En deux jours, la France a remis en cause l’accord migratoire de 1968 et l’ONU a validé le plan marocain sur le Sahara occidental. Entre revers diplomatique et isolement politique, l’Algérie voit vaciller ses positions historiques.

Par Xavier Driencourt *
On a beaucoup parlé de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui, en contrepartie de l’abandon implicite de la libre circulation voulue à Évian par les négociateurs, donnait des avantages exorbitants aux ressortissants algériens. Le rapport parlementaire des députés Charles Rodwell et Mathieu Lefèvre décrit dans le détail ces multiples avantages tout au long du processus migratoire. En réalité, c’est la combinaison de trois choses qui a scellé ces privilèges : l’accord de 1968, la convention franco-algérienne de sécurité sociale de 1980 et la folle jurisprudence du Conseil d’État.
C’est sur le premier texte, l’accord de 1968, que les critiques de la quasi-totalité de la classe politique se sont concentrées. Du RN au « bloc central », les hommes et femmes politiques étaient d’accord pour mettre fin à ces privilèges. La force du RN a été de réussir à « fédérer » ces critiques dans sa résolution demandant l’abrogation de l’accord de 1968. Sur le plan interne, ce « coup de tonnerre » a valeur d’avertissement pour le gouvernement. Pour ma part, j’y vois trois choses : d’abord, une victoire symbolique pour Marine Le Pen et son groupe politique ; on l’a assez dit, c’est la première fois que ce parti réussit à faire voter un texte et qu’il obtient une majorité. Ensuite, le RN a réussi à faire « l’union des droites » sur un sujet explosif, l’Algérie et l’immigration : le sujet algérien fait de plus en plus consensus. Enfin, même si la résolution votée n’a pas de valeur contraignante, il n’empêche que l’idée fait son chemin et que ni le président, ni le Premier ministre, ni le ministre des Affaires étrangères ne peuvent écarter d’un revers de main cette résolution. Sébastien Lecornu ne s’y est d’ailleurs pas trompé.

*Xavier Driencourt a été ambassadeur de France en Algérie
de 2008 à 2012, puis de 2017 à 2020