Par Hichem ABOUD
Sous l’égide directe des États-Unis d’Amérique, une réunion décisive consacrée au conflit du Sahara occidental s’est tenue à Madrid, dimanche matin, et s’est achevée après plus de quatre heures d’échanges tendus et ininterrompus. Longtemps repoussée, cette rencontre marque un tournant diplomatique majeur, tant par son format que par les paramètres imposés aux participants.
La séance a été pilotée par de hauts responsables américains, dont Massad Boulos, envoyé spécial du président Donald Trump pour l’Afrique du Nord, et Mike Waltz, chef de la mission américaine auprès des Nations unies. Le Maroc et l’Algérie y ont pris part au plus haut niveau, représentés respectivement par leurs ministres des Affaires étrangères, Nasser Bourita et Ahmed Attaf.
Dès l’ouverture, le cadre était clairement balisé. Les délégations avaient accepté de participer en ayant pleinement conscience d’un principe non négociable : la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée le 31 octobre 2025, laquelle consacre le plan marocain d’autonomie présenté en 2007 comme « la base la plus réaliste et la plus crédible » pour parvenir à un règlement définitif du différend. Ce rappel, martelé à plusieurs reprises par la partie américaine, a structuré l’ensemble des discussions et réduit considérablement les marges de manœuvre des positions algériennes et du Front Polisario.
Des avancées substantielles malgré une atmosphère tendue
Qualifiées de « difficiles » et « complexes » par des sources diplomatiques, les négociations ont néanmoins abouti à des résultats jugés satisfaisants par l’ensemble des participants. La pression exercée par Washington, déterminée à clore un conflit qui entrave depuis des décennies la stabilité régionale, a contraint Alger et le Polisario à infléchir leurs positions, y compris sur des questions sensibles de terminologie et de méthode.
Fait révélateur de la délicatesse du moment, la réunion s’est conclue sans conférence de presse conjointe. Une issue largement anticipée au regard du contexte politique. Seule la délégation américaine est restée sur place, à l’ambassade, afin de rédiger un communiqué final unilatéral, appelé à être diffusé dans la soirée par le Département d’État ou la Maison-Blanche.
Les principaux acquis de la réunion Selon des sources concordantes, plusieurs avancées majeures ont été actées :
Validation de la documentation technique
Washington est parvenue à obtenir de toutes les parties – y compris l’Algérie – la reconnaissance formelle que la version actualisée de l’initiative marocaine, un document d’environ quarante pages, constitue désormais l’unique base de travail pour les discussions techniques. La notion même de « propositions alternatives » est ainsi évacuée du processus, ce qui consacre l’initiative marocaine comme référentiel exclusif.
Création d’une commission technique permanente
Un accord a été trouvé pour la mise en place d’une commission composée d’experts juridiques du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, placée sous supervision américano-onusienne. Cette instance sera chargée d’examiner les modalités concrètes de mise en œuvre de l’autonomie : fiscalité, organisation judiciaire, sécurité locale et répartition des compétences.
Feuille de route « Madrid 2026 »
Les États-Unis ont également arraché un engagement procédural fixant la prochaine étape du processus : une réunion à Washington au mois de mai, destinée à la signature d’un accord-cadre politique ouvrant la voie à la phase de mise en œuvre.
Blocages symboliques, portée limitée
Quelques points de crispation ont néanmoins subsisté, sans toutefois remettre en cause l’orientation générale des discussions.
La photo de famille
Washington a exercé de fortes pressions pour obtenir une image collective réunissant l’ensemble des chefs de délégation, éventuellement en présence de l’émissaire onusien, afin d’envoyer un signal fort de succès diplomatique. La délégation algérienne a opposé un refus catégorique, rejetant toute photographie pouvant suggérer une normalisation politique avant un règlement définitif. La photo n’a pas été prise et la délégation algérienne a quitté les lieux par une sortie dérobée, illustrant sa volonté de maintenir l’apparence d’un rôle de « simple observateur », malgré son implication effective dans les discussions techniques.
La bataille des mots
Le désaccord persiste autour de l’expression « droit à l’autodétermination ». Le Maroc soutient que celui-ci s’exerce pleinement à travers l’autonomie, tandis que l’Algérie tente de s’en tenir à la formulation classique. Là encore, la pression américaine a clairement penché en faveur de l’approche marocaine, reléguant la querelle sémantique au second plan.
Lecture stratégique de la séquence madrilène
Sur le plan diplomatique, le Maroc ressort de cette réunion en position de force. Rabat est parvenu à imposer le registre de la « réalité politique » et à faire de son initiative le seul cadre crédible du processus. Les États-Unis, de leur côté, confirment leur statut de médiateur incontournable, capable de réunir autour d’une même table des acteurs antagonistes, là où les mécanismes onusiens sont restés paralysés durant des années.
Nasser Bourita, le ministre marocain a transformé de facto la discussion en un examen technique plutôt qu’en un débat politique ouvert en présentant le plan d’autonomie à l’aide de diapositives détaillées sur l’architecture institutionnelle, la fiscalité, la justice ou la sécurité locale. Avec subtilité et intelligence, la réunion s’est transformée en une réunion de travail technique et d’une importance capitale pour l’intérêt et l’avenir des citoyens du Sahara marocain.
Pression maximale sur Alger
En définitive, la réunion s’est révélée plus âpre que prévu. Le Maroc affiche sérénité et confiance quant à l’orientation prise par les discussions techniques, tandis que l’Algérie se trouve confrontée à la pression diplomatique la plus intense qu’elle ait jamais connue sur ce dossier. Cette séquence constitue un second revers pour Alger, après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité le 31 octobre 2025, et explique le mutisme total observé depuis.
La simple participation de l’Algérie à cette réunion vaut reconnaissance de facto du plan d’autonomie marocain et consacre son statut de partie intégrante au conflit, et non plus de simple observateur comme elle s’efforçait de le soutenir. Le silence d’Alger sur les véritables raisons de la visite de son ministre des Affaires étrangères à Madrid en dit long sur l’embarras du régime.
Réactions périphériques
Dans les camps de Tindouf, Bachir Mustapha Sayed a vivement critiqué, dans un article publié dimanche, des pourparlers qui, selon lui, ne garantissent pas « l’autodétermination du peuple sahraoui ». La partie espagnole, pour sa part, a recommandé au Front Polisario de saisir cette occasion historique et d’envisager un retour dans sa patrie, tandis que la délégation mauritanienne a déclaré encourager toutes les parties à accepter l’autonomie, estimant qu’elle servirait les intérêts de l’ensemble du Maghreb.
Ainsi, Madrid pourrait bien avoir marqué le début de la fin d’un conflit figé depuis trop longtemps, sous l’effet conjugué du réalisme diplomatique et d’une volonté américaine désormais assumée d’en finir.



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