Dans une démarche reflétant un niveau inédit de tension entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, les autorités algériennes ont officiellement lancé les procédures d’annulation de l’accord de services aériens signé entre les deux pays il y a plus d’une décennie. Cette décision, révélée par l’agence de presse officielle, dépasse le simple cadre technique du transport aérien pour revêtir une dimension politique et diplomatique illustrant la profondeur de la crise latente entre les deux États.
L’accord concerné, signé à Abou Dhabi le 13 mai 2013 et ratifié par décret présidentiel en décembre 2014, constituait le cadre juridique régissant le trafic aérien civil bilatéral. Selon l’agence officielle, l’Algérie a activé l’article 22 de l’accord, qui prévoit la possibilité d’une résiliation via notification diplomatique à l’autre partie, parallèlement à l’information du secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) afin de finaliser les procédures requises.
Cette évolution intervient dans un climat politique tendu, marqué par une accumulation de signes de désaccord depuis l’été 2023. Des cercles politiques et médiatiques algériens relient cette décision à ce qu’ils considèrent comme des positions émiraties défavorables dans plusieurs dossiers régionaux sensibles. Parmi eux figure le sommet des BRICS en Afrique du Sud, où la candidature algérienne a échoué, un revers interprété en interne comme le résultat de manœuvres diplomatiques opposées.
Aucune réaction officielle n’a encore été émise par la partie émiratie, laissant place à diverses interprétations sur l’avenir des relations bilatérales. Toutefois, ce silence ne diminue pas la portée symbolique de la décision algérienne, perçue davantage comme un message politique que comme une simple mesure administrative.
Les tensions s’étaient déjà manifestées dans de précédentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, évoquant un État du Golfe accusé d’ingérence dans les affaires internes de l’Algérie et de tentative de déstabilisation, sans le nommer explicitement. Ces propos avaient alors été largement interprétés comme visant les Émirats.
Si l’annulation de l’accord aérien est menée à son terme, elle pourrait avoir des répercussions économiques et logistiques sur les flux de voyageurs, d’investissements et d’échanges commerciaux. Mais au-delà de ces aspects, elle traduit surtout le passage du différend du registre discursif à celui des décisions souveraines concrètes.
Dans ce contexte, les relations algéro-émiraties semblent entrer dans une phase de test décisive. La décision pourrait soit servir de levier de pression pour redéfinir les équilibres diplomatiques, soit marquer le début d’une escalade plus large redessinant les dynamiques politiques régionales.
La rédaction / LEMED24



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