Le mercredi 26 juillet 2023, soit deux ans, trois mois et vingt-quatre jours après sa prestation de serment et au lendemain du lancement des travaux de réhabilitation des voiries de la capitale, le président élu Mohamed Bazoum, issu d’élections libres et transparentes, a été victime d’une prise d’otage surprenante, suivie d’une séquestration par la garde chargée de sa sécurité.
Pendant plusieurs mois et grâce à la collaboration d’acteurs clés, dont nous protégeons l’identité, et à la collecte d’informations détaillées, nous avons pu reconstituer le récit des événements ayant conduit à la déstabilisation des institutions républicaines et mettre en lumière le processus ayant abouti à ce coup de force contre l’État de droit.
Un coup d’État programmé
L’enquête, menée avec minutie à partir d’informations, de données analysées et d’aveux de témoins, montre que l’opération visant à écarter le président Bazoum du pouvoir était initialement prévue le 25 juillet 2023 à Niamey.
Ce jour-là, la capitale accueillait à 9h00 le lancement officiel des travaux de réhabilitation des voiries, inscrit à l’agenda du Président de la République. En marge de cet événement public se préparait pourtant un autre agenda, destiné à transformer cette cérémonie en drame national.
Le plan d’assassinat
Le chef de la garde présidentielle, Abdouramane Tiani, avait initialement prévu l’assassinat du Président Bazoum, maquillé en accident, à l’image du meurtre du président Ibrahim Baré Mainassara en avril 1999 sur le tarmac de l’aéroport international Diori Hamani.
Niamey 2000 : une mitrailleuse braquée sur le Président
Le scénario était glaçant. Le lieutenant Djafarou, élément de la Garde présidentielle (GP), devait exécuter le président à la mitrailleuse lourde de calibre 12.7 mm pendant la cérémonie, devant les caméras et les invités.
L’échec du plan initial
Dans la matinée du 25 juillet 2023, le plan échoue. Le lieutenant Djafarou, visiblement nerveux et psychologiquement instable, renonce à passer à l’acte. Témoins et collègues l’avaient décrit comme anxieux et perturbé la veille.
À mesure que l’heure fatidique approchait, il perdait toute capacité à exécuter cette mission. Le jour J, rien ne se déroula comme prévu.
Des anomalies sécuritaires inquiétantes
Durant la cérémonie, plusieurs membres de l’entourage présidentiel s’interrogèrent sur la présence inhabituelle d’une mitrailleuse lourde à moins de 50 mètres du Chef de l’État.
D’autres anomalies furent relevées, notamment l’ordre donné aux journalistes de quitter le champ visuel du Président, avant qu’un contre-ordre ne les replace à leur position initiale. La Cellule communication signala ces comportements troublants lors du débriefing.
Le dispositif étrange de la Corniche
Après Niamey 2000, la délégation présidentielle se rendit à la Corniche pour une seconde cérémonie. Là encore, le dispositif sécuritaire était inhabituel, extrêmement allégé, avec seulement trois éléments de la Garde présidentielle et un véhicule.
La fuite du lieutenant Djafarou
À l’aube du 25 juillet, pris de panique, le lieutenant Djafarou prend la fuite à moto vers le Nigeria, où il se cache durant un mois.
De retour au Niger, il se rend volontairement à la gendarmerie. Après interrogatoires, il est incarcéré à la prison civile de Oualam avant d’être libéré dans le cadre d’une mesure de grâce collective.
Du projet d’assassinat à la séquestration
Les faits démontrent que le coup d’État du 26 juillet 2023 n’était pas improvisé. L’échec de l’assassinat contraint les putschistes à réviser leur plan, optant pour la séquestration du Président Bazoum.
Le facteur temps devient crucial afin d’éviter toute fuite d’informations.
Plan Garkoua : verrouillage de la résidence présidentielle
Dans la soirée du 25 juillet, Tiani ordonne au commandant Madou Maï Boukar de renforcer les mesures d’accès à la résidence présidentielle. À partir de minuit, toute entrée ou sortie est interdite sans autorisation directe de Tiani.
Le rôle ambigu du commandant Madou
Chef de la Sécurité rapprochée du Président, son rôle reste flou. Était-il complice ou simple exécutant ? Après le coup d’État, il est envoyé en formation en RDC avant d’être promu à la tête des Forces spéciales de Tahoua.
Boubacar Maidagi, l’architecte opérationnel
Maidagi faisait partie du cercle restreint des initiés. Coordinateur des opérations, il supervise l’arrestation du ministre Hama Souley et neutralise les éléments loyaux à Bazoum via une mission de diversion fictive à Filingué.
La nuit décisive et le rôle d’Issoufou
Dans la nuit du 25 au 26 juillet, le colonel Ibro informe l’ancien président Mahamadou Issoufou des changements sécuritaires. Issoufou lui conseille explicitement d’obéir aux ordres de Tiani.
Des tensions politiques antérieures entre Issoufou et Bazoum sont révélées, illustrant une rupture profonde au sommet de l’État.
Alerte ignorée et basculement
Vers 1h45, un service de renseignement alerte le ministre Hama Souley de l’imminence du coup d’État. Peu avant son arrestation, il accuse directement Issoufou Mahamadou d’en être l’instigateur.
Le général Modi et la manipulation de la rue
Issoufou promet au général Modi la direction du futur conseil militaire. Modi est chargé de rallier l’armée et de présenter le putsch comme une initiative nationale.
Tiani annoncé mort
Pour mobiliser la rue, une rumeur annonçant la mort de Tiani est diffusée. Jusqu’au 28 juillet, son nom n’est pas officiellement révélé, laissant croire que Modi dirigeait la junte.
Boucliers humains et trahison finale
Tiani prend en otage Bazoum, sa famille et celles des membres de la Garde présidentielle, utilisant ces dernières comme boucliers humains.
Le Président Bazoum se retrouve isolé, trahi par sa garde et abandonné par une armée dirigée par des officiers opportunistes.
Ces vingt-quatre heures révèlent qu’un bain de sang était initialement programmé le 25 juillet 2023. Le destin et des imprévus ont retardé l’exécution de ce plan meurtrier, épargnant la vie du Président Bazoum.
Abdou Pagoui
Citoyen du Monde
#LaPaix



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