Par Hichem Harkati
La parole de Louisa Hanoune est venue rappeler une vérité que le pouvoir s’acharne à masquer sous les slogans et la propagande : l’Algérie, pays riche en hydrocarbures, est devenue un enfer social pour ses propres travailleurs. Lors de la réunion du bureau de wilaya du Parti des travailleurs à Alger, tenue le 10 janvier 2026 au siège national d’El Harrach, la secrétaire générale du parti a livré un réquisitoire implacable contre l’effondrement du pouvoir d’achat et l’injustice salariale institutionnalisée.
Ce qu’elle a dénoncé n’est ni une conjoncture passagère ni un accident économique, mais le résultat d’un choix politique délibéré : sacrifier les travailleurs tout en préservant un système de prédation. Le fossé entre les revenus pétroliers colossaux du pays et la misère salariale imposée à la majorité des Algériens n’est plus une anomalie, c’est devenu la norme d’un régime incapable ou refusant de redistribuer la richesse nationale.
Les chiffres avancés sont accablants. À titre de comparaison, la Russie, pourtant engagée dans une guerre coûteuse et soumise à de lourdes sanctions internationales, garantit à ses travailleurs un salaire moyen de 1 100 euros et un salaire minimum de 350 euros. À Moscou, l’État protège encore un minimum de dignité sociale. En Algérie, en revanche, la rente énergétique ne sert qu’à maintenir un pouvoir hors-sol, coupé de la réalité du peuple.
Le contraste devient obscène lorsque l’on élargit la comparaison. Aux États-Unis, le salaire minimum, même indexé sur le travail horaire, dépasse 1 175 dollars par mois. Dans le monde arabe, l’Arabie saoudite fixe le salaire minimum à 1 666 dollars, et le Koweït à environ 1 240 dollars mensuels, primes et indemnités incluses. Autant de pays producteurs d’énergie qui, malgré leurs propres contradictions, assurent à leurs citoyens un revenu sans commune mesure avec celui imposé aux Algériens.
Et c’est là que le scandale atteint son paroxysme. En Algérie, le salaire national minimum garanti plafonne à 24 000 dinars. Converti au taux réel, cela représente à peine 150 euros par mois. Une somme indigne, humiliante, qui condamne des millions de travailleurs à la survie permanente, tout en reléguant l’Algérie au bas du classement salarial parmi les pays pétroliers. Au Maroc, pays non pétrolier et ne disposant même pas du tiers des ressources algériennes, Depuis le 1er janvier 2026, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) dans le secteur privé non agricole est passé, net en main, après déductions sociales et fiscales, à 3 191,85 dirhams soit 297 euros.
Ce n’est plus seulement une crise sociale, c’est une faillite morale et politique. Un État qui se targue de souveraineté mais qui ne garantit même pas un salaire décent à ceux qui font tourner le pays est un État en rupture avec sa population. À force de discours creux sur la justice sociale et la dignité nationale, le régime algérien a vidé ces mots de leur sens.
La dénonciation portée par Louisa Hanoune agit comme un révélateur brutal : le problème algérien n’est pas l’absence de richesses, mais leur confiscation. Tant que le travailleur algérien restera la variable d’ajustement d’un système fondé sur la rente, le mensonge politique et l’impunité, aucune réforme ne sera crédible. Le pouvoir d’achat n’est pas une statistique : c’est la mesure concrète du mépris d’un régime envers son peuple.



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