Par Pedro Canales
Donald Trump et son équipe ont décidé de prendre en main le conflit du Sahara occidental, qui oppose depuis près de cinquante ans le gouvernement marocain et le Front Polisario pour le contrôle de l’ancienne colonie espagnole. Ce conflit a évolué depuis la revendication de ce territoire devant l’ONU en 1957 par le sultan Mohammed V, jusqu’à son enlisement au XXIᵉ siècle, à mesure que la proposition d’autonomie régionale dans le cadre de la souveraineté marocaine, présentée par le roi Mohammed VI devant l’ONU en 2007, a gagné une acceptation croissante à l’échelle internationale.

Cette dynamique s’est heurtée au défi géopolitique algéro-marocain, incluant une période de quinze années d’escarmouches militaires caractéristiques d’un conflit de basse intensité, avec un nombre limité de morts mais des dizaines de milliers de déplacés, pour la plupart réfugiés en Algérie dans des camps de fortune.

À l’échelle internationale, ce conflit revêt une importance faible, voire nulle, à l’exception des pays d’Afrique du Nord et, plus largement, de l’Europe, en raison des conséquences qu’un affrontement armé entre l’Algérie et le Maroc — véritables protagonistes de l’instabilité au Maghreb — pourrait entraîner.

Donald Trump a décidé de prendre le taureau par les cornes et a convoqué « les parties au conflit » — les trois gouvernements maghrébins du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, ainsi que le Front Polisario indépendantiste — afin de préparer les bases d’un plan de règlement.

De la réunion tenue hier à Madrid entre les parties concernées pour faire face au litige portant sur l’ex-colonie espagnole, plusieurs enseignements peuvent être tirés :

La réunion s’est tenue géographiquement en Espagne, mais pas sur le territoire espagnol. Elle a eu lieu au siège de l’ambassade des États-Unis à Madrid, qui constitue un territoire américain.

Les promoteurs, organisateurs et initiateurs de la rencontre ont été les États-Unis. Les réunions ont été présidées par l’envoyé spécial du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, ainsi que par l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz.

La présence à ces rencontres de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, est révélatrice de la volonté de Donald Trump de placer le cadre des négociations sous l’égide des Nations unies. Les réunions ne sont pas organisées par l’ONU, mais par les États-Unis, qui s’appuient sur la couverture onusienne.

Les États-Unis ont imposé, lors de différentes réunions tenues au cours des semaines précédentes avec les acteurs du conflit, que les délégations soient dirigées par les trois ministres des Affaires étrangères du Maghreb — le Marocain Nasser Bourita, l’Algérien Ahmed Attaf et le Mauritanien Mohamed Salem Ould Merzoug — ainsi que par le responsable des relations extérieures du Polisario, Mohamed Yesslem Beissat. Donald Trump n’a pas accepté que les délégations soient conduites par des responsables de second rang.

Alors que le Maroc avait clairement et publiquement accepté des rencontres à quatre, et que la Mauritanie l’avait fait implicitement, l’Algérie et le Polisario avaient, à plusieurs reprises ces derniers mois, rejeté ce format et exigé une formule bilatérale Maroc–Polisario. L’Algérie se déclarait simple observateur et le Polisario ne reconnaissait comme interlocuteur que la puissance qu’il qualifie d’occupante. Washington a contraint les deux parties à accepter le cadre défini par la Maison-Blanche.

L’équipe de négociation de Donald Trump a proposé la création d’un comité technique chargé de définir les modalités des futures négociations, un comité qui, selon toute vraisemblance, sera présidé par les États-Unis.

Aux réunions tenues à l’ambassade américaine à Madrid n’ont participé ni des représentants du gouvernement espagnol, ni du gouvernement français, ni du Groupe des amis du Sahara occidental à l’ONU, un mécanisme diplomatique réunissant l’Espagne, les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni.

L’organisation de la rencontre et ses bases logistiques ont été assurées exclusivement par le personnel de l’ambassade des États-Unis à Madrid, sous la supervision directe de l’ambassadeur Benjamin León Jr., nommé par Donald Trump et confirmé par le Sénat en décembre 2025.

Les réunions de Madrid sont d’ores et déjà considérées comme un tournant majeur — un avant et un après — dans le processus de négociation visant à résoudre un conflit vieux d’un demi-siècle, auquel six secrétaires généraux de l’ONU et leurs six envoyés spéciaux successifs pour le Sahara occidental n’ont pas été en mesure de mettre fin.