Par Hichem ABOUD
Publié le 08/02/2026
Une phase décisive s’ouvre dans le dossier du Sahara occidental avec la tenue, à Madrid, de discussions ultraconfidentielles réunissant le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario, sous l’égide directe des États-Unis. Loin d’une simple réunion technique, ce conclave marque le passage à des négociations substantielles, discrètes et stratégiques, désormais clairement pilotées depuis Washington, reléguant l’ONU à un rôle secondaire, voire symbolique.
Ces pourparlers s’inscrivent dans une trajectoire déjà engagée, après des consultations à Washington et à Alger. Les États-Unis y imposent leur cadre : la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui consacre le plan d’autonomie marocain comme base « sérieuse, crédible et réaliste ». Dans ce schéma, l’option du référendum est considérée comme obsolète et politiquement enterrée dans les chancelleries occidentales, même si elle demeure le discours officiel du Polisario et de l’Algérie.
Le plan d’autonomie marocain au cœur du jeu
Le cœur des discussions repose sur une version renforcée du plan d’autonomie marocain, largement étoffée depuis 2007. Ce projet prévoit une large autonomie locale sous souveraineté marocaine, avec maintien des symboles régaliens (drapeau, monnaie, intégrité territoriale), tout en offrant des compétences élargies aux institutions régionales sahariennes. Washington estime que le socle est désormais posé, même si certains paramètres pourraient encore être ajustés.
Ce positionnement reflète une évolution stratégique américaine : le Sahara n’est plus un dossier périphérique, mais un enjeu central de sécurité régionale et de rivalité géoéconomique, notamment face à la Chine, en raison des ressources minières et de la stabilité du flanc atlantique du Maghreb et du Sahel.
L’Union Européenne alignée, Algérie contrainte d’assumer son rôle
Un tournant majeur accompagne cette dynamique : l’Union européenne s’est, pour la première fois collectivement, alignée sur le plan d’autonomie marocain. Dans ce contexte, la participation de l’Algérie aux discussions de Madrid a une portée politique lourde. Bien qu’Alger continue d’affirmer ne pas être « partie au conflit », sa présence à la table des négociations consacre de facto son implication directe.
L’Algérie arrive toutefois affaiblie : érosion de ses soutiens internationaux traditionnels, rigidité de sa ligne politico-militaire et isolement diplomatique croissant. En parallèle, des voix internes au Polisario reconnaissent, en privé, que le blocage du dossier tient autant à une dépendance financière et logistique vis-à-vis d’Alger qu’à une conviction idéologique sur l’autodétermination.
Madrid, lieu symbolique mais rôle secondaire
Le choix de Madrid répond à des considérations pratiques et symboliques. Ancienne puissance coloniale du territoire, l’Espagne tente de se positionner comme facilitatrice discrète, tout en ménageant son partenariat stratégique avec le Maroc et en limitant les retombées de la crise avec l’Algérie provoquée par son ralliement au plan marocain. Mais la maîtrise du processus reste clairement américaine.
Vers une reconfiguration du cadre onusien
En arrière-plan, le Maroc vise une réduction progressive, voire un démantèlement, de la Minurso, déjà fragilisée par les restrictions budgétaires de l’ONU. Les prochaines échéances au Conseil de sécurité seront déterminantes. Le véritable défi, à terme, sera moins diplomatique que politique et social : gérer le retour et l’intégration des populations sahraouies des camps de Tindouf après des décennies de structuration séparée.
Les discussions secrètes de Madrid ne déboucheront sans doute ni sur un communiqué spectaculaire ni sur une image historique. Mais elles marquent le véritable lancement de négociations structurées, sous tempo américain, avec un cadre désormais balisé : plan d’autonomie marocain central, UE alignée, ONU marginalisée, et Algérie contrainte d’assumer pleinement son rôle. Une nouvelle phase s’ouvre, où le rapport de forces apparaît nettement recomposé.



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