Le dossier de l’immigration entre la France et l’Algérie est de nouveau au cœur du débat politique et diplomatique, après l’annonce du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, de l’ouverture de nouvelles consultations avec Alger sur plusieurs points de désaccord, notamment l’exécution des décisions d’éloignement du territoire français, parallèlement au lancement d’une révision de l’accord de 1968 encadrant l’immigration algérienne.

Dans des déclarations accordées au Journal du Dimanche, Nunez a indiqué que les échanges bilatéraux étaient entrés dans une phase technique et procédurale, visant à réactiver les expulsions de manière régulière et durable. Il a souligné que l’approche française ne se limite pas à des cas isolés, mais cherche à instaurer un cadre de coopération stable et pérenne.

Le ministre a également révélé qu’une délégation de son département s’était rendue en Algérie la semaine dernière dans le cadre de la préparation du dialogue en cours, évoquant la possibilité d’une visite officielle prochaine. Il a toutefois reconnu que les autorités algériennes n’ont pas encore repris l’accueil de leurs ressortissants faisant l’objet de décisions d’éloignement en France.

En parallèle, le ministère de l’Intérieur français a lancé un chantier de révision de l’accord de 1968, dans l’objectif de dégager une nouvelle base commune sur les questions liées à la migration et à la mobilité, dans un contexte de débat politique interne intense sur l’avenir de ce texte historique.

Cette évolution intervient après le vote de l’Assemblée nationale française, fin octobre dernier, en faveur d’une recommandation appelant à l’abrogation de l’accord, avant que le Premier ministre ne précise que la position du gouvernement privilégie une révision de ses dispositions plutôt qu’une suppression pure et simple.

Signé six ans après l’indépendance de l’Algérie, l’accord franco-algérien de 1968 constitue l’un des piliers juridiques de l’organisation de l’immigration entre les deux pays. Il permettait initialement l’entrée annuelle de 35 000 travailleurs algériens en France et leur accordait des avantages spécifiques en matière de séjour, d’emploi et de regroupement familial.

Cet accord s’inscrit dans le prolongement des accords d’Évian de 1962, qui avaient mis fin à 132 ans de colonisation française en Algérie et consacré la liberté de circulation des Algériens entre les deux pays. Toutefois, les flux migratoires importants ayant suivi l’indépendance ont conduit Paris à instaurer progressivement des restrictions, débouchant sur la version définitive de l’accord de 1968.

Négocié par des figures politiques de premier plan, dont l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika, le texte a dès l’origine accordé aux Algériens un statut juridique particulier en France, faisant de cette question un sujet sensible et récurrent dans les relations bilatérales.

Au fil du temps, l’accord a fait l’objet de plusieurs amendements, notamment en 2001, facilitant la régularisation des Algériens mariés à des Français, l’accès aux droits sociaux pour leurs familles, ainsi que l’obtention de la nationalité française pour les Algériens nés en France après une longue résidence.

Le débat actuel autour de l’accord de 1968 ravive les controverses en France sur sa pertinence dans le contexte actuel, entre appels à sa révision ou à son abrogation et mises en garde contre un risque de nouvelles tensions diplomatiques avec Alger, alors que les deux pays tentent de rétablir un minimum de confiance après des années de relations difficiles.