Dans une scène qui ressemble davantage à une pièce de théâtre politique qu’à un acte souverain sérieux, le Parlement algérien a adopté à l’unanimité une proposition de loi criminalisant la colonisation française, sous les applaudissements et les acclamations, comme si l’Algérie s’apprêtait à entrer dans une ère de prospérité et de compensations historiques capables de transformer la vie des citoyens.

Derrière cette mise en scène émotionnelle se cache pourtant une réalité bien plus sombre: celle d’un régime en crise, cherchant désespérément une nouvelle carte à jouer pour fuir ses échecs économiques, sociaux et politiques accumulés.

Le vote unanime n’a rien de surprenant dans un pays où l’opposition institutionnelle est inexistante. Le Parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement, sans débat réel ni divergence visible. Toute voix dissonante sait à quel prix elle s’exposerait. Le texte est donc passé sans résistance, non par sa force juridique, mais par la faiblesse du paysage politique.

Cette loi n’a pas pour objectif de traiter sérieusement le dossier colonial sur le plan historique ou juridique. Elle sert avant tout de moyen de pression conjoncturel sur la France, chaque fois que le régime algérien ressent le besoin de créer un ennemi extérieur. La France reste l’adversaire idéal, facile à désigner, permettant de recycler à l’infini le discours de la victimisation.

Quant aux prétendues compensations, elles relèvent du pur fantasme destiné à la consommation interne. Même si, par hypothèse, la France acceptait une quelconque indemnisation, cet argent ne profiterait jamais au citoyen algérien. Il finirait, comme toujours, dans les poches des cercles du pouvoir, tandis que le peuple resterait un simple instrument dans une mise en scène politique.

Plus révélateur encore, la loi précise explicitement qu’elle n’affectera en rien les accords et relations existants entre l’Algérie et la France. Les intérêts des hauts responsables, leurs biens, leurs fonds et leurs familles installées en France demeurent intouchables. L’ennemi est invoqué dans le discours, mais soigneusement épargné dans la réalité.

Au lieu de cette exploitation obsessionnelle du passé, le régime devrait répondre aux vraies questions du présent: qu’a-t-il fait des richesses du pays, où en est le développement, où sont les grands projets, l’économie, la technologie, les infrastructures solides? La réponse est évidente. Une génération entière vit dans le désespoir, le chômage et l’absence totale de perspectives.

La récupération de la révolution, des martyrs et des souffrances du passé colonial ne convainc plus. Les peuples ne vivent pas de lamentations, mais de réalisations concrètes. L’Algérie n’a pas besoin de lois symboliques, mais d’un État qui respecte ses citoyens, construit son présent et prépare son avenir, au lieu de se réfugier éternellement derrière le prétexte de la colonisation.

La rédaction / LEMED24