Par : Me Abdelilah Nkir
En Europe, la crédibilité d’un État ne se mesure pas uniquement à son poids diplomatique ou économique, mais aussi à son respect des règles fondamentales de la souveraineté, de l’État de droit et de la non-ingérence. C’est dans cette perspective que le documentaire diffusé par France 2 le 22 janvier 2026 ne peut être réduit à un simple événement médiatique. Il constitue, au contraire, un véritable test pour les relations euro-méditerranéennes.
L’enquête, fondée sur des documents, des sources sécuritaires et des analyses d’experts indépendants, soulève des interrogations sérieuses sur des activités présumées de services algériens sur le sol français. Soupçons d’espionnage au sein d’institutions étatiques, tentatives d’enlèvement d’opposants politiques à Paris, instrumentalisation du cadre consulaire à des fins extra-diplomatiques : il ne s’agit plus de tensions politiques conjoncturelles, mais de pratiques qui, si elles sont avérées, contreviennent aux normes internationales.
Pour l’opinion publique européenne, l’enjeu dépasse le cas algérien. Il touche à des principes fondamentaux : la protection des opposants politiques, la liberté d’expression, et le refus de toute action sécuritaire étrangère hors cadre légal. Ces principes ne sont pas négociables dans l’espace européen ; ils constituent le socle même de la confiance entre partenaires.
Le documentaire met également en lumière une dynamique bien connue des sciences politiques : lorsque des systèmes politiques peinent à répondre aux attentes sociales et économiques internes, la tentation est grande de déplacer les tensions vers l’extérieur, en construisant un discours nationaliste et un ennemi désigné. L’histoire européenne montre que cette stratégie, si elle peut produire des effets à court terme, conduit souvent à l’isolement diplomatique et à l’érosion de la crédibilité internationale.
Par ailleurs, l’enquête révèle une évolution notable du climat de l’opinion publique française, étayée par des données de sondages. La perception négative croissante de l’Algérie contraste avec l’image plus stable et pragmatique attribuée à d’autres acteurs régionaux, notamment le Maroc. Ce glissement ne relève pas d’un choix idéologique, mais d’une lecture pragmatique des enjeux de stabilité, de prévisibilité et de fiabilité.
La question du Sahara marocain s’inscrit dans ce contexte comme un révélateur plutôt qu’une cause unique. Le soutien européen croissant à des positions jugées plus réalistes s’explique avant tout par une évaluation stratégique de la stabilité régionale, à un moment où l’Europe se montre particulièrement attentive à toute source potentielle d’instabilité dans son voisinage méridional.
L’objectif européen n’est pas d’alimenter un nouveau foyer de tension en Afrique du Nord, mais de le prévenir. Toute perspective d’escalade, directe ou indirecte, suscite dès lors une inquiétude légitime, notamment dans un contexte marqué par une course régionale à l’armement et des menaces sécuritaires transnationales.
Cette enquête ne rend pas de verdict politique ou judiciaire. Elle rappelle toutefois une réalité incontournable : dans l’espace européen, le partenariat implique la responsabilité. Le respect de la souveraineté, la non-ingérence et la protection des libertés fondamentales ne sont pas des options, mais des règles communes. Les ignorer, c’est accepter d’être placé sous le regard critique des médias et de l’opinion publique.
À l’ère de la transparence imposée, les dossiers sensibles ne peuvent plus être enfouis. La question que pose ce travail journalistique à l’Europe n’est donc pas de savoir qui condamner, mais quel modèle de relations elle souhaite construire avec son voisinage sud : un partenariat fondé sur la confiance et la clarté, ou une relation ambiguë gérée dans l’ombre.
Quand l’enquête journalistique devient un test de souveraineté



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