Dans un développement politique marquant et sans précédent, Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), a annoncé ce dimanche depuis la capitale française Paris ce qu’il a qualifié de naissance de la République fédérale de Kabylie, proclamant officiellement son indépendance vis à vis de l’Algérie. Une initiative susceptible d’ouvrir un nouveau chapitre de tensions politiques avec le régime algérien.

L’annonce a été faite lors d’une conférence organisée dans une salle privée d’un hôtel parisien de luxe, après que les autorités françaises ont interdit la tenue de l’événement au Palais des Congrès de Versailles pour des raisons sécuritaires. Malgré cette interdiction, les organisateurs ont réussi à contourner la décision par une procédure judiciaire en urgence, leur permettant de maintenir la rencontre dans un autre lieu, avec une présence notable.

Selon des sources proches du mouvement, la conférence a réuni près de 200 invités et personnalités, parmi lesquels des militants kabyles, des figures affiliées au MAK, ainsi que des délégations étrangères et des soutiens internationaux. L’événement a été présenté comme une étape symbolique fondatrice d’une nouvelle phase de lutte politique pacifique.

Dans son discours inaugural, Ferhat Mehenni a souligné que cette initiative représentait, selon ses termes, un moment historique pour un peuple accédant à la liberté par des voies pacifiques. Il a affirmé que la proclamation de la République fédérale de Kabylie constituait l’expression politique d’une volonté collective enracinée de longue date, et non un acte isolé ou personnel. Il a également remercié les participants et les délégations étrangères présentes, insistant sur le caractère politique structuré et ancien du projet.

La conférence a également été marquée par la présentation d’images officielles de la signature de ce qui a été qualifié d’acte de naissance de la République fédérale de Kabylie, dans une mise en scène à forte portée symbolique que le mouvement a tenu à documenter médiatiquement afin de lui conférer une dimension officielle et internationale.

Cette annonce intervient dans un contexte de tensions chroniques entre le pouvoir algérien et la région de Kabylie. Le mouvement accuse les autorités d’Alger de répression et de marginalisation systématiques, dénonçant le recours quasi exclusif à l’approche sécuritaire et la criminalisation des revendications politiques, notamment par la qualification de terrorisme. Les autorités algériennes ont en effet émis, par le passé, des mandats d’arrêt et prononcé de lourdes condamnations à l’encontre de dirigeants et de militants du MAK, classé officiellement comme organisation terroriste.

Pour plusieurs observateurs, cette proclamation, bien que symbolique, met en lumière la profondeur de la crise politique opposant le régime central à la Kabylie. Elle illustre également l’incapacité du pouvoir algérien à gérer les différends politiques par des mécanismes démocratiques, contrairement à certaines expériences régionales ayant privilégié le dialogue et la concertation.

À l’heure actuelle, aucune réaction officielle n’a été enregistrée du côté des autorités algériennes. Toutefois, des analystes s’attendent à une nouvelle escalade verbale, dans un contexte où les critiques internationales sur le bilan de l’Algérie en matière de libertés publiques et de droits humains se multiplient.

L’annonce de la naissance de la République fédérale de Kabylie constitue ainsi une étape politique symbolique forte, mais surtout un indicateur supplémentaire de l’impasse politique en Algérie et de la persistance d’un affrontement entre un régime attaché aux solutions sécuritaires et des mouvements politiques qui considèrent l’autodétermination comme une issue à la marginalisation et à la répression.

La rédaction / LEMED24

Regardez la vidéo :
l’intervention du journaliste Hicham Abboud sur ce sujet.