Par Abderrahmane Fares
En finance, un système de Ponzi est un montage frauduleux qui rémunère les premiers investisseurs avec l’argent des suivants. Il tient tant que l’argent frais afflue. Il s’effondre quand la réalité mathématique rattrape la promesse.
Le 27 janvier 2026, l’État algérien a lancé un emprunt obligataire « inédit » de 297 milliards de dinars à 6 %.
Le même jour, il a fait disparaître l’homme qui venait de prouver que son principal actif industriel ne valait rien.
Cet homme s’appelle Djelloul Slama. Économiste. Expert en ingénierie financière. Ni opposant, ni militant, ni journaliste. Un technicien.
Son crime ? Avoir fait une division. En public. À la télévision.
Le régime militaire d’Alger venait d’annoncer le plus grand projet industriel de son histoire : Gara Djebilet. Une mine de fer géante dans le Sahara. Une voie ferrée de 950 kilomètres. Un « partenariat stratégique » avec la Chine. Des milliards de dollars. L’avenir radieux de la nation.
Slama a sorti sa calculatrice.
3,5 milliards de dollars d’infrastructure. 65 millions de revenus annuels. Résultat : cinquante-trois ans pour atteindre l’équilibre. Sans les intérêts. Sans l’entretien. Sans les dépassements.
Il a prononcé une phrase : « Vous avez dépensé 3,5 milliards. Pour atteindre l’équilibre, il faut cinquante ans. Pour ne pas dire soixante. »
Il a ajouté une phrase: « ce projet est un laboratoire à ciel ouvert. »
En janvier 2026, la Gendarmerie est venue le chercher.
Depuis, plus rien. Pas d’accusation. Pas de procès. Pas d’avocat. Disparu.
Nous avons voulu comprendre pourquoi.
Nous avons épluché les registres d’entreprises chinois. Consulté les archives du ministère du Commerce de Pékin. Analysé les structures du consortium. Retracé les flux financiers. Identifié les bénéficiaires.
Ce que nous avons trouvé n’est pas un scandale.
C’est un viol.
Le viol méthodique, organisé, industriel d’une nation par ceux qui prétendent la diriger.
Slama n’a pas été arrêté pour une opinion politique.
Il a été effacé pour avoir révélé l’équation du Ponzi.
Le régime a promis une mine « de classe mondiale » pour remplacer le pétrole. Il a engagé des milliards de dépenses immédiates. Mais le minerai est inexploitable, quatre cents fois la norme de phosphore acceptable. La technologie pour le traiter n’existe pas. Les revenus sont un mirage. Le projet ne remboursera jamais la dette contractée pour le construire.
Alors, pour maintenir l’illusion et payer les contrats des généraux, l’État doit trouver de l’argent frais. Il lance un emprunt national. Il hypothèque le pays pour payer les factures d’un projet qui ne rapportera rien avant 2080.
Ce n’est pas de l’incompétence. Ce n’est pas un « mauvais investissement. »
C’est une cavalerie financière à l’échelle d’une nation.
L’argent des obligataires d’aujourd’hui paie les sous-traitants d’hier, sur la promesse d’une richesse future qui n’existera jamais.
Une entreprise de panneaux solaires sans expérience minière qui détient des parts dans le plus grand projet de fer d’Afrique. Un constructeur chinois blacklisté par la Banque Mondiale pour corruption et blanchiment. Des sous-traitants fantômes, créés plusieurs mois avant les contrats, facturant trois fois le prix du marché. Un « laboratoire de recherche » qui encaisse des dizaines de millions pour développer une technologie qui n’existe nulle part dans le monde. Un emprunt national « au porteur » lancé le jour même de la disparition de Slama, parfait pour blanchir le cash des généraux.
Et au centre de tout : deux clans. L’Armée. La Présidence. Entre 500 millions et 1,5 milliard de dollars à s’arracher sur le corps d’un pays.
Slama a menacé ce carnage avec une calculatrice.
On l’a fait taire.
Voici ce qu’il avait trouvé.

PREMIÈRE PARTIE : LE MENSONGE
On vous a menti.
On vous parle d’un « partenariat stratégique sino-algérien. » On montre des cartes. Des Plans. Des inaugurations. Des poignées de main devant les caméras. On annonce le plus grand gisement de fer d’Afrique. Une voie ferrée de 950 kilomètres à travers le Sahara. L’avenir industriel de la nation. La renaissance économique. L’Algérie nouvelle.
Un homme a sorti sa calculatrice.
Et tout s’est effondré.
Cet homme c’est Djelloul Slama, économiste et expert en ingénierie financière. Il n’est ni militant, ni politique, ni opposant, ni journaliste. C’est un technicien.
Il a fait ce qu’aucun technicien n’est censé faire dans ce pays : il a compté.
Il a regardé le minerai. Il a regardé les coûts. Il a regardé les revenus. Et il a posé la question interdite à la télévision : où était la rentabilité ?
Il est porté disparu depuis plusieurs jours.

Commençons par ce que le régime militaire d’Alger ne dit jamais.

Le minerai.
Le fer de Gara Djebilet contient 0,8 % de phosphore.
Ce chiffre ne vous dit rien ? Il devrait.
La norme mondiale pour un minerai commercialisable est de 0,002 %. Le gisement algérien contient donc quatre cents fois la limite acceptable.
Ce n’est pas du minerai. C’est du déchet industriel.
Sur les marchés mondiaux, ce type de fer est classé « haute impureté. » Les sidérurgistes européens n’en veulent pas. Les Indiens n’en veulent pas. Les Chinois eux-mêmes (les Chinois qui achètent tout) ne l’acceptent qu’avec une décote massive : moins 25 dollars la tonne. Au minimum.
Le régime militaire d’Alger a une réponse. Une promesse. On va « déphosphorer » ce minerai. Une technologie miracle. Un procédé révolutionnaire.
Cette technologie n’existe nulle part dans le monde.
Elle est « en cours de développement. » Elle fait l’objet d’« études de faisabilité. » Elle sera prête « bientôt. »
Bientôt. Toujours bientôt.
En attendant, l’Algérie paie.
Passons à l’investissement.
On vous parle de milliards chinois. D’un afflux de capitaux étrangers. D’une injection massive dans l’économie nationale.
Nous avons enquêté et cherché. Partout.
Nous avons épluché les registres d’entreprises chinois. Les archives du ministère du Commerce de Pékin. Les déclarations officielles du consortium CMH.

Résultat : zéro.

Il n’existe aucune trace d’un transfert de fonds chinois vers le Trésor algérien. Pas un yuan. Pas un dollar. Rien.
Derrière le « partenariat » se cache en réalité un simple contrat Ingénierie, approvisionnement, construction appelé aussi EPC (Engineering, Procurement, Construction). En clair : l’Algérie paie la Chine pour construire l’infrastructure. La Chine ne paie rien à l’Algérie pour exploiter la mine.
L’argent coule dans un seul sens.

D’Alger vers Pékin.

Venons-en aux chiffres.
Les chiffres que le régime militaire d’Alger refuse de publier. Les chiffres que Djelloul Slama a calculés.
Coût de la voie ferrée : 3,5 milliards de dollars. Minimum. Sans les installations minières. Sans les ports. Sans les dépassements.
Revenus annuels de l’exportation de minerai brut, dans l’hypothèse la plus optimiste : 65 millions de dollars.
Faites la division.
Pour rembourser la seule infrastructure ferroviaire, il faut cinquante-trois ans.
Sans les intérêts.
Sans l’entretien.
Sans les inévitables dépassements de coûts.
Et ce calcul suppose que le minerai soit vendable. Or il ne l’est pas. Pas sans la fameuse technologie de déphosphoration. Qui n’existe pas.
Le retour sur investissement réel ?

Jamais.
Djelloul Slama a résumé la situation en une phrase.
Une phrase qui lui a coûté sa disparition.
« Vous avez dépensé 3,5 milliards de dollars. Pour atteindre l’équilibre, il faut cinquante ans. Pour ne pas dire soixante. »
Il a ajouté un mot. Un seul mot qui a tout fait basculer.
Il a appelé Gara Djebilet ce qu’elle est : « un laboratoire à ciel ouvert. »
Une expérience. Un test grandeur nature. Financé par le contribuable algérien.
Si la technologie fonctionne un jour, la Chine aura développé un procédé révolutionnaire (aux frais de l’Algérie). Elle pourra l’appliquer partout dans le monde. Elle en tirera des milliards.
Si elle échoue – et elle échouera – les entreprises chinoises auront encaissé 3,5 milliards de dollars de contrats de construction. Et l’Algérie restera avec une voie ferrée vers nulle part. Un monument au milieu du désert. Un tombeau de béton et d’acier pour les rêves d’une nation.
En janvier 2026, Djelloul Slama a été enlevé.
Pas d’accusation publique.
Pas de procès.
Pas d’avocat.
Pas de trace.
La Gendarmerie est venue le chercher. Il a disparu.
Donc reprenons les faits. Rien que les faits.
Le gisement est connu depuis 1952. Soixante-dix ans d’études. Soixante-dix ans de rapports. Tous arrivent à la même conclusion : le minerai est inexploitable en l’état.
Trop de phosphore. Pas de rentabilité avant 2050. Au mieux.
Alors pourquoi investir six milliards maintenant ?
Parce que le but n’est pas d’extraire du fer. Le but est d’extraire de l’argent.
Dans ce système, le profit ne vient pas de la production. Il vient des contrats de construction. Des appels d’offres. Des commissions. Des surfacturations. L’argent quitte le Trésor public. Il transite par des entreprises écrans. Il arrive dans des comptes à Dubaï, à Genève, à Singapour.
La mine ? Un décor. La voie ferrée ? Un alibi.
Le vrai produit, c’est le transfert de fonds.
Si ses calculs avaient été faux, le régime les aurait réfutés.
Avec des chiffres. Avec des audits. Avec des contre-expertises. Avec des communiqués triomphants démontrant l’erreur du « pseudo-expert. »
Il ne l’a pas fait.
Il a envoyé ses hommes.
Il a fait disparaître le comptable.

C’est un aveu.

Gara Djebilet: confrontation entre le récit officiel et les données techniques, financières et contractuelles disponibles.

DEUXIÈME PARTIE : LA MÉCANIQUE DU PILLAGE

Comment vole-t-on 3,5 milliards de dollars sans laisser de traces ?
Il ne faut pas chercher les valises de billets. Les voleurs du régime militaire d’Alger ne laissent pas de valises.
Il faut chercher les nœuds d’extraction. Les points dans le circuit financier légal où l’argent public est détourné vers des poches privées. Des mécanismes invisibles. Des signatures anodines. Des contrats qui semblent normaux, jusqu’à ce qu’on regarde de plus près.
Nous avons regardé de près.

Premier nœud : l’entreprise fantôme.

Le consortium chinois chargé du développement du gisement de fer de Gara Djebilet, mis en place dans le cadre du contrat EPC avec l’Algérie, s’appelle CMH et est associé à l’algérien FERAAL, filiale du groupe public SONAREM.
Ce consortium chinois comprend deux géants d’État : MCC (China Metallurgical Corporation) et CWE (China Gezhouba Group). Des mastodontes de l’industrie. Des entreprises légitimes avec des décennies d’expérience. Des groupes soumis à des chaînes de validation strictes, audits, contrôles internationaux, exigences de la Banque mondiale, où toute tentative de blanchiment serait trop visible, laissant derrière elle des dizaines de signatures et de tampons.
Et puis il y a le troisième membre.

Hunan Shengshi Sunshine Technology Co., Ltd.

En français : « Hunan Heyday Solar. »
Nous avons consulté les registres d’entreprises de la province du Hunan. Cette société est spécialisée dans les panneaux solaires. Les énergies renouvelables. Elle n’a aucune expérience en extraction minière. Aucune compétence en métallurgie. Aucun antécédent dans le fer.
Pourtant, elle siège et détient des parts dans le consortium à égalité avec MCC et CWE.

Que fait une petite entreprise de panneaux solaires dans le plus grand projet minier d’Algérie ?
La réponse est simple.
Elle n’est pas là pour produire de l’énergie.
Elle est là pour porter des parts.
Dans les affaires de corruption internationale, ce type de structure a un nom : un intermédiaire. Une coquille. Un canal pour faire transiter des fonds hors des radars de conformité des grandes entreprises d’État. Car Hunan Heyday Solar n’est pas soumise aux mêmes contraintes de transparence que MCC et CWE.
Voici le mécanisme.
Dans un projet légitime, si vous avez besoin d’électricité, vous engagez un prestataire. Vous le payez. Il installe ses équipements et fournit ses services. Il part. Vous ne lui donnez pas un siège au conseil d’administration. Vous ne lui offrez pas une part du capital de la mine.
Sauf si cette part ne lui appartient pas vraiment.
Hunan Solar n’a probablement pas versé d’argent liquide dans la joint-venture. Elle a apporté des « équipements » ce qu’on appelle communément “un apport en nature” , valorisés sur le papier à des montants grotesques.
Une centrale solaire de 50 millions dollars US devient 200 millions dollars US dans les livres comptables. 150 millions dollars US de valeur fantôme. Des parts qui n’ont rien coûté mais qui rapporteront des dividendes.
À qui appartiennent vraiment ces parts ?
Une société écran détient des actions pour le compte d’un bénéficiaire caché. Un ministre. Un général. Un fils de président.
Quand la joint-venture verse des dividendes ou des « frais de service » à Hunan Solar, l’argent est propre. Il transite de l’Algérie vers la Chine, puis vers un compte privé à Singapour ou à Dubaï.

La question qui tue : montrez-nous l’appel de fonds.

Hunan Solar a-t-elle viré du cash dans le compte de la joint-venture ?
Si elle détient des parts sans avoir payé, ces parts sont le véhicule du pot-de-vin.
Estimation : 100 à 200 millions de dollars en valeur d’actifs.

Deuxième nœud : le racket du sable.

La voie ferrée est construite par CRCC, China Railway Construction Corporation.
Ce nom devrait faire sursauter tout Algérien.
CRCC a construit l’autoroute Est-Ouest. Le plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays. Surfacturations massives. Malfaçons. Pots-de-vin aux plus hauts niveaux de l’État. Des ministres en prison. Des milliards évaporés.
CRCC a également été sanctionnée par la Banque Mondiale pour des pratiques frauduleuses, de corruption et de blanchiment d’argent.
C’est cette entreprise – ce récidiviste – que le régime militaire d’Alger a choisie pour Gara Djebilet.
Par hasard, sans doute.
Voici comment fonctionne le racket.
Une voie ferrée de 950 kilomètres dans le désert, c’est 80 % de terrassement. Du sable. Du gravier. Du béton. Des millions de tonnes d’agrégats. Des milliers de camions. Des millions de litres de carburant.
CRCC amène les ingénieurs chinois. Mais le gravier, les camions, le diesel, elle ne les importe pas de Chine. Elle les achète sur place.
À qui ?
Le tracé traverse une zone militaire. La région de Tindouf-Bechar est sous contrôle de l’Armée. Seules les entreprises « autorisées » peuvent y opérer.
CRCC achète donc du matériel à des entreprises autorisées par le ministère de la Défense. Comprenez : Chengriha.
CRCC est contrainte d’embaucher des sous-traitants locaux spécifiques autorisés par le ministère de la Défense. Des sociétés de transport. Des fournisseurs d’agrégats. Des prestataires de carburant. Comprenez : Chengriha.
Ces sociétés facturent trois fois le prix du marché.
CRCC paie. Et refacture à l’État algérien.
Relisez ce paragraphe. Lentement.
Une entreprise chinoise, blacklistée par la Banque Mondiale pour corruption et blanchiment d’argent, achète des services et de la sous-traitance à trois fois le prix du marché auprès d’entreprises autorisées par le ministère de la Défense.
Qui sont ces entreprises ? On ne sait pas. Leurs noms ne sont pas publics. Leurs propriétaires sont invisibles.
CRCC, récidiviste de la corruption, paie les sous-traitants du clan militaire, en cash et en transferts directs, via des paiements officiels en Algérie, complétés par des paiements externes dans des juridictions offshore couramment utilisées dans les circuits sino-africains: Dubaï, Singapour et Hong Kong.
Ensuite, CRCC se retourne vers le Trésor public de l’État algérien. Et présente la facture. Gonflée. Trois fois le prix réel.
Et l’État paie.
Avec quoi ?

Avec l’argent du contribuable algérien.

Voilà le circuit. Une boucle fermée. Un système parfait.
C’est cela, le « partenariat stratégique. »
C’est cela, Gara Djebilet.
Qui possède ces sociétés ?
Cherchez dans les registres du commerce de Tindouf et Bechar. Vous trouverez des entreprises créées il y a six à vingt-quatre mois. Détenues par des « inconnus », des prête-noms. Recevant des contrats de 50 millions de dollars.
Ces « inconnus » portent souvent le même nom de famille que des généraux. Ou sont leurs beaux-frères. Souvent leurs beaux-fils. Ou leurs cousins.

Le pot-de-vin n’est pas une valise. Le pot-de-vin est un contrat de sous-traitance.

Estimation : 350 millions de dollars, 10 % du budget ferroviaire.

Troisième nœud : le laboratoire de recherche.

Le minerai est inexploitable en l’état. Il faut le « déphosphorer. » La technologie n’existe pas. Alors on fait de la « recherche. »
Dans un projet normal, c’est un problème.
Ici, c’est une fonctionnalité.
Si vous construisez une usine, vous devez la terminer. Il y a une date de livraison. Un produit final. On peut vérifier.
Mais si vous faites de la « recherche » ? Des « études de faisabilité » ? Des « phases pilotes » ?
Vous pouvez facturer pendant des années sans jamais rien livrer.
Le budget comprend des centaines de millions pour « l’assistance technique », les « transferts de technologie », les « licences de procédés propriétaires. »
Ce sont des services immatériels. On ne peut pas les peser. On ne peut pas les compter. On ne peut pas les auditer comme on audite un tas de briques.
Le consortium facture 50 millions pour une « étude pilote de déphosphoration. » Le coût réel en Chine : 5 millions. Les 45 millions restants sont partagés. Moitié pour l’entreprise chinoise. Moitié versée en « frais de conseil » à une société de consulting basée à Dubaï, détenue par le décideur algérien qui a signé le contrat.
Le but n’est pas de résoudre le problème du phosphore. Le but est de continuer à facturer l’échec.
Estimation : 50 à 80 millions de dollars par an, pendant toute la « phase de développement. » C’est-à-dire : plusieurs années, au moins 4 ans…

Quatrième nœud : le vol futur.

La Chine est le seul acheteur possible. Le minerai est trop mauvais pour les autres marchés.
C’est un monopsone. Un marché avec un seul acheteur. Et cet acheteur est aussi le constructeur, l’exploitant et le partenaire.
Il n’y a pas de « prix de marché. » La Chine achète à elle-même.
La joint-venture vend le minerai à une société de négoce chinoise. Prix déclaré : 40 dollars la tonne. Justification : « pénalité qualité. »

L’État algérien perçoit des taxes sur ces 40 dollars. Presque rien.

La société de négoce chinoise transforme le minerai et vend l’acier à 150 dollars.

Le profit a été déplacé. Il n’est plus en Algérie. Il est en Chine.

Et les élites algériennes ? Elles touchent une commission fixe par tonne exportée, versée sur un compte à Dubaï, sans rapport avec la rentabilité officielle du projet.

Le calcul de Slama, « 53 ans pour l’équilibre », prouve que le prix officiel est trop bas. Si le prix est trop bas, c’est que le profit est fait ailleurs. Et que quelqu’un est payé pour regarder ailleurs.

Estimation : 10 à 30 millions de dollars par an, en revenus récurrents.

Qui mange quoi ?

L’Algérie est une kleptocratie bicéphale. Deux têtes. Deux clans. L’Armée et la Présidence.

Ils ne s’aiment pas. Mais ils savent partager un butin.

À Gara Djebilet, le partage est simple.

L’Armée mange la terre. Elle contrôle le territoire, la zone militaire de Tindouf-Bechar. Elle prélève sur tout ce qui bouge : les camions, le carburant, le sable, la sécurité.

La Présidence mange le papier. Elle contrôle les signatures, les ministères, les contrats, les participations. Elle prélève sur tout ce qui s’écrit : les accords, les études, les parts de capital.

Le clan Chengriha.

Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major, et ses hommes.

Le racket du sable et du gravier. Le monopole du carburant. La restauration des ouvriers chinois. Les escortes de sécurité.

350 millions de dollars.

Le clan Tebboune.

Le président Abdelmadjid Tebboune, son fils Khaled, et leurs proches.

Les parts fantômes via Hunan Solar. Les frais de facilitation. Le trou noir de la « recherche. »

100 à 200 millions de dollars en amont. Plus 50 à 80 millions par an pendant la phase de développement.

Total estimé du pillage : entre 500 millions et 1,5 milliard de dollars.

Sur un projet de 3,5 à 11 milliards, c’est un « taux de corruption » de 10 à 20 %. Similaire au taux du projet de l’autoroute Est-Ouest.

La Disparition de Djelloul Slama

Quand Djelloul Slama a fait ses calculs, il a marché sur un champ de mines.

En disant « la voie ferrée coûte trop cher », il menaçait directement 350 millions de dollars du clan Chengriha.

En disant « la mine est un laboratoire », il menaçait directement 100 à 200 millions de dollars du clan Tebboune, plus 50 à 80 millions par an.

Il s’est retrouvé dans la ligne de tir d’un système à deux têtes.

Les deux têtes ont frappé.

TROISIÈME PARTIE : LE FINANCEMENT PUBLIC

On vous a montré le vol.

Les entreprises fantômes. Le racket du sable. Le laboratoire permanent. Les deux clans qui se partagent le butin.

Maintenant, parlons de la fuite en avant.

Le 27 janvier 2026, au moment même où Djelloul Slama disparaissait, le ministère des Finances lançait une opération sans précédent.

Un emprunt obligataire national.

297 milliards de dinars. Environ 2,2 milliards de dollars.

On vous présente cela comme une « modernisation. » Une « ouverture aux marchés financiers. » Une « opportunité pour les citoyens de participer au développement national. »

Regardons de plus près.

Si les revenus du pétrole et du gaz suffisaient à financer le budget et les « mégaprojets », pourquoi l’État emprunterait-il à ses propres citoyens ?

À 6 % net d’impôts ?

Les monarchies du Golfe empruntent à 2 %. Les pays africains stables empruntent à 4 %. L’Algérie, avec ses réserves de gaz et son « excédent commercial », emprunte à 6 %.

Le Trésor est à sec.

Les réserves de change ont fondu. Les importations continuent. Les chantiers doivent rester ouverts. Les salaires doivent être payés.

Et CRCC exige d’être payée. Maintenant.

Alors on emprunte. Au peuple.

L’État lève 2,2 milliards auprès des citoyens. Il paie CRCC pour la voie ferrée. CRCC reverse les commissions aux clans.

L’argent des Algériens finance les pots-de-vin de leurs dirigeants.

Regardez les modalités de l’emprunt.

Les obligations sont « émises au porteur. »

En coupures de 100 000 dinars et de 1 000 000 de dinars.

« Au porteur. » Un titre sans nom. Pas de registre. Pas de traçabilité. Celui qui détient le papier possède l’argent.

Qui possède des montagnes de cash en dinars qu’il ne peut pas déposer en banque ?

Les généraux. Les ministres. Les contrebandiers reconvertis en « hommes d’affaires. » Toute la nébuleuse de l’économie grise.

Voici le mécanisme.

Vous avez 500 millions de dinars en liquide. De l’argent sale. Des commissions accumulées. Vous ne pouvez pas les déposer en banque sans déclencher les alertes anti-blanchiment.

L’État lance un emprunt « au porteur. »

Vous achetez pour 500 millions d’obligations. En liquide. Personne ne vous demande d’où vient l’argent. Personne ne note votre nom.

Votre argent sale devient un actif garanti par l’État. Un placement sûr. 6 % par an. Exonéré d’impôts.

Vous avez blanchi un demi-milliard. Légalement.

L’État récupère les liquidités de l’économie grise.

Les criminels nettoient leur cash.

Tout le monde y gagne. Sauf le peuple.

Il y a pire.

L’emprunt est structuré en « Sukuk Ijara », un mécanisme de finance islamique basé sur le leasing.

Les obligations sont « adossées à des biens et actifs publics réels. »

Contrairement à une obligation classique, un Sukuk nécessite un actif physique sous-jacent. Des terrains. Des bâtiments. Des infrastructures.

Les détenteurs possèdent théoriquement l’usufruit de ces actifs.

Le régime hypothèque le patrimoine national pour lever du cash immédiat.

Quels actifs ? On ne sait pas. Les gares ? Les ports ? Les aéroports ? La voie ferrée de Gara Djebilet, celle qui ne transportera jamais de fer rentable ?

Et si l’État fait défaut ?

La propriété devient contestable. Les détenteurs des Sukuk, les généraux qui ont blanchi leur cash, pourront faire valoir leurs droits sur les infrastructures nationales.

L’État emprunte aujourd’hui.

Il hypothèque demain.

Il ne pourra pas rembourser, parce que Slama a prouvé que les projets financés ne seront jamais rentables.

Il devra émettre de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens.

Il s’agit d’un montage financier de type Ponzi.

Un dernier détail.

Les revenus sont « exonérés de tout impôt et taxes. »

6 % net. Garanti par l’État. Sans impôts.

Qui se soucie d’une exonération fiscale ?

Pas le citoyen ordinaire qui se soucie du prix du pain.

L’exonération, c’est un cadeau pour ceux qui ont des millions à placer. Pour ceux qui cherchent à échapper au fisc.

L’État paie 6 % d’intérêts aux plus fortunés. Sans leur demander un centime d’impôt.

Qui paie ces intérêts ?

Le contribuable. Par l’inflation. Par la dévaluation du dinar. Par la hausse des prix.

Un transfert de richesse. Du bas vers le haut. Du peuple vers les clans.

Résumons la séquence.

Djelloul Slama prouve que Gara Djebilet est un gouffre financier.

Il disparaît.

Le même moment, l’État lance un emprunt massif.

« Au porteur », parfait pour blanchir l’argent sale des clans.

En « Sukuk », qui hypothèque les actifs nationaux.

À 6 % exonéré d’impôts, un cadeau pour l’élite.

On fait taire celui qui compte.

Et on continue à pomper.

Une seule question permettrait de tout vérifier.

« Le Trésor peut-il fournir la ventilation des achats d’obligations de 1 000 000 de dinars : combien ont été payés en espèces, combien par virement bancaire ? »

Si la réponse est « majoritairement en espèces », cet emprunt national est officiellement une lessiveuse d’État.

Un blanchiment à ciel ouvert.

Financé par le peuple.

Au profit des clans.

QUATRIÈME PARTIE : LES QUESTIONS

On nous dira que nous accusons sans preuves. Que nous « sabotons l’élan de développement » et que nous faisons le jeu de ceux qui, pour reprendre les mots si éloquemment prononcés à Alger par Ségolène Royal, « ne veulent pas que l’Algérie avance » et ne respectent pas sa souveraineté.

Très bien.

Voici les questions.

Précises. Portant sur des documents que le régime possède.

S’il n’a rien à cacher, qu’il réponde.

À la Banque d’Algérie.

Pouvez-vous confirmer que Hunan Heyday Solar a injecté des devises (dollars ou euros) dans le compte du consortium ?

Ou son apport est-il uniquement « en nature », des équipements valorisés sur le papier par un fonctionnaire du ministère ?

Si c’est un apport en nature : quel cabinet d’audit international a certifié la valorisation ?

Au ministère des Mines.

Le pacte d’actionnaires contient-il une clause garantissant à Hunan Solar un revenu, dividendes, frais de service, honoraires, même si la mine ne produit aucun profit pendant cinquante ans ?

Existe-t-il une clause de « portage » où cette entreprise détient des parts pour le compte d’un tiers non déclaré ?

Combien de millions ont été décaissés pour « assistance technique », « études de faisabilité » et « recherche en déphosphoration » depuis le lancement du projet ?

Qui a signé les attestations de service fait pour ces prestations immatérielles ?

À la Commission des marchés publics.

Les contrats de sous-traitance de CRCC, terrassement, agrégats, transport, carburant, ont-ils été attribués par appel d’offres national ?

Ou par « gré à gré simple », entente directe, sans concurrence ?

Pouvez-vous publier la liste complète des sous-traitants de niveau 2 dans le secteur Tindouf-Béchar ?

Avec les noms des propriétaires. Les dates d’immatriculation au registre du commerce. Les montants des contrats.

Au ministère des Finances.

Le financement de la voie ferrée est-il couvert par une garantie souveraine du Trésor public algérien ?

Si la mine échoue (et elle échouera) le contribuable algérien doit-il rembourser à CRCC les 3,5 milliards en devises fortes ?

Au ministère du Commerce.

Quelle est la formule de prix dans l’accord d’enlèvement du minerai ?

La décote pour haute teneur en phosphore est-elle fixe, et si oui, qui l’a négociée ?

Le partenaire chinois dispose-t-il de droits de commercialisation exclusifs sur 100 % de la production ?

L’Algérie peut-elle vendre à d’autres acheteurs, ou est-elle prisonnière d’un acheteur unique pour les cinquante prochaines années ?

À la présidence de la République.

Le président Tebboune a-t-il eu connaissance du calcul de Djelloul Slama, 53 ans pour atteindre l’équilibre ?

Si oui, pourquoi le projet a-t-il été maintenu ?

Si non, pourquoi ses conseillers lui ont-ils caché cette information ?

À la Gendarmerie nationale.

Où est Djelloul Slama ?

Sur quelle base légale a-t-il été arrêté en janvier 2026 ?

Où est-il détenu ?

Quelles charges sont retenues contre lui ?

Pourquoi aucun avocat n’a-t-il été autorisé à le voir ?

Ces questions sont simples.

Elles portent sur des documents. Des contrats. Des virements. Des registres. Des signatures.

Le régime peut y répondre demain.

Il ne le fera pas.

Chaque réponse est un aveu. Chaque document est une preuve.

Chaque signature mène à un nom.

On nous dira que cette enquête est excessive.

On nous dira que nous accusons sans preuves.

Nous répondrons : voici les questions.

Répondez.

Montrez les virements de Hunan Solar.

Publiez la liste des sous-traitants.

Ouvrez les livres comptables de la « recherche. »

Expliquez la garantie souveraine.

Et surtout, surtout :

Dites-nous où est Djelloul Slama.