La réapparition d’une ancienne vidéo du journaliste algérien Saad Bouakba, datant de quatre à cinq ans, a ravivé le débat autour du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et de la responsabilité du pouvoir algérien dans l’aggravation de la crise politique. Bien que l’enregistrement ne soit pas récent, son contenu retrouve aujourd’hui une forte résonance à la lumière des développements actuels liés à la question kabyle et au droit à l’autodétermination.

De nombreux observateurs saluent l’approche mesurée adoptée par Saad Bouakba, qui a su distinguer les causes profondes des conséquences, à l’opposé du discours dominant basé sur l’insulte et l’accusation de trahison. Selon lui, la manière dont les autorités algériennes ont géré le dossier de la Kabylie a été marquée par l’improvisation et l’aveuglement politique, contribuant à creuser le fossé entre cette région et le pouvoir central.

Dans son analyse, le journaliste souligne que le MAK n’appelait pas fondamentalement au boycott des élections. Au contraire, l’organisation avait intérêt, selon lui, à la tenue de scrutins crédibles, car une participation électorale normale aurait permis de mesurer réellement l’adhésion populaire. Cependant, lors de l’élection présidentielle de 2019, la quasi-absence de participation dans des wilayas comme Tizi Ouzou et Béjaïa s’est imposée comme une forme de fait accompli de l’autodétermination, imposée par le pouvoir lui-même en organisant des élections rejetées par la population.

Saad Bouakba rappelle que les taux de participation extrêmement faibles, parfois inférieurs à 1 %, ne concernaient pas uniquement les citoyens, mais également des responsables locaux et des cadres de certaines administrations. Malgré ces signaux alarmants, les autorités ont persisté dans la même logique lors des échéances suivantes, sans publier de chiffres transparents ni engager une remise en question politique sérieuse.

Le journaliste estime également que faire de Ferhat Mehenni le seul responsable de la situation en Kabylie relève d’une lecture simpliste et erronée. À ses yeux, la crise est avant tout le résultat du refus du régime d’examiner les revendications politiques, notamment l’organisation d’un référendum comme solution démocratique. Il avertit que la poursuite de la répression et du déni ne peut que renforcer le sentiment d’exclusion et de rupture entre les citoyens et l’État.

L’analyse revient aussi sur le rôle historique de la Kabylie dans la guerre de libération nationale, rappelant les sacrifices consentis par ses martyrs. Refuser l’humiliation et l’injustice ne saurait être assimilé à une trahison, affirme Bouakba, soulignant que la véritable trahison réside dans l’acceptation de l’oppression et de l’atteinte à la dignité humaine.

Par ailleurs, le journaliste relie l’impasse politique interne aux difficultés diplomatiques et aux pressions extérieures auxquelles fait face l’Algérie, estimant que la perte de souveraineté décisionnelle est une conséquence directe de l’absence de légitimité populaire et non une cause indépendante.

Cette analyse conclut que l’Algérie traverse une phase critique où le débat politique a cédé la place à la stigmatisation et à la peur, tandis que journalistes, militants et opposants sont poussés vers l’exil ou l’emprisonnement.

La diffusion renouvelée de cette vidéo rappelle que la crise algérienne n’est pas conjoncturelle, mais le produit d’années de marginalisation et de refus du dialogue. Elle confirme également que le traitement de la question kabyle, comme de l’ensemble des dossiers nationaux, ne peut reposer sur la coercition et le discrédit, mais nécessite un dialogue politique sérieux, fondé sur la volonté populaire et le respect des libertés fondamentales.

La rédaction / LEMED24

Regardez la vidéo :
l’intervention du journaliste Hicham Abboud sur ce sujet.