Ces dernières semaines, l’Afrique du Sud a amorcé un ajustement prudent de sa politique étrangère à l’égard des États-Unis, cherchant clairement à éviter une détérioration supplémentaire de relations déjà fragilisées. Pretoria s’est retrouvée au cœur d’une tempête diplomatique et commerciale croissante, susceptible de menacer ses intérêts économiques et sa position internationale.
Selon plusieurs rapports médiatiques internationaux, les autorités sud-africaines ont pris conscience des limites de leur capacité à engager un bras de fer ouvert avec Washington, dans un contexte marqué par un déséquilibre évident des rapports de force et par une forte dépendance de l’économie sud-africaine aux marchés occidentaux, en particulier au marché américain.
L’un des signes les plus révélateurs de ce recentrage a été la demande adressée à l’Iran de réduire le niveau de sa participation aux récentes manœuvres navales organisées au large de la baie de False Bay, qui rassemblaient également la Chine et la Russie. Téhéran s’est finalement vu attribuer le statut d’observateur, une décision prise sans annonce officielle, mais largement interprétée comme le résultat de pressions diplomatiques indirectes et de la crainte d’aggraver les tensions avec Washington.
Des analystes politiques sud-africains estiment que Pretoria s’est engagée dans une équation risquée, soulignant qu’un affrontement avec les États-Unis aurait un coût extrêmement élevé pour l’Afrique du Sud, sans impact comparable pour la partie américaine. Cette réalité expliquerait l’adoption d’une stratégie visant à absorber le choc plutôt qu’à provoquer l’escalade.
Ces calculs sont d’autant plus complexes que les États-Unis ont récemment brandi la menace d’imposer des droits de douane de 25 pour cent aux pays commerçant avec l’Iran, une mesure qui pourrait affecter gravement des secteurs stratégiques sud-africains, notamment l’automobile et les mines. À cela s’ajoute le risque de perdre les avantages accordés par la loi AGOA, dont bénéficient des milliers d’entreprises sud-africaines et des centaines de milliers d’emplois.
Dans ce contexte, de nombreuses analyses convergent vers l’idée que le gouvernement sud-africain n’a guère de marge de manœuvre pour l’escalade et que l’option la plus réaliste consiste à faire preuve de retenue afin de traverser cette période de turbulences.
Ce repositionnement prudent soulève toutefois des interrogations quant à ses répercussions sur les positions de l’Afrique du Sud concernant des dossiers sensibles, au premier rang desquels la question du Sahara marocain. Les États-Unis ont clairement affirmé leur soutien à la souveraineté du Maroc sur son Sahara et considèrent l’initiative d’autonomie comme la solution politique réaliste et définitive au conflit.
La réunion prévue en avril prochain, consacrée à l’examen de l’évolution de ce dossier, pourrait constituer une étape décisive, dans la mesure où Washington plaide pour une mise en œuvre concrète de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, appelant à des négociations sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie.
Face à ce contexte international en mutation, Pretoria, longtemps considérée comme l’un des principaux soutiens du Polisario, se retrouve confrontée à un coût politique croissant pour le maintien de cette position. Plusieurs observateurs estiment que l’Afrique du Sud pourrait, à tout le moins, modérer son discours sur le Sahara ou adopter une approche moins conflictuelle vis-à-vis de la position américaine, sans pour autant opérer un revirement immédiat et radical.
La question demeure de savoir si ce changement relève d’un simple ajustement tactique destiné à désamorcer la pression américaine, ou s’il annonce une révision plus profonde des orientations de la politique étrangère sud-africaine, à l’heure où les équilibres internationaux deviennent de plus en plus instables.
La rédaction / LEMED24



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