger.

Image 1: Capture d’écran de l’article « Le Makak « Sent Sale » l’OAS », publié le 22 janvier 2026 par La Nouvelle République (LNR), quotidien algérien. Dès le titre, le terme « Makak » (singe) déshumanise l’écrivain Boualem Sansal. L’article, signé « Rédaction LNR » (Khider Mesloub & Idir Amokrane), dresse une liste de 48 personnes, ministres, intellectuels, historiens, artistes, désignées par des insultes fécales, animalières et nazifiantes. Ce document constitue une pièce à conviction de la rhétorique éliminationniste déployée par certains médias algériens proches du régime.
On ne répond pas à cela. On ne débat pas avec quelqu’un qui mange ses excréments en public. On documente. On archive. On nomme.
Ce texte n’est pas du journalisme. C’est une arme. Sa fonction est double : mutiler psychologiquement les cibles, les salir par le simple fait d’être nommées dans ce cloaque, et souder une base par le plaisir sadique partagé. Rire ensemble des « Makaks ». Jouir ensemble de la dégradation. Le « À suivre… » final n’est pas une promesse journalistique. C’est l’annonce de la prochaine séance.

Image 2: analyse du discours éliminationniste. L’analyse de l’article révèle 48 individus ciblés, 6 familles dont la généalogie est retracée sur 3 générations, et 4 catégories d’insultes : animalières (« Makak »), fécales/scatologiques (« excréments », « Sent Sale »), criminalisantes (accusations de torture, assassinat) et nazifiantes (« Isra-Heil »). Les cibles principales : diplomates, anciens ministres, universitaires et historiens. Source : LNR, Khider Mesloub & Idir Amokrane.
Ce qui frappe n’est pas tant la cruauté que sa jubilation. L’inventivité ordurière, « sou-chien » pour soutien, « sinistre de l’inférieur » pour ministre de l’Intérieur, trahit le plaisir de l’acte. Ce n’est pas la colère, qui cherche résolution. C’est le sadisme, qui cherche prolongation.
Mais toute cruauté excessive est un aveu. Elle trahit ce qu’elle prétend masquer : le vide.
Un régime qui argumente n’a pas besoin d’animaliser ses critiques. Un régime qui gouverne ne trace pas d’arbres généalogiques pour désigner des traîtres héréditaires. Un régime qui construit ne produit pas de listes de cibles à déshumaniser. Cette régression vers l’insulte fécale et animalière, cette oralité primitive du crachat verbal, est le signe clinique d’une décompensation psychiatrique vraie.
La violence verbale éliminationniste apparaît quand il ne reste plus rien d’autre. Quand le projet national est vide. Quand l’économie s’effondre. Quand la jeunesse fuit par milliers vers la mer. Quand la seule monnaie qui reste est la haine.
Soixante-trois ans après l’indépendance, la rente mémorielle est épuisée. Le récit de la résistance héroïque ne peut plus justifier un pouvoir qui affame son peuple. Alors le régime intensifie le récit. Réinvente des ennemis. Transforme tout critique en « colon », tout opposant en « sioniste », tout Algérien qui pense librement en « Makak ».

Image 3 : Lexique des termes utilisés, le vocabulaire de la déshumanisation. Glossaire des termes employés par LNR pour cibler ses adversaires : insultes animalières (« Makak »), fécales (« excréments », « merdias »), et néologismes haineux (« Isra-Heil », « collabora-sioniste », « sou-chien »). Chaque terme vise une catégorie précise : dissidents algériens, médias français, ministres, ou enfants de personnes ciblées (« rejetons »). La créativité dans l’insulte révèle le plaisir sadique de l’acte.
C’est aussi un instrument de terreur préventive. Chaque intellectuel algérien qui envisage de parler sait désormais ce qui l’attend : son nom transformé en insulte fécale, sa famille fouillée sur trois générations, sa personne mutilée symboliquement en place publique. Le message est limpide : si tu parles, tu seras sur la prochaine liste.
Il y a quelque chose de tragique dans ce spectacle : un régime qui ne sait plus exister qu’en détruisant, une presse qui ne sait plus écrire qu’en mutilant, une nation otage d’un passé éternellement réarmé contre son propre présent.
Ce n’est pas de la force. C’est l’agonie d’un pouvoir en phase terminale.
Le peuple algérien mérite une autre histoire. Voir clair dans ces mécanismes, la déshumanisation, la culpabilité héréditaire, le plaisir sadique, la fonction politique, c’est les désarmer. C’est peut-être aussi le premier pas vers une réconciliation : non pas avec l’ancien colonisateur, mais avec lui-même.

Image 4: Registre des 48 personnes ciblées par l’article de LNR. Ce tableau recense chaque individu nommé dans l’article « Le Makak « Sent Sale » l’OAS », accompagné de sa fonction et des insultes qui lui sont attribuées. Six familles sont retracées sur trois générations pour établir des « culpabilités héréditaires ». Document établi à des fins d’archivage et de documentation des discours de haine et de cruauté du régime militaire algérien.



Comments
0No comments yet.