Par : Abderrahmane Fares

À l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations 2025 organisée au Maroc, plusieurs incidents impliquant des supporters algériens ont donné lieu à une couverture médiatique soutenue et à des commentaires dépassant le cadre strict des faits constatés. Dans ce contexte, il importe de distinguer les actes pénalement répréhensibles, leur traitement judiciaire effectif, et la manière dont ils sont ensuite intégrés dans des récits médiatiques de certains médias marocains.

Les actes commis par certains supporters sont condamnables et relèvent clairement du droit pénal marocain. Ils ne sont ni excusables ni imputables à l’émotion sportive, et l’intervention ferme des autorités marocaines s’inscrit pleinement dans le fonctionnement normal d’un État de droit.

Sur la période considérée, les faits rapportés se limitent à six incidents distincts, de nature variée et impliquant des individus différents : un vol de matériel de sécurité (talkies-walkies), un acte d’atteinte aux bonnes mœurs (comportement assimilé à une urination en public), un acte de dégradation symbolique (déchirure de billets de banque), des propos injurieux ou incitatifs dans un contexte sportif, des désordres post-match (contestations, tentatives d’intrusion), et des agressions ciblées contre des journalistes en zone mixte. Ces incidents constituent des infractions pénales et des atteintes à l’ordre public ordinaires, de niveau faible à moyen, qui sont traitées par des mécanismes classiques de police judiciaire et de maintien de l’ordre, de poursuite et de justice classiques, sans recours à des tribunaux d’exception, à des pouvoirs d’urgence ou à un traitement juridique fondé sur la nationalité.

Pour contextualiser les choses: les cinq rencontres disputées par l’équipe algérienne ont réuni, match par match, environ 12 000 à 14 000 supporters algériens (Algérie-Soudan), 13 000 à 15 000 (Algérie-Burkina Faso), 12 000 à 15 000 (Guinée équatoriale-Algérie), 14 000 à 18 000 (Algérie-RDC, huitième de finale) et 15 000 à 22 000 (Algérie-Nigeria, quart de finale), soit un cumul compris entre 66 000 et 84 000 présences algériennes en tribunes sur cinq matchs. À cela s’ajoutent, lors du quart de finale à Marrakech, entre 30 000 et 35 000 personnes présentes dans l’espace urbain et les fan zones, indépendamment de l’accès au stade.

Rapportés à ces ordres de grandeur, les six incidents identifiés correspondent à six procédures individuelles ouvertes sur cinq rencontres de l’équipe algérienne, au regard d’un cumul de présences en tribunes compris entre 66 000 et 84 000 selon les estimations, dans un tournoi ayant accueilli plus de 1,1 million de spectateurs au total et ayant donné lieu à environ 150 infractions mineures tous publics confondus. Cette base factuelle est insuffisante pour fonder toute inférence générale.

Là où une vigilance s’impose, en revanche, c’est dans le traitement médiatique cumulatif de ces six faits distincts par les médias marocains et dans les réseaux sociaux, qui a progressivement agrégé dans un récit à lecture collective, sans mise en proportion avec le contexte global de l’événement.

La répétition systématique de la nationalité par certains médias marocains, si elle est factuelle, produit mécaniquement un effet de généralisation qui dépasse le cadre strict de l’information. Le souligner ne revient ni à défendre un régime algérien hostile au Maroc, ni à nier les responsabilités individuelles établies.

Le passage d’actes individuels à un diagnostic global sur l’« état moral » d’un pays constitue, dès lors, un saut analytique qui ne relève ni du droit, ni de la sociologie, ni de l’analyse historique. Le football, par nature événementiel et concentrant des effets de visibilité et de contagion médiatique, ne saurait servir de preuve anthropologique ou civilisationnelle sans tomber dans une lecture culturalisante.

La force des relations entre les peuples repose précisément sur cette distinction : la loi juge des actes, l’information rapporte des faits, ni l’une ni l’autre ne gagne à essentialiser.